JOHAN WALEM:POUR PAYER L'EAU,LE GAZ ET L'ELECTRICITE

HERENG,JACQUES

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Mercredi 2 octobre 1991

Johan Walem: pour payer

l'eau, le gaz et l'électricité

Pour autant qu'Aad De Mos ne change pas d'avis d'ici là, Johan Walem fera, ce soir, au Wank-dorf de Berne, ses grands débuts européens dans un rôle particulièrement difficile, au centre même de la ligne médiane anderlechtoise. À 19 ans, c'est une tâche écrasante que lui confie l'entraîneur hollandais, auquel il faut reconnaître le mérite d'une courageuse audace.

Il est vrai que le talent de l'Écaussinois a éclaté, ces dernières semaines, avec un tel éclat que les risques paraissent finalement mesurés. On n'est pas loin de penser que la résurrection des champions de Belgique à Ekeren est, en ordre principal, la conséquence de sa titularisation. Incapable d'imposer son jeu aussi bien en championnat, à Liège et contre Lokeren, qu'en Coupe d'Europe contre le Grasshopper, le milieu du terrain des «Mauves» a retrouvé, comme par enchantement, cet équilibre qui lui avait si cruellement fait défaut. Nul doute que la confirmation de Johan Walem y est pour l'essentiel.

À l'écouter, hier, au moment où la délégation anderlechtoise débarquait à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, on comprend que ce jeune garçon ait du mal à croire à l'extraordinaire aventure qu'il est en train de vivre.

C'est Johan Boskamp qui m'a découvert, raconte-t-il. Je n'avais pas 8 ans et j'étais haut comme trois pommes quand il m'a proposé de signer une carte d'affiliation au RWDM. J'ai commencé à jouer dans les équipes d'âge molenbeekoises. Anderlecht m'a transféré en première année cadets.

À vrai dire, les qualités de footballeur du petit Walem étaient déjà unanimement reconnues. Il planait littéralement au-dessus de ses pairs au point qu'il était souvent appelé à évoluer dans une catégorie supérieure à la sienne. Sa réputation avait d'ailleurs largement franchi les limites du petit monde des jeunes Molenbeekois.

Averti de la naissance de cette nouvelle étoile, la direction anderlechtoise n'allait pas laisser passer l'occasion lorsque, aux abois, le RWDM lui proposa son espoir le plus talentueux pour une somme de... 1.100.000 francs, lesquels furent utilisés pour régler des factures d'eau, de gaz et d'électricité. Michel Verschueren se présenta avec un chèque en bonne et due forme et, en moins d'un quart d'heure, il réalisa ce qui sera sans doute l'un des transferts les plus avantageux de la décennie. Les familiers du stade Edmond Mach-tens se souviennent encore de l'indignation de Boskamp quand il apprit cette opération qui ne fit que retarder de quelques mois l'échéance d'une inexorable faillite.

Modeste, discret, réservé, Johan Walem ne peut cacher cependant son bonheur d'avoir revêtu le maillot mauve du Sporting. Au lieu de se retrouver dans un club sur lequel pèse une éternelle menace de dégringolade, il se prépare à faire son apparition sous les feux brûlants de la scène européenne.

J. Hg