John Scofield, incisif, et Dave Holland, raffiné

JOASSIN,ANDRE

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Lundi 18 juillet 2005

Musique Vendredi, au Blue Note Festival de Gand

CRITIQUE

ANDRÉ JOASSIN

Dès sa première journée à horaire complet, le Blue Note a retrouvé son climat détendu, avec ses parlotes aux stands, comptoirs et terrasses dressés dans l'enceinte du Bijloke et ses mouvements entre ce village et le chapiteau. Cette journée fut plus fréquentée selon l'organisateur que les journées « jazz » les plus courues de 2004.

Nouveauté de la présente édition, le concert quotidien de « découvertes belges » qui permettait vendredi de faire connaissance avec le free, alterné de passages écrits et d'envolées plus rythmées de Moker. Les solistes de ce quintet issu du Conservatoire de Gand peuvent encore s'aguerrir, mais ils ont déjà pas mal d'idées et un son bien à eux, caractérisé par les effets électriques du guitariste Mathias Van de Wiele.

Au même titre qu'Eddie Daniels dans un genre différent, Don Byron s'emploie à dépoussiérer le statut de la clarinette en jazz. La prestation de son quartet laissa cependant sur sa faim. Certes les artistes sur scène ont tous démontré leur valeur, mais de façon individuelle, sans inventivité collective, tous ne semblant pas toujours sur le même swing. Et avec leurs solos logorrhéiques, leur set tenait plutôt de la jam-session de luxe.

Puisant des compositions dans ses enregistrements récents ou plus anciens (et une de son invité Chris Potter), John Scofield offrit un de ces concerts incisifs et musclés dont il a le secret. Le guitariste y alla bien d'une ballade. Mais ce n'est manifestement pas ce qui l'inspire le plus. Pour le reste sa confrontation avec l'explosif saxophoniste cité plus haut, soutenu par la pulsion fine et efficace du batteur Bill Stewart, engendrait une énergie digne des accélérations d'Armstrong (Lance, pas Louis) en montagne. Si le contrebassiste Dennis Irwin ne déméritait en rien, l'on pouvait sentir une petite frustration de n'avoir pu apprécier, comme annoncé, Steve Swallow dans ce contexte.

Le big band de Dave Holland n'est pas un big band de plus, mais l'un des plus originaux du moment. Son art en demi-teintes évite les lourdeurs et les effets faciles de la formule. Souvent à l'avant-plan en général, les trompettes tiennent là un rôle discret pour mieux éclater en temps voulu. Ce grand orchestre à la sonorité moderne et harmonieuse, mise donc plutôt sur la force tranquille et indirecte. Et comme les solistes sont Mark Turner, Robin Eubanks, Antonio Hart, Gary Smulyan et autres, même si certains numéros sonnaient plus embrouillés (notamment les chorus à deux voix ténor-trombone, moins réussi), la grande formation du contrebassiste anglais vaut son pesant de pastels cuivrés.

McCoy Tyner jeudi, Scofield, Holland (maître dans la tenue des mesures asymétriques nous disait de lui le contrebassiste André Klenes qui assistait au concert), les grands noms sont au rendez-vous, à hauteur de leur réputation.