L’agression mortelle du superviseur de la Stib, Iliaz Tahiraj, samedi à l’aube, a fait déborder la marmite.

DI PRIMA,CORENTIN

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Mardi 10 avril 2012

L’agression mortelle du superviseur de la Stib, Iliaz Tahiraj, samedi à l’aube, a fait déborder la marmite. Déjà très remontés suite à une série d’agressions, confrontés à une violence verbale et à des incivilités devenues monnaie courante, direction et personnel ont dit « stop ».

Samedi matin, c’est la direction qui a purement et simplement cessé l’exploitation du réseau de transports bruxellois. Des dizaines de véhicules (trams, bus et métros) ont été rappelés au dépôt. Mot d’ordre : pas un véhicule ne sort avant qu’une réponse politique ne soit donnée. « On est des cibles faciles et les politiques ne bougent pas. Et puis, c’est impossible de mettre un policier dans chaque bus », entendait-on dans la bouche de travailleurs oscillant entre fatalisme et colère. Les mots « grève au finish » résonnaient à plusieurs reprises.

La réponse politique est venue dès ce lundi soir. Une réunion a eu lieu entre la ministre de l’Intérieur, Joëlle Milquet (CDH), le ministre-président bruxellois, Charles Picqué (PS), la ministre des Transports bruxellois Brigitte Grouwels (CD&V) et des représentants du personnel et de la direction de la Stib. Une réunion qui aurait pu avoir lieu dès dimanche, mais que les syndicats ont préféré retarder, le temps de consulter des affiliés très remontés.

A l’arrivée, une batterie de mesures concrètes. Et notamment, la volonté d’augmenter le nombre de policiers et d’agents de la Stib affectés à la sécurisation du réseau de transports bruxellois. La plupart des mesures étaient en fait déjà à l’agenda. Mais le drame de samedi devrait accélérer leur mise en œuvre. Parmi les principales, on épinglera :

400 policiers supplémentaires répartis entre police fédérale et polices locales seront affectés à la sécurisation des transports en commun à Bruxelles. « Les engagements débuteront en juin », a affirmé Joëlle Milquet. En attendant, les effectifs de la réserve fédérale, constituée d’agents de police disponibles en cas d’événements exceptionnels, doubleront, passant de 130 à 260 policiers.

250 agents et ou inspecteurs viendront renforcer la police locale bruxelloise. Leur formation débutera entre juin et octobre 2012 et devrait se terminer entre janvier et octobre 2013. De plus, les services sécurité et prévention de la Stib seront étoffés de 50 agents supplémentaires. Des engagements qui seront financés sur le budget de 30 millions d’euros obtenu par la Région bruxelloise pour sa sécurité dans le cadre de l’accord institutionnel.

Les pouvoirs judiciaires des agents de sécurité de la Stib seront étendus. En somme, la volonté, déjà contenue dans une ordonnance bruxelloise bloquée au Conseil d’Etat, de leur donner le droit de procéder à des contrôles d’identité. Les agents de la Stib pourront également retenir un passager deux heures, contre une demi-heure actuellement, dans l’attente de la police. Par ailleurs, les agents de la Stib (mais aussi de De Lijn et des TEC) pourront intervenir dans tous les lieux exploités par les sociétés de transport.

Des aides pour les superviseurs de la Stib. Ces agents qui procèdent notamment aux constats lors d’accidents de roulage impliquant un véhicule de la Stib ne se déplaceront plus seuls pendant les heures dites sensibles.

La direction de la Stib s’est dite « impressionnée » par l’ampleur et la qualité des mesures mises sur la table et a appelé le personnel à reprendre le travail. Pour le vice-président du conseil d’administration, Ridouane Chahid (PS), « c’est très positif. Ils ont mis sur la table des mesures concrètes, ambitieuses, avec le lancement d’un comité de suivi permanent ».

Reste à connaître la réaction de la base… Si, ce lundi soir, les syndicats semblaient plutôt satisfaits des propositions, ils souhaitent cependant présenter ces propositions au personnel avant de l’appeler à reprendre le travail. « Nous allons avoir une réunion à 9 heures. Nous informerons ensuite le personnel », a indiqué le syndicaliste Luk Smekens (ACV) à la VRT. Un vote concernant la reprise du travail pourrait avoir lieu dans la journée. « Nous aurons peut-être une nouvelle réunion mardi soir », a-t-il ajouté. D’ici là, le réseau pourrait être encore perturbé. Certains évoquant même une poursuite de l’arrêt de travail jusqu’aux funérailles de Iliaz Tahiraj, prévues jeudi.