L’éolien wallon a besoin d’ordre

DE MUELENAERE,MICHEL

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Mercredi 3 février 2010

Environnement Le gouvernement entame l’élaboration d’un cadre plus strict

Les plus virulents parlent de « situation chaotique ». Dans un cabinet du gouvernement wallon, on parle « de demandes qui partent dans tous les sens » ; chez les professionnels des énergies renouvelables, on constate la « concurrence entre acteurs qui suscite la montée des oppositions au niveau local ». Le ministre wallon de l’Énergie, Jean-Marc Nollet (Écolo), réfute le terme d’« anarchie », mais tout le monde fait le constat : l’ordre est loin de régner dans le petit monde des éoliennes en Wallonie. L’exécutif wallon a l’intention d’y introduire plus de clarté. Il vient de poser le premier acte d’une procédure qui devrait mener à un encadrement plus strict d’ici à la fin de l’année. L’enjeu n’est pas seulement technique : il s’agit aussi de désamorcer les réactions de refus qui s’expriment régulièrement au sein des populations concernées.

Actuellement, 149 grandes hélices tournent dans le ciel wallon, réparties sur 34 sites différents. « D’ici à 2013, 76 autres moulins devraient s’y ajouter, explique Jade Charouk, le “facilitateur éolien” de la Région. Et un grand nombre de projets sont en gestation. De quoi dresser encore 450 éoliennes ». Au niveau européen, la Belgique s’est engagée à produire, en 2020, 13 % de sa consommation d’énergie à partir de sources renouvelables. En l’absence de partage entre les trois Régions, la Wallonie doit au moins remplir cet objectif. Cela signifierait l’installation d’au minimum 500 mâts, soit 1.000 MW, indique-t-on dans l’entourage des ministres Nollet et Henry (environnement, aménagement du territoire) qui pilotent le dossier. Mais au final, on ira sans doute plus loin : l’objectif des 1.000MW sera atteint dès 2013 et la déclaration politique de l’actuel gouvernement wallon fixe à 20 % l’objectif de renouvelables.

Près de quatre fois plus de mâts : voilà une raison pour procéder avec méthode. Le cadre qui sert de référence pour l’implantation des éoliennes au sud du pays date de 2002. Il a bien servi, notamment pour assurer le développement d’un « marché au départ inexistant ». Mais ce cadre est « dépassé, notamment par la technologie », dit-on dans l’entourage de Philippe Henry. Les éoliennes sont de plus en plus hautes, leur impact environnemental est mieux maîtrisé. « Il faut réactualiser le cadre, en revoyant certains critères. En intégrant les résultats de nouvelles études, relatives notamment à l’impact environnemental ». La question de l’impact paysager sera également étudiée lors de la révision du cadre, l’objectivation de la gêne visuelle et sonore, la révision des contraintes militaires.

D’ici là, faut-il geler les projets comme le réclamait le député Willy Borsus (MR) et comme le suggérait Natagora, inquiète de l’impact négatif (effet « épouvantail » et risques d’impact) pour certains oiseaux et pour les chauves-souris ? « Un moratoire ! Vous vous rendez compte ?, s’emporte une experte chez Henry. L’éolien est une activité économique propre, qui répond aux engagements pris par la Belgique. Nous savons qu’il y a des soucis. Mais un moratoire serait totalement disproportionné et un très mauvais signal ». Chez Edora, la fédération des professionnels du secteur, on confirme : « Un moratoire, c’est ce que nous craignons par-dessus tout ».

« Le développement n’est pas anarchique, insiste Charouk. Tous nos parcs sont beaux et sont productifs. Et le gisement est loin d’être épuisé. Mais il y a une sensation d’anarchie parce que leur développement ne repose ni sur une cartographie ni sur une planification ». Mais le principal outil sur lequel sur base l’actuel cadre est une « cartographie » inaccessible au public. Et la concurrence effrénée à laquelle se livre la quinzaine d’opérateurs présents en Wallonie – « il y a de tout, même des cow-boys », dit un expert – pour mettre la main sur les terrains les plus intéressants, a parfois tourné au Monopoly. De quoi inciter des autorités publiques, comme en province de Luxembourg, à essayer de mettre de l’ordre. Il en faut.

REPÈRES

Dans sa réflexion, le gouvernement wallon identifie déjà quelques pistes.

La stratégie.

Remettre en cause le principe actuel du « premier arrivé, premier servi » ? Ou examiner annuellement toutes les demandes ?

Cartographier ?

Désigner des sites favorables à l’implantation d’éoliennes ? Gare à la spéculation foncière, disent certains. Cela aurait le mérite de la clarté et de l’efficacité, disent d’autres.

Rétribuer les communes ?

Les promoteurs rémunèrent les communes de manière peu claire (de zéro à 16.000 euros : un loyer, une intervention pour un hall de sport, une équipe de foot…). Faut-il codifier ?

Impliquer les citoyens.

Tout le monde veut encourager la participation des citoyens Via la commune, des intercommunales, des coopératives, des sociétés anonymes ?