Justice «Méditation sensuelle» et viols Les raëliens attaquent un expert des sectes

BORLOO,JEAN-PIERRE

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Lundi 9 juillet 2001

Justice «Méditation sensuelle» et viols Les raëliens attaquent un expert des sectes

L'expert français a dénoncé des dérapages devant la commission «sectes». Des propos qui déforment la réalité, estiment les raëliens de Belgique.

JEAN-PIERRE BORLOO

Devant la 4e chambre du tribunal civil de Bruxelles, les parties opposées semblaient venir d'autres planètes... L'action a été initiée par l'ASBL Religion raëlienne de Belgique. Elle vise l'expert français Jean-Marie Abgrall pour «incitation à la haine et diffamation lors de son audition à la commission parlementaire belge sur les sectes».

Via leur avocate, Me Inès Wouters, les raëliens ont dénoncé une véritable chasse aux sorcières. Surtout dans le climat tendu suite aux affaires... En fait, l'action des raëliens vise certains propos tenus par le Pr Abgrall devant la commission d'enquête. Il a insinué, plaide l'avocate des raëliens, via la condamnation d'un de nos membres exclus, que le mouvement raëlien encouragerait la pédophilie. Il dit se baser également sur des écrits. Mais ceux-ci ne contiennent aucun encouragement à une relation sexuelle entre un adulte et un enfant.

Me Wouters reconnaît malgré tout que les raëliens prônent, outre une éducation sexuelle théorique, un complément pratique. Elle parle de séminaires par lesquels les gens essaient de vivre ensemble. Il est notamment question de la méditation sensuelle. Mais le mouvement raëlien estime que le P r Abgrall n'a pas hésité à franchir un pas supplémentaire en liant un viol à ces séances de méditation sensuelle. Deux faits qui se sont passés de manière tout à fait autonome, explique l'avocate. Il est donc faux de parler d'inceste ou de pédophilie, conclut Me Wouters qui demande 250.000 F de dommages pour les raëliens de Belgique.

De l'autre côté de la barre, M e Comte s'était déplacé de France pour assurer la défense de Jean-Marie Abgrall aux côtés de M e Jan Fermon. Avec un certain détachement, l'avocat français évoque les mombreuses attaques infructueuses subies par celui qui dénonce les sectes. Les délires de certains ne le dérangent pas, jusqu'au moment où ceux-ci font des dégâts. L'avocat soulève aussi la question de l'immunité des propos qui sont tenus lors d'une audition par une commission d'enquête parlementaire. Et il parle de limitation de la liberté d'expression.

Une seule phrase est reprochée à l'expert: «De jeunes enfants ont été victimes de viols dans le cadre de ce que les raëliens appellent la méditation sensuelle.» Est-ce que le mouvement raëlien de Belgique est concerné par cette phrase? Quelle est l'atteinte personnelle? plaide M e Comte. Il demande donc au tribunal de débouter l'ASBL de sa demande et demande lui-même 250.000 F pour l'atteinte à l'honneur de M. Abgrall.

Me Fermon a ajouté qu'il n'y avait rien de faux dans les propos tenus par son client devant la commission d'enquête. Il avait d'ailleurs le devoir d'attirer l'attention des commissaires sur les risques de dérive et de danger liés à ce nouveau mouvement religieux.

L'avocat met également en doute la recevabilité de l'action de l'ASBL Religion raëlienne de Belgique dont l'objet social est de créer une ambassade pour accueillir les extraterrestres sur Terre.

Les anthroposophes

déboutés

Peu avant ce procès, la 14 e chambre civile de Bruxelles rendait son jugement dans une autre affaire: celle qui opposait la Société anthroposophique à la Communauté française de Belgique pour leur assimilation aux sectes nuisibles dénoncées dans une brochure. Le tribunal a estimé les remarques des anthroposophes non fondées. Il n'y a pas de faute imputable à la Communauté française.