L’amphétamine modifie le cerveau

SOUMOIS,FREDERIC

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Mercredi 9 novembre 2011

Assuétudes Les modifications observées à l’adolescence persistent à l’âge adulte

La consommation d’amphétamines à l’adolescence peut causer des dérèglements neurobiologiques et augmenter la prévalence de comportements à risque. Surtout, ces effets peuvent persister à l’âge adulte, même si les sujets ne consomment plus du tout de drogues.

Ce sont les conclusions d’une nouvelle étude conduite sur des souris par le docteur Gabriella Gobbi, chercheuse au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) à Montréal, dont elle publie l’essentiel dans l’International Journal of Neuropsychopharmacology. D’après les auteurs, c’est l’une des premières à mettre en évidence l’effet des amphétamines à long terme. « Nous avons observé les effets que pouvait avoir la consommation d’amphétamines sur des neurotransmetteurs importants », explique la chercheuse en Maladies mentales et toxicomanie.

L’amphétamine est une drogue avec une fonction psychostimulante qui augmente la capacité de concentration, mais qui peut aussi causer l’insomnie… ce qui explique qu’elle soit notamment recherchée par les étudiants en retard d’étude avant un examen ou par ceux qui veulent repousser les limites de la nuit de fête. Ces effets s’accompagnent également d’une diminution des sensations de faim et de fatigue.

Cette drogue, communément appelée « speed », fut pour la première fois largement utilisée pendant la Seconde Guerre mondiale pour améliorer les performances et l’endurance des soldats. Selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, entre deux et sept pour cent des adolescents européens ont fait l’expérience de la consommation d’amphétamines.

Les souris ont reçu trois dosages différents d’amphétamines au cours de leur adolescence. A l’âge adulte, l’administration de drogues a été arrêtée. Mais leur activité neurophysiologique, examinée par électro-encéphalogramme et leur comportement à risque ont été étudiés. « Nous avons mis l’accent sur les neurotransmetteurs clés, la sérotonine, la dopamine et la norépinéphrine. Nous avons décelé des anomalies au niveau de l’activité cérébrale, associées à des perturbations émotionnelles et à des maladies mentales telles que la dépression ou la dépendance. » Les chercheurs ont également observé des changements au niveau du comportement, certains animaux se montrant hyperactifs, tandis que d’autres conservaient des comportements à risque, comme des « explorations avancées », alors que les animaux non exposés conservaient une attitude standard face au risque.

« Un raccourci face au mal de vivre »

Je ne suis pas surpris par ces résultats qui confirment au niveau biologique, chez la souris, ce qu’on peut observer en clinique chez de jeunes patients, réagit Isidore Pelc professeur émérite de psychologie médicale à l’ULB et président de la commission Politique de santé en matière de drogue. Ces drogues stimulent les centres du plaisir et de récompense et dispensent des suppléments de dopamine et d’endomorphines. Si l’on en prend ponctuellement, le système peut se rééquilibrer. Mais si l’on en abuse, la mémoire biologique fait qu’on ne revient pas à un état normal et les dysfonctionnements persistent. L’attitude d’inhibition face au danger perdure et le patient peut se mettre en danger sans se rendre compte des risques. Même chez des gens qui ont arrêté la drogue depuis des années. »

« Il faut changer la vie »

Pour le spécialiste, un des risques les plus nets, c’est précisément de retomber dans la consommation : « La personne a une sensation de manque et son centre de récompenses demande un nouvel apport de substances. Le problème, c’est que la dose d’origine ne provoque plus l’effet recherché et qu’il faut l’augmenter pour obtenir un résultat comparable sur les neurotransmetteurs. Il faut toutefois souligner que c’est vrai avec les amphétamines, mais aussi avec l’alcool et d’autres drogues. Il n’y a pas de drogues douces et de drogues dures, mais un usage problématique ou non. »

Le spécialiste insiste : « Nous ne sommes pas des souris, notre environnement, notre famille, nos amis peuvent nous aider à en sortir. La drogue est toujours un raccourci face au mal de vivre. Faire abandonner la substance est une chose, mais il faut aussi changer la vie, permettre un travail sur soi qui aille vers des solutions. Pour moi, c’est le rôle de la famille, mais l’école devrait pouvoir aider, notamment dans des ateliers du bien-être, les enfants qui éprouvent des difficultés. Il faut généraliser l’aide qu’on trouve parfois chez des amis et des parents, mais qui fait parfois défaut dans notre société moderne. J’en ai lancé l’expérience au Lycée Dachsbeck à Bruxelles. Il faut que les enseignants soient formés à quelques techniques simples de relaxation ou de verbalisation. Cela apporte vraiment quelque chose et ne demande pas beaucoup de moyens, sinon une convivialité sociale qui a parfois tendance à s’étioler aujourd’hui. »