KOHL OBSEDE PAR LES ALLEMANDS EXPULSES DE MAIZIERE INNOCENTE

AFP

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Samedi 31 mars 1990

Kohl

obsédé

par les

Allemands

expulsés

Entre ses proclamations francophiles à la télévision française et une visite à Londres destinée à réduire les tensions anglo-allemandes, le chancelier Kohl, tout à son entreprise d'apaisement des inquiétudes européennes face à la réunification, persiste cependant à ne pas lever toutes les ambiguïtés à propos de la frontière orientale de l'Allemagne.

L'oeil rivé sur les millions d'Allemands expulsés de Pologne après la guerre (qui ont encore rappelé, vendredi, qu'ils comptaient utiliser toutes les possibilités juridiques et politiques pour empêcher un abandon des anciens territoires allemands), il se retranche derrière le fait que seuls un gouvernement et un Parlement de toute l'Allemagne pourront reconnaître définitivement la ligne Oder-Neisse.

Dans une interview au quotidien ouest-allemand Die Welt, voilà que le chancelier, rappelant que le président Vaclav Havel avait présenté des excuses au nom de la Tchécoslovaquie aux Allemands expulsés de son pays après la guerre, imagine maintenant que la Pologne devrait faire «un geste de réconciliation» sous forme d'«une parole de souvenir, de compréhension» à l'adresse des Allemands originaires de Poméranie, de Silésie et de Prusse-Orientale. La réaction de Varsovie ne s'est pas fait attendre: le gouvernement polonais a fait savoir vendredi qu'il n'envisageait pas de faire de déclaration à ce propos, ajoutant que «le sort que l'envahisseur allemand a réservé aux Polonais pendant les hostilités n'a aucune mesure avec celui subi par les Allemands de la part des Polonais».

Le porte-parole du gouvernement polonais a cependant estimé que le chancelier avait fait «un pas en avant» en déclarant à Die Welt que «le Parlement et le gouvernement d'une Allemagne unifiée doivent signer avec la Pologne un texte contraignant sur le plan du droit international qui garantisse cette frontière».

Tension apaisée

A Londres, le Premier ministre Margaret Thatcher et M. Kohl ont dissipé leurs malentendus sur certains aspects de l'unification allemande. L'irritation provoquée à Bonn par les déclarations de Mme Thatcher, qui affirmait, dans une interview au magazine Der Spiegel, avoir entendu M. Kohl se prononcer contre une reconnaissance de la frontière Oder-Neisse, a disparu. Mme Thatcher a rappelé à ce propos qu'elle avait félicité le Chancelier lorsque le Bundestag avait adopté une résolution reconnaissant l'inviolabilité de la frontière occidentale de la Pologne. Sur un ton enjoué, M. Kohl s'est contenté de lancer: «Voilà une réponse parfaite.» Les deux chefs de gouvernement ont, d'autre part, souligné leur parfait accord de principe sur la nécessité d'un maintien de l'Allemagne unifiée à l'intérieur de l'Otan et de la CEE.

Mais alors que Mme Thatcher estime «vital» le maintien d'armes nucléaires en Europe et qu'elle n'a pas renoncé à sa position sur la modernisation des missiles Lance à courte portée, le Chancelier Kohl se déclare «peu préoccupé» par cette question. L'Otan, a-t-il dit en substance, s'adaptera aux changements en cours en Europe. Des divergences plus importantes apparaissent lorsqu'il s'agit de définir l'union politique de l'Europe.

Le Chancelier Kohl rappelle que cette union politique, qui selon lui redonnera à l'Europe son influence dans le monde, était le but déclaré des grands Européens dont les idées ont conduit à la signature du traité de Rome. Et ce n'est sans doute pas par hasard que M. Kohl a cité Winston Churchill avant Robert Schuman et Konrad Adenauer. Mme Thatcher a aussitôt rappelé ses positions sur le Parlement européen qui, a-t-elle dit, «n'a nul besoin de voir ses pouvoirs accrus». (D'après AFP.)

De Maizière innocenté

M. Lothar de Maizière, président de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) et probable futur Premier ministre de la RDA, est innoncenté du soupçon de collaboration avec l'ancienne police secrète du régime communiste, après examen des archives de la Stasi, a annoncé vendredi soir l'agence est-allemande ADN. (D'après AFP.)