L’avenir de leterme se joue au CD&V

DEMONTY,BERNARD; COPPI,DAVID; DUBUISSON,MARTINE; LAMQUIN,VERONIQUE

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Lundi 14 juillet 2008

Lundi, veille du 15 juillet. Le Premier ministre a franchi le cap du socio-économique. De quoi contenter les siens ?

Le gouvernement Leterme Ier a franchi un pas important vers sa survie, samedi, en engrangeant un accord sur les matières socio-économiques, « celles qui intéressent les gens ».

Tout le monde est satisfait. « Nous avons obtenu notre réforme fiscale », dit Didier Reynders (MR). « Nous avons obtenu notre réforme sociale », dit Laurette Onkelinx. Une seule incertitude demeurait dimanche soir : le CD&V peut-il se contenter de cela ou exigera-t-il d’importantes avancées institutionnelles dans la déclaration à la Chambre de ce mardi 15 juillet ? La seconde option n’est pas à exclure, surtout avec la N-VA en embuscade. Dimanche, les membres de l’ « Heptapus »ont planché sur l’institutionnel jusqu’à 1 h du matin. Selon Yves Leterme, « le climat était bon. »

P.2 dimanche soir, l’« heptapus » a planché

sur l’institUTionnel

P.2 tous les regards

se tournent vers le CD&V

P.3 notre analyse :

pourquoi leterme doit réussir le 15 juillet

P.3 le gordel reste

source de discorde

P.4 le pouvoir d’achat

P.4 entretiens avec

didier reynders et

laurette onkelinx

P.17 « vent du nord » :

ce qu’en dit la presse flamande

P.18 l’Édito : « l’heure

de vérité devra sonner

un jour »

Yves Leterme court après BHV, et derrière son parti

Politique Le chef du gouvernement est attendu ce mardi au parlement…

Après l’accord socio-économique samedi, le Premier se replonge dans BHV, et craint l’attitude du CD&V/N-VA.

J’ai reformulé ce soir une série de propositions. Nous allons interrompre les négociations, pour les reprendre ce lundi matin. Le climat est bon. » C’est en ces termes laconiques qu’Yves Leterme a annoncé, cette nuit, vers une heure moins dix, qu’il n’avait toujours pas conclu d’accord sur le communautaire. Quelques minutes plus tard, les négociateurs (Reynders, Di Rupo, Somers, Milquet, Vogels, Cheron, Vandeurzen, Thyssen), réunis depuis 20 h 30 au Lambermont, quittaient à leur tour la réunion. A la sortie, guère plus de commentaires. Sinon la confirmation que le Premier ministre travaille bien, en matière communautaire, sur un texte (de déclaration pour ce mardi) et non sur un accord proprement dit. Ce lundi, il restera donc à peine plus de 24 heures, au Premier ministre, pour rédiger le chapitre esquissant la réforme de l’Etat et l’issue dans le dossier BHV...

Risqué... Et serré. D’autant que, comme l’a rappelé Marianne Thyssen, présidente du CD&V, dimanche soir en arrivant au Lambermont : « le report des négociations communautaires après l'été n'est pas une option pour le CD&V ».

Pourtant, samedi, Yves Leterme s’était offert un petit peu de sécurité, avec l’accord sur un programme pluriannuel (jusqu’à 2011) comportant une série de priorités d’ordre social et fiscal. Restait, quand même, le gros morceau : le communautaire. A ce propos, des contacts « bilatéraux » ont eu lieu ce week-end : Leterme a reçu Di Rupo (PS) vendredi soir, Reynders et Maingain (MR-FDF) samedi midi, Milquet (CDH) l’après-midi, puis Cheron (Ecolo), Vogels (Groen) et Somers (VLD) dimanche.

Auparavant, les partis flamands avaient pu se réjouir de l’arrêt du conseil d’Etat (chambre flamande…) sur l’application des circulaires Peeters en périphérie (une info du Standaard, samedi) qui leur donne raison, estimant que seul le gouvernement flamand est compétent pour interpréter la loi linguistique quand il s’agit des convocations électorales. Rappel : les élus francophones contestent la circulaire (Peeters) flamande qui les oblige à envoyer les convocations à tous les électeurs en néerlandais.

L’arrêt du conseil d’Etat ne clôture pas le dossier. Les francophones contestent la décision, invoquant, notamment, la jurisprudence de la commission permanente de contrôle linguistique. Mais aussi : ces tracasseries sont au centre des discussions de l’Heptatus. Y mettre fin, cela peut être l’un des paramètres d’un accord sur BHV. Samedi, Leterme s’était fendu d’une « note » qui témoignait de sa volonté d’avancer, même si elle faisait l’impasse sur la revendication numéro un des francophones, en contrepartie de la scission : l’élargissement de Bruxelles. Un négociateur résumait la note du Premier : « Peanuts pour les francophones, et tous les dadas flamands ». L’idée de l’élargissement hérisse tellement les partis au Nord qu’ils refuseraient même de voir l’idée citée dans la « déclaration » comme l’une des demandes francophones… Yves Leterme travaillerait donc plutôt à leur « offrir » des droits (électoraux, administratifs et culturels) renforcés. Mais seulement dans les six communes à facilités. Les Flamands n’auraient ainsi plus à craindre l’extension de la « tache d’huile francophone ». Autre piste ré-explorée par le Premier : la communauté urbaine. Qui permet d’ouvrir les frontières de Bruxelles sans rogner le moindre centimètre carré de sol flamand.

Après l’accord socio-économique, la « clé » du succès réside, plus que jamais, pour Leterme dans le cartel. Côté francophone, on est en effet satisfait : l’accord de samedi est jugé suffisant. Et le VLD se montrerait moins intransigeant que le cartel sur le plan communautaire. L’enthousiasme avec lequel les libéraux flamands ont salué « un accord teinté de bleu » en est un signe.

P.18 L’édito

Leitmotiv CD&V: BHV, sinon rien

Au CD&V, il se dit que, de toute façon, les partenaires tenteront de lui refiler le « zwarte piet » en cas d’échec des négociations Nord-Sud. Qu’ils lui feront endosser la responsabilité d’un désaccord communautaire, certainement après le compromis socio-économique engrangé samedi. Les chrétiens démocrates flamands tenteront, eux, de refiler le « valet puant » aux partis francophones, allergiques à une sérieuse réforme de l’Etat.

On le voit, les arguments sont prêts. Car ce week-end, au CD&V, on n’écartait toujours pas le scénario de l’échec. L’accord socio-économique est jugé important, particulièrement en ces temps de crise. Mais il n’est pas suffisant. Le parti de Leterme veut tout : un compromis socio-économique ET le deuxième paquet de réforme de l’Etat ET un accord, au moins de principe, sur BHV. Les deux premiers sans le troisième ? Non. Tant pis pour les mesures censées rehausser le pouvoir d’achat ? « La crédibilité du cartel CD&V/N-VA se joue aussi sur le communautaire », répond un CD&V. « S’il n’y a pas d’accord sur BHV, il n’y a d’accord sur rien. Et s’il y a un accord sur BHV, il faudra convaincre la N-VA de l’accepter… »

Car le sentiment dominant au parti n’a pas changé : si la N-VA refuse la solution négociée par Leterme, comment le CD&V pourrait-il l’accepter ? Plus que jamais, l’appendice nationaliste tient le cartel. Or, plus personne ne semble imaginer que le parti de Bart De Wever accepte un compromis communautaire : insuffisant, telle serait sa réponse en l’état actuel – en attendant l’épure finale.

Le « hic » : l’assemblée générale que tiendra le CD&V (lundi soir ou, plus vraisemblablement mardi midi, car Leterme devrait négocier jusqu’à la dernière minute) aura lieu parallèlement à la réunion d’évaluation de la N-VA. Où l’affaire pourrait être rapidement entendue. Dans ce cas, un écho négatif parvenant de la N-VA, en pleine AG du CD&V, pourrait se révéler mortel…

Quoi qu’il en soit, il en est au CD&V pour juger que, « pour la première fois, Yves Leterme a mentalement renoncé à la N-VA, même s’il ne le dit pas : il veut vraiment un accord, avec ou sans la N-VA, et prend beaucoup de risques pour cela. » Mais : « Il pourrait changer de stratégie en dernière minute, si la N-VA repousse l’accord, et se rallier à elle en rejetant la responsabilité de l’échec sur les francophones ».

Dimanche, les chrétiens-démocrates flamands voulaient encore croire en la réussite. On le sait : la clef tient en trois lettres : BHV. Au CD&V, une solution circule : maintenir, voire augmenter, les droits (électoraux, culturels…) des francophones dans les six communes à facilités de la périphérie bruxelloise, où ces facilités ne seraient plus remises en cause ; mais renoncer à ces droits dans le reste de Hal-Vilvorde. « Au-delà des six communes à facilités, juge un parlementaire, un accord est impossible pour le CD&V ».

Le Gordel de la discorde

Les bourgmestres non nommés de la périphérie bruxelloise ne se font pas tout petits pendant les négociations gouvernementales. Dimanche, Damien Thiéry, Arnold d’Oreye de Lantremange et François Van Hoobrouck, pour Linkebeek, Crainhem et Wezembeek-Oppem, ont posé leur condition au passage du Gordel sur le territoire de leurs communes en septembre : garantir que la promenade flamande à vélo autour de Bruxelles (qui « ceinture » la Région, comme on dit) n’aura aucun caractère politique.

Les trois élus se sont adressés en ce sens à l’organisatrice du Gordel, Carla Galle, administratrice générale du Bloso (pendant flamand de l’Adeps). Ils ne veulent ni drapeaux flamands, ni tee-shirts voués à la scission de BHV, ni tracts, ni calicots politisés. Seulement une promenade cycliste pacifique et sportive.

Réagissant au quart de tour, Eric Van Rompuy, du CD&V, parle de « provocations et frustrations » de la part des trois non-élus, et ne s’étonne guère, dit-il, qu’ils se manifestent « durant le week-end précédent la date du 15 juillet ».

Pourquoi Yves Leterme doit réussir le 15 juillet

Analyse

Ce n’est plus une « date butoir », c’est le devoir du jour : le 15 juillet, Yves Leterme « doit » réussir. La crise politique n’a (en a-t-elle jamais eu ?) aucun sens. Voici pourquoi.

1 Parce qu’avec un accord socio-économique en poche, une majorité de partis veut poursuivre. A fortiori avec un accord de type « pluriannuel », qui suppose de « durer » par définition. Leterme Ier dispose d’un large soutien au parlement : un seul parti sur les cinq composantes de la pentapartite peut poser problème. Et encore, il s’agit d’une fraction du cartel CD&V/N-VA (devinez laquelle…). Même si, aujourd’hui, les radicaux sont légion aussi dans son ex-CVP, un parti historiquement pivot de l’Etat-Belgique mais aussi pilier de l’État flamand en devenir.

En plus de cette large majorité acquise à la poursuite des opérations, il faut compter sur Yves Leterme qui, même au plus fort de la crise en 2007, n’a jamais jeté l’éponge (il s’est toujours reproposé comme formateur, inlassablement, même après son hospitalisation) et, de surcroît, s’est glissé depuis quelque temps dans le costume de Premier ministre, opérant la navette entre les négociateurs flamands et francophones. Il fait ce qu’il peut, mais il fait le maximum. Bref : un locataire du « Seize » qui s’accroche comme ça, à ce point, veut y rester.

2 Parce que nécessité économique (internationale) fait loi. La crise économique, l’inflation menaçante, la pression sur les revenus, sur le pouvoir d’achat, l’Europe en panne… Hissé aux affaires en décembre 2007 (sous Verhofstadt d’abord, Leterme ensuite) pour cause d’urgence nationale (les drapeaux aux fenêtres, le pays à l’arrêt…), le gouvernement s’en irait quelques mois plus tard quand il y a… urgence tous azimuts ? Ce serait un gag – sans rire.

3 Parce qu’il n’y a pas d’alternative. Quelle autre majorité parlementaire pourrait-elle se substituer à celle-ci ? Néant.

Ajoutez-y les mauvais ou très moyens sondages pour les formations de la pentapartite (le CDH fait exception) : l’idée de retourner aux urnes pour perdre des voix, des sièges, des portefeuilles et de l’influence ne doit pas tenter grand monde ici bas.

Le reste est connu : revoter sans résoudre BHV, c’est casse-pipe ; revoter à quelques mois des élections régionales et européennes de juin 2009, c’est insensé. Etc. Tout est à l’avenant.

4 Parce que tout le monde n’aspire… qu’aux vacances. Après plus d’un an de discussions harassantes comme de temps morts assommants – le surplace, c’est le plus dur –, les organismes sont à bout, les têtes sont ailleurs. Une crise requiert une énergie qui a quitté les hommes politiques ; alors que la tension chez les gens, dans la population, s’est muée en indifférence agacée. Bref : il faut savoir partir (en vacances).

Si, après tout ça, Yves Leterme échoue quand même mardi, si son gouvernement s’effondre, il en ira certes de l’irresponsabilité d’un quarteron de va-t-en-guerre en Flandre, comme, qu’on le veuille ou non, de la responsabilité politique collective de la majorité gouvernementale dans son ensemble – et elle est large. Mais encore, le sentiment que ce pays ne vaut plus la peine d’être vécu dominera pour la première fois, et avec lui la conviction que pas même une profonde réforme de l’État – qui reste nécessaire à l’horizon 2011 – ne représente une solution.

Immigration : c’était (aussi) pour le 15 juillet…

Immigration : c’était (aussi) pour le 15 juillet…

Cela paraissait un peu présomptueux et pourtant, c’était prévu… Dimanche matin, avant son déplacement parisien (annulé), Yves Leterme avait convoqué un conseil des ministres restreint pour boucler le dossier « immigration ». Cela partait d’un bon sentiment : régler tous les problèmes avant de partir en vacances. Mais quand même, aplanir les divisions gouvernementales sur le projet de circulaire fixant les critères de régularisation en une matinée semblait relever d’un optimisme certain. D’autant que le dossier oppose PS (-CDH) et Open VLD depuis de longues semaines déjà. Et d’autant (bis) que le sort de cette circulaire est désormais lié à des questions aussi vastes que la migration économique, les mariages forcés ou le code de la nationalité. A midi, (fausse) surprise : le dossier est reporté.

… ce sera plutôt pour le 25 Dans l’après-midi, une réunion est convoquée au cabinet de Jo Vandeurzen. Elle sera suivie (en principe) d’un kern ce lundi matin. Mais, en coulisses, on souligne que le dossier peut peut-être utilement attendre une semaine moins politiquement chargée (et tendue), par exemple celle du 21 juillet. « L’objectif, c’est d’avoir un accord pour le dernier conseil des ministres, le 25 juillet », confirme un négociateur. (V. La.)

Une pluie d’engagements pour le pouvoir d’achat

Les mesures socio-économiques pleuvent en ce début d’été. Après les coups de pouce au pouvoir d’achat, accordés lors du contrôle budgétaire, le gouvernement a accouché, samedi soir, d’un accord socio-économique. Relevé de tout ce qui va changer.

Impôts. Les barèmes fiscaux de l’impôt sur les personnes physiques seront indexés de 2 % au 1er octobre. Cela signifie que le passage à la tranche d’imposition supérieure sera retardé et que le salaire net des contribuables augmentera. À ces mesures du contrôle budgétaire 2008, le gouvernement ajoute une réforme fiscale, qui constitue 40 % des mesures de l’accord socio-économique conclu samedi soir. Cette réforme prévoit que la quotité exemptée sera augmentée de 1.000 euros d’ici la fin de la législature. La mesure sera mise en œuvre progressivement et concernera d’abord les bas revenus. « Mais, d’ici à 2011, le minimum imposable sera d’au moins 7.150 euros pour tout le monde », se félicite Didier Reynders, le ministre des Finances.

Autre mesure de la réforme fiscale : la réduction du nombre de taux d’imposition. « On commence par le 2e taux, celui de 30 %, qui sera ramené, d’ici à 2011, à 25 %. Après 2011, on entamera la même démarche pour le 4e taux, celui de 45 % », dit Didier Reynders.

Pensions. D’ici à 2011, toutes les pensions augmenteront de 3 %. « Hors indexation et hors liaison au bien-être », précise Laurette Onkelinx, ministre des Affaires sociales et de la Santé. Les pensions les plus basses augmenteront même de 5 % d’ici 2011. « Cela signifie qu’à l’horizon 2011, les pensions minimales seront supérieures à 1.050 euros pour une personne isolée. Pour une personne qui perçoit actuellement une pension de 1.200 euros par mois, les hausses prévues dans l’accord amèneront un supplément de 432 euros », dit Laurette Onkelinx.

Familles. Le gouvernement va transformer l’actuelle allocation de rentrée en un treizième mois d’allocation. En 2011, ce treizième mois équivaudra à 60 % du montant de l’allocation familiale. Par ailleurs, le gouvernement a décidé de revaloriser, cette année encore, les allocations pour les familles monoparentales.

Énergie. Le contrôle budgétaire bouclé jeudi soir dope, encore cette année, les bienfaits du Fonds mazout pour les bas revenus (moins de 14.000 euros annuels) : l’intervention maximale passera de 210 à 300 euros pour la fourniture de 1.500 litres. Les personnes ayant des revenus compris entre 14.057 et 23.281 euros pourront quant à elles bénéficier d’une intervention forfaitaire de 105 euros et seront dispensées d’une visite au CPAS. Le gouvernement étudie, en effet, une formule permettant un remboursement plus aisé. « Au total, on devrait ainsi passer de 50.000 à 215.000 familles qui bénéficient de l’aide du fonds mazout », dit un négociateur.

Le gouvernement va également prendre une mesure ayant pour effet de réduire la pression de la TVA sur l’énergie. Dès 2009, il remboursera aux consommateurs une partie du taux de TVA. « Ce système aura le même effet qu’une baisse de TVA de 21 à 6 % », dit un négociateur.

Environnement. Le gouvernement souhaite introduire le remboursement sur la facture d’investissements « verts » consentis par les citoyens. À l’heure actuelle, la ristourne est intégrée dans la déclaration fiscale. « L’objectif est de consentir des réductions immédiates, à l’achat, comme nous l’avons fait pour les voitures vertes », souligne Didier Reynders.

Emploi. Le gouvernement s’engage à simplifier les plans d’embauche et renforcera la politique d’activation des chômeurs.

« Nous avons obtenu notre réforme sociale »

ENTRETIEN

Laurette Onkelinx, quel bilan tirez-vous de la négociation aboutie de la déclaration socio-économique ?

Vous savez combien il était important pour nous de parvenir à une réforme fiscale et sociale. C’était un préalable à toute discussion communautaire. Aujourd’hui, nous pouvons présenter deux avancées majeures. D’abord, l’ajustement budgétaire 2008. Il ne faut pas négliger cet effort. Nous avons pu dégager 110 millions d’euros pour des mesures concrètes. À côté de cela, nous disposons à présent d’un accord socio-économique qui prend des engagements concrets pour les années à venir.

Quelles sont les mesures de cet accord qui vous satisfont le plus ?

Il y a tout d’abord le volet fiscal. Nous voulions que la réforme sociale comprenne un volet fiscal. La réforme qui va être entreprise offrira un bonus aux personnes qui travaillent. Nous voulions et nous avons obtenu que cette réforme favorise en premier lieu les moyens et les bas revenus. L’augmentation de la quotité exemptée d’impôts (de 6.250 à 7.150 euros, NDLR) profitera d’abord à ces personnes. C’est une décision importante : pour les contribuables, cela représente quand même 250 euros de plus par an. Une autre mesure importante concerne les pensions. D’ici à 2011, toutes les pensions augmenteront de 3 %. Pour les plus basses, la hausse atteindra même 5 %. Des mesures ont aussi été prises pour alléger la facture de mazout et pour allouer un treizième mois d’allocations familiales. Enfin, sur le volet pauvreté, les allocations les plus basses seront calquées sur les pensions les plus basses.

Mais le Conseil supérieur des Finances annonce une année 2009 très difficile pour le budget de l’Etat. Avez-vous les fonds pour financer ces mesures ?

Ces mesures, qui porteront leurs effets d’ici à 2011, seront financées au fil des budgets.

Vous aurez les moyens ?

Oui. Prenez le budget 2008, le plus récent. Il manquait un milliard d’euros, nous les avons trouvés et avons même pu prendre des mesures sociales pour 110 millions d’euros supplémentaires.

L’accord socio-économique ne prévoit donc pas de plan de financement ?

Nous n’avons pas fait un plan de recettes, mais il y a quelques éléments. En ce qui me concerne, je me suis engagée à poursuivre la maîtrise des dépenses de soins de santé. Sur le plan fiscal, nous avons convenu, en plus de la lutte renforcée contre la fraude, d’aller vers plus de justice fiscale, et de mettre en œuvre le principe du pollueur payeur.

Vous avez donné votre accord à une nouvelle réforme fiscale, qui réduit le nombre de barèmes ?

Le projet était de faire passer le nombre de barèmes de 5 à 3. Finalement, il y a une phrase dans l’accord qui dit qu’un premier pas sera fait pour diminuer le second barème (qui passerait, à terme, de 30 à 25 %, NDLR). Nous verrons les propositions qui seront déposées en ce sens.

Ce nouvel accord socio-économique n’est-il pas une resucée de l’accord gouvernemental ?

Non. L’accord gouvernemental dressait les grandes lignes. Ici, nous détaillons les mesures. Je vous ai donné l’exemple des pensions : + 3 % pour tout le monde et + 5 % pour les petites pensions. C’est très détaillé. Cela va plus loin que l’accord gouvernemental. Et c’est vrai pour un très grand nombre de mesures.

Votre président de parti, Elio Di Rupo, a dit il y a quelques semaines qu’un accord socio-économique trop maigre poserait « un immense problème politique » au PS. Estimez-vous qu’avec cet accord, l’« immense problème » est écarté ?

Oui. Les autres partenaires ont pris en compte notre volonté de prendre des mesures concrètes dans le domaine social. Pour nous, c’était tout l’enjeu. A présent, on s’est mis d’accord et on continue le travail.

« Nous avons obtenu notre réforme fiscale »

entretien

Didier Reynders, vous êtes satisfait de l’accord socio-économique conclu samedi ?

Je suis content. J’ai entendu très longtemps des discussions sur le thème : réforme fiscale ou sociale. Aujourd’hui, je suis très heureux qu’on ait pu faire les deux sans débat très agité. Cela survient juste après que nous ayons bouclé le contrôle budgétaire à l’équilibre, en dégageant une marge pour faire un geste en faveur du pouvoir d’achat.

Là, on parle d’une marge de 110 millions… Les grands axes socio-économiques, eux, pèseront bien plus dans les finances de l’Etat. C’est jouable ?

Nous avons d’abord maintenu un grand principe, celui du cap budgétaire, qui doit nous amener à un surplus de 1 % du PIB en 2011. Quant aux marges que nous devons trouver pour financer nos mesures, nous n’allons pas les annoncer à l’euro près. Mais nous avons des estimations : quatre milliards à l’horizon 2011. Le rythme de mise en œuvre dépendra évidemment des travaux budgétaires annuels. C’est clair, ce ne sera pas facile.

Mais jouable quand même ?

Cela nécessitera d’abord une bonne maîtrise des dépenses.

Notamment, comme le soulignent les libéraux flamands, par la réduction du nombre de fonctionnaires ?

Mon objectif n’est pas de réduire le nombre de fonctionnaires mais de les affecter au mieux selon les besoins. La maîtrise des dépenses, c’est un concept qu’il faudra gérer d’année en année. Par ailleurs, dégager des marges peut aussi se faire par une lutte plus efficace contre tous les types de fraude. Il faudra aussi que tous les niveaux de pouvoir soient conscients des objectifs et y participent. Par exemple pour dégager des surplus permettant de faire face au vieillissement. Cela concerne tout le monde.

Si marges il y a, elles ne feront plus l’objet d’âpres arbitrages ?

Non. Puisque nous avons, par cet accord socio-économique, résolument choisi les axes prioritaires. Dès qu’on dégage une marge, on sait où l’affecter. Quarante pour cent vont à la réforme fiscale, en commençant par les bas revenus ; quarante pour cent sont destinés à des mesures en matière sociale, en particulier les pensionnés. Mais nous avons également prévu d’aider les personnes vivant dans une grande dépendance, les personnes handicapées, les malades chroniques. Nous avons ainsi prévu des mesures spécifiques pour les personnes souffrant d’Alzheimer, de diabète ou de sclérose en plaques. Il y a ici aussi un volet pour la création d’emploi, par exemple en termes de simplification des procédures d’embauche. Sur ce point, une série de décisions découleront de l’accord interprofessionnel, par exemple en termes de réduction de charges pour les bas salaires, les heures supplémentaires, le travail en équipe ou de nuit.

Vous ne craignez pas que les partenaires sociaux ne déposent sur la table une série de demandes ? Qu’ils négocient d’abord entre eux et viennent ensuite nous trouver s’ils ont besoin d’efforts supplémentaires…

Où iront les vingt pour cent restants ?

Nous les réserverons à la sécurité, la justice, la police. Autant de domaines où, pour les différents investissements, nous allons essayer de multiplier les partenariats public/privé. Une partie ira aussi à la lutte contre les changements climatiques, l’innovation.

Après le contrôle budgétaire, cet accord socio-économique permet d’entrevoir le 15 juillet avec plus d’optimisme ?

Le gouvernement, en tout cas, a réussi à engranger un certain nombre de choses qui correspondent aux attentes des citoyens, des acteurs économiques… J’espère qu’on pourra ajouter à cela un engagement clair sur la réforme de l’Etat. Le tout est de voir si la volonté est là pour continuer sur ce plan. Ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui plus personne ne nie la nécessité d’une réforme !