KOHL ET CHEVARDNADZE DANS LA MEME COURSE A L'UNIFICATION

LEFEVRE,PIERRE

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Mardi 19 décembre 1989

Kohl et Chevardnadze dans la même course à l'unification

Edouard Chevardnadze doit quitter Bruxelles, ce mardi, à peu près au moment ou Helmut Kohl doit arriver en RDA. Si elle relève du hasard des calendriers, la quasi-simultanéité de ces deux visites n'en est pas moins significative. Les deux hommes sont engagés dans la même course qui voit concourir l'unification allemande et l'unification européenne.

Les Allemands, bien que de plus en plus largement partisans de leur unité, ont pris, dirait-on, le parti de ne pas inquiéter. Préfigurant, lundi, à Budapest ce qu'il devrait dire ce mardi à Dresde, le chancelier Helmut Kohl est tombé d'accord avec le Premier ministre hongrois pour affirmer que la «résolution progressive de la question allemande» se ferait «en accord avec le processus de réconciliation en Europe».

Au même moment, la table ronde réunissant à Berlin-Est les partis de la coalition gouvernementale et les groupes d'opposition invitait les dirigeants de Bonn et de Berlin à accroître la coopération économique bilatérale, mais à ne pas remettre en cause l'existence des deux Etats allemands.

Rien n'est sûr cependant. A l'exception du parti communiste - qui place dans un projet de «communauté contractuelle» avec la RFA ses espoirs d'assurer sa propre survie en même temps que celle de la RDA - la plupart des partis est-allemands défendent aujourd'hui un projet d'unification. Et si, selon un sondage que publie l'hebdomadaire Der Spiegel, 27 pour cent seulement des Allemands de l'Est interrogés se prononcent pour un seul Etat allemand, contre 71 pour cent, 48 pour cent d'entre eux ne savent pas encore pour quel parti ils voteront le 6 mai prochain.

A l'Ouest, même si c'est de façon nettement plus conditionnelle au SPD qu'à la CDU-CSU, les deux principaux partis, également lancés dans une campagne électorale à échéance du mois de décembre prochain, ont inscrit l'unité allemande en tête de leurs programmes. De ce côté, selon un sondage de la chaîne de télévision ZDF, 42 pour cent des Allemands de l'Ouest estiment que les deux Etats allemands formeront une confédération en l'an 2000.

Les Allemands attendront-ils que l'Europe elle-même ait retrouvé son unité? L'accord signé lundi entre la Communaute européenne et l'Union soviétique est un pas significatif dans cette direction. Le ministre soviétique a présenté cet accord comme «la base d'une coopération économique paneuropéenne», ouvrant «de très nombreuses perspectives».

Au «nouvel atlantisme» défendu, lundi dernier, à Berlin par l'Américain James Baker, le Soviétique Edouard Chevardnadze est venu en fait opposer, cette semaine à Bruxelles, l'idée d'un «nouvel espace économique européen». Dans le grand jeu qui consiste à se redistribuer les influences sur un Vieux Continent complètement remodelé, Washington et Moscou comptent certes l'une et l'autre avec la CEE, pilier incontournable de l'avenir européen, mais là où la Maison-Blanche parie sur l'Otan, Moscou joue plutôt la CSCE. La question est de savoir où, entre l'Est et l'Ouest, placer le nouveau centre de gravité. Et si M. Chevardnadze se rend ce mardi à l'Otan, visite sans précédent, c'est pour mieux montrer aux Occidentaux qu'ils n'ont désormais plus d'ennemi à l'Est.

PIERRE LEFEVRE.