Kosovo-serbie : l’avenir, c’est l’europe

REGNIER,PHILIPPE

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Samedi 16 février 2008

C’est une monstruosité juridique. L’indépendance de la province serbe du Kosovo, que ses leaders s’apprêtent à déclarer unilatéralement, est illégale. La résolution 1244 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 1999 après les bombardements de l’Otan contre les forces de Milosevic, réaffirme « l’attachement des Etats membres à l’intégrité territoriale de la République fédérale de Yougoslavie », aujourd’hui Serbie. Face au veto russe, il n’y aura jamais d’autre texte onusien réglant le statut de la province sécessionniste.

L’intangibilité des frontières ne saurait être réduite à un principe de papier ou à un débat pour doctes juristes. S’asseoir sur ce principe cardinal du droit international, auquel les Européens clament leur attachement, c’est ouvrir la boîte de Pandore. Aux séparatismes de tous horizons : du pays basque aux Serbes de Bosnie en passant par les territoires caucasiens ou la Flandre de la N-VA. En Afrique, souligne Belgrade à raison, « il y a cinquante Kosovo ». Quelle que soit la singularité de l’histoire de ces populations des Balkans occidentaux, on ne voit pas quel argument sérieux pourrait prouver, comme l’affirment pourtant les pro-indépendance, que le « Kosovo ne sera pas un précédent ».

Il n’est cependant plus temps de tergiverser. Ni de fouiller dans l’histoire pour établir l’enchaînement des responsabilités. Serbes et Kosovars ne veulent définitivement plus vivre ensemble. L’heure est donc à la « realpolitik ». Dans cette région fortement américanisée, les Kosovars ont reçu rien moins que le feu vert de l’Administration Bush, suivie par les puissances de l’Union européenne.

La question se pose maintenant de la stabilité de la zone. Eviter l’embrasement. Et permettre à ce lamentable désert aux portes de l’Europe d’enfin connaître le développement. Pour sortir les Balkans de leur « trou noir », il n’est qu’une solution : l’adhésion, rapide, à l’Europe, pour le Kosovo comme pour la Serbie, tout en ménageant la susceptibilité de la Russie. A défaut d’entente sur la reconnaissance du jeune Etat, l’unité européenne devrait se réaliser sur ce front-là. Et il est temps de tabler sur la jeune génération, qui devrait avoir d’autres priorités que ces haines ethniques séculaires.