L’avenir de Twitter est incertain

JENNOTTE,ALAIN

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Lundi 21 décembre 2009

Technologies Le très populaire réseau social cherche encore son modèle d’affaires

Le nom de Twitter, un service de microblogage qui permet de poster sur le Net des petits messages de la taille d’un SMS, est en passe de devenir aussi populaire que celui de Google ou de Facebook. Pourtant, l’avenir de ce réseau social né il y a à peine trois ans est loin d’être assuré. Car s’il tarde à se forger un modèle économique capable de valoriser son extraordinaire popularité, il pourrait être rapidement phagocyté par une concurrence féroce.

À l’inverse de Facebook qui draine un public parfois très peu versé en informatique, Twitter a tout d’abord séduit les technophiles. Mais ce cadre trop étroit peut rapidement exploser. Ainsi, à l’occasion des manifestations qui ont suivi les élections en Iran, Twitter a été un outil déterminant dans la diffusion des informations vers la communauté internationale, grâce notamment aux téléphones mobiles. Mais sa popularité ne se traduit pas encore en dollars sonnants et trébuchants.

Les menaces qui guettent Twitter ne viennent pas de ses clones, comme Jaiku, qui restent quasiment inconnus du grand public, mais des grands réseaux sociaux qui misent sur un partage d’informations en temps réel toujours plus affiné. Comme Google Wave, une plate-forme de messagerie « universelle » qui est aujourd’hui en phase de test ou de fonctions inspirées de Twitter intégrées à Facebook et qui pourraient rendre l’original obsolète.

Pour ne rien arranger, l’irruption rapide de nouvelles technologies donne le tournis aux internautes. Il se dit que le nombre d’utilisateurs de Facebook plafonne. Et après un premier pic d’intérêt, nombre de technologies du Net sont victimes d’un phénomène de lassitude de plus en plus précoce. Il y a deux ou trois ans à peine, Second Life était omniprésent dans les médias. Aujourd’hui, il croupit déjà depuis belle lurette dans les placards du Net.

Mode d’emploi

Twitter est un réseau social utilisé pour transmettre des messages de 140 caractères au maximum, appelés « tweets ». Twitter a permis de créer des communautés d’utilisateurs partageant des thématiques communes, à l’image d’autres réseaux sociaux comme Facebook, Netlog ou LinkedIn, même s’il développe avant tout la notion d’instantanéité.

Recherche. Il peut également être utilisé comme un outil

de recherche d’information sur le Net. Depuis quelques jours, Google inclut dans les résultats d’une recherche des informations postées sur Twitter dans les secondes qui précèdent. On parle alors de « recherche en temps réel ».

Retweet. Récemment, une nouvelle fonction a été ajoutée,

le « retweet », qui permet de partager des messages intéressants que l’on a reçus vers les membres de sa propre microcommunauté.

http://www.twitter.com

Un net décalage entre notoriété et usage

entretien

Depuis 2007, Twitter est sous le radar de l’Ifop, un institut français de sondages et de recherches marketing qui a déjà mené plusieurs enquêtes pour évaluer la notoriété de ce réseau social. Même s’ils concernent a priori le marché français, les résultats de ces analyses sont représentatifs et permettent de mieux comprendre qui sont aujourd’hui les utilisateurs de Twitter dans un environnement technologique très volatil. Directeur des études à l’Ifop, Frédéric Micheau répond à nos questions.

Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de cette nouvelle étude sur Twitter que l’Ifop vient de mener ?

Ce qui nous a surpris, c’est l’explosion fulgurante de la popularité de Twitter. Une première mesure en 2007 avait montré que seule une poignée de personnes interrogées en avaient déjà entendu parler. L’an dernier, ce nombre n’était toujours que de 4 %. Début 2009, on a enregistré un premier bond, à 28 %. Un chiffre qui vient de doubler en six mois pour atteindre une proportion majoritaire : 60 %. On avait observé une courbe de notoriété similaire, deux ans plus tôt, avec Facebook. Et l’on voit qu’il reste une marge de progression pour Twitter.

À quoi est due cette croissance impressionnante ?

Sans le moindre doute à l’exposition médiatique qui met en pleine lumière des innovations comme Twitter, Facebook ou l’iPhone d’Apple. Dans le cas de Twitter, des événements internationaux comme ceux qui ont eu lieu récemment en Iran ont placé ce réseau social au cœur de l’actualité.

Pourtant, les internautes francophones n’y sont guère assidus…

C’est le second enseignement de l’étude : la notoriété ne se traduit pas en usage. À peine 9 % des 60 % d’internautes qui affirment connaître le service ont un compte et cela ne signifie pas nécessairement qu’ils soient actifs sur Twitter. Beaucoup se contentent de lire les messages postés par d’autres sans participer à l’échange d’informations, voire ne se connectent que très occasionnellement. Chez nous, Twitter doit encore faire la preuve de sa légitimité, en tout cas de son utilité.

Quel est le profil type des internautes actifs sur Twitter ?

Majoritairement ce sont des hommes, plutôt jeunes, habitant surtout les grandes villes. Il s’agit le plus souvent de cadres. Mais l’essor de la popularité de Twitter devrait se traduire par une démocratisation de l’outil.

Comment comparer cette croissance à ce que l’on a observé pour Facebook ?

L’image de Facebook a rejailli sur Twitter que certains présentent comme un Facebook en condensé, preuve d’une méconnaissance, qui demande à être corrigée. En fait, les usages de Twitter sont pour partie communautaires, et là on peut en effet tirer un parallèle. Mais on l’utilise aussi plus spécifiquement pour recevoir une information très ciblée. Par exemple pour être tenu au courant de bons plans ou obtenir de l’expertise. Les usages professionnels sont également présents. On commence à se servir de Twitter pour diffuser l’information sur des nouveaux produits dans des communautés très connectées. Mais le grand public en est encore aux balbutiements.