L’index reste l’atout majeur de nos salaires
MUNSTER,JEAN-FRANCOIS; DEMONTY,BERNARD
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Jeudi 31 janvier 2008
Pas question donc de toucher à l’index ! Les fonctionnaires et les allocataires sociaux ne s’en plaindront pas : dès avril, ils verront leurs revenus augmenter.
C’est l’indice santé et non pas l’inflation en tant que telle qui détermine l’augmentation des salaires. Dans le privé, les mécanismes d’indexation sont très variables. Mais le modèle belge garantit la solidarité.
P.2 notre modèle social
P.3 quatre questions
inspirées par l’index
P.4 le chèque-loyer
en piste en wallonie
P.20 l’édito
P.21 lA réserve fédérale
américaine baisse son taux
directeur : 3 %
P.21 et la croissance ?
Le modèle qui protège votre pouvoir d’achat
Salaires Guy Verhofstadt défend l’indexation automatique liée au coût de la vie
Venant d’un libéral flamand, ces mots pèsent de tout leur poids. D’autant plus que cette défense et illustration du système d’indexation des salaires intervient au moment où l’inflation augmente fortement. Au mois de janvier, l’indice des prix a augmenté de 3,46 % par rapport à janvier 2007. Si la tendance inflationniste se confirme dans les mois à venir, la charge salariale des entreprises va s’alourdir, puisque la hausse de l’index entraîne une augmentation des salaires, variable selon les secteurs (lire ci-contre). L’indice pivot, qui implique des hausses des allocations sociales et des salaires des fonctionnaires devrait d’ailleurs être dépassé en avril, après l’avoir été une première fois en décembre.
En ces temps perturbés, la position de principe du Premier ministre ne va donc pas de soi : au début de ce mois, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, estimait que « tout schéma d’indexation des salaires sur les prix devait être éliminé ». Pour lui, ces mécanismes sont de nature à renforcer l’inflation.
Le gouverneur de la Banque nationale de Belgique n’est manifestement pas sur la même longueur d’ondes que son homologue européen. Deux jours après la sortie du président de la BCE, il défendait le système belge : « Il est unique et défendable. En Belgique, les salaires sont depuis les années 90 liés à l’indice santé, qui exclut le tabac, l’alcool et la plupart des produits pétroliers. Il faut y ajouter la loi sur la compétitivité, à savoir que les hausses salariales ne peuvent plus dépasser la moyenne de l’Allemagne, de la France et des Pays-Bas. La combinaison de ces deux principes donne des garanties suffisantes. »
L’inflation annoncée pour les mois à venir démontrera si, oui ou non, cette spécificité belge résiste aux très fortes turbulences et aux demandes patronales d’aménagement du système.
P.20 L’édito
Lexique
C’est un instrument qui permet de mesurer l’évolution du prix des produits et services consommés par les ménages. Il donne donc une appréciation de l’évolution du coût de la vie. Pour ce faire, des employés du SPF Economie sont chargés de relever chaque mois l’évolution des prix d’une série de produits.
Mécanisme qui consiste à augmenter les salaires à la même vitesse que l’indice des prix, de façon à ce que les ménages ne subissent pas de perte de pouvoir d’achat.
Les allocations sociales, les salaires de la fonction publique et de quelques autres secteurs (chimie, textile…) sont indexés chaque fois que l’indice santé dépasse un certain seuil, baptisé indice pivot. Ces seuils sont espacés généralement de 2 %.
Il s’agit d’accords globaux négociés entre partenaires sociaux. Ceux-ci se mettent d’accord sur la hauteur de l’augmentation salariale dont pourront bénéficier les travailleurs durant les deux années à venir, inflation comprise. Ils se basent sur des estimations d’inflation. Si cette dernière est plus forte que prévu, l’augmentation salariale sera revue à la baisse pour compenser. Et vice-versa.
L’indexation automatique des salaires sera-t-elle supprimée en raison de trop fortes hausses de l’inflation ? 1
Aussi, la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) ne réclame-t-elle pas haut et fort la suppression de l’indexation. « En tant qu’économiste, je me dois de constater que ce système pose problème quand l’inflation augmente, dit Pieter Timmermans, directeur général de la FEB. Ceci dit, en tant que directeur de la FEB, je dois bien considérer cela comme un tabou. Il n’est pas pragmatique d’exiger quelque chose que l’on ne pourra pas obtenir. » La FEB n’envisage donc pas de suivre une partie de ses membres, qui réclame la suppression de l’indexation automatique.
En revanche, la fédération patronale n’entend pas pour autant accepter le système tel qu’il est actuellement conçu. « Je plaide pour des mécanismes qui rendraient les dépenses salariales plus prévisibles pour les entreprises. Actuellement, une hausse subite de l’inflation provoque des dépenses inévitables et imprévisibles. Je suis favorable à des accords de type “all in”. Je vais prendre un exemple : on peut négocier une hausse de 5 %, qui tient compte d’une inflation de 4 % et d’une partie réelle de 1 %. Si, pendant la durée de l’accord, l’inflation atteint 4,5 %, la partie réelle est réduite de 0,5 %. Ceci permet à l’entreprise d’avoir des dépenses salariales prévisibles, sans toucher au principe de l’indexation automatique. »
La Fédération des Entreprises de Belgique mettra prochainement ces demandes sur la table des négociations. Elles pourraient être au menu des prochaines négociations pour la signature de l’accord interprofessionnel 2009 – 2010.
Pour les syndicats, la réaction est claire : pas question ! « Il n’y a pas de raison d’en discuter, dit Claude Rolin, secrétaire général de la CSC. Contrairement à ses voisins, la Belgique dispose d’un système d’indexation automatique. Or, que constate-t-on ? Sur ces 10 dernières années, la Belgique n’a pas connu une inflation supérieure à ses voisins. D’autre part, il faut savoir que le système d’indexation a déjà été amendé : une partie des produits pétroliers ne se retrouvent plus dans l’index. » Pas question, donc, de suppression de l’indexation automatique, ni d’amendement du système, via les accords « all in ». « Il n’y a pas davantage de raisons d’appliquer des correctifs. Cette possibilité existe déjà au niveau sectoriel. Libre aux secteurs d’en décider. »
Tonalité tout à fait semblable à la FGTB. « On peut se réjouir que la Belgique applique un système d’indexation automatique. Car à l’étranger, je constate que les travailleurs réclament des augmentations pouvant aller jusqu’à 8 %. Ici, nous n’avons pas ce genre de problème puisque l’inflation est répercutée sur les salaires », dit Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB. La responsable syndicale estime en outre qu’il y a d’autres priorités : « Certaines hausses de prix n’ont d’autre explication que la volonté de certaines entreprises d’augmenter leurs bénéfices. Il faut rétablir un contrôle des prix digne de ce nom, au lieu de parler d’une suppression de l’indexation. » La FGTB n’est pas non plus favorable aux accords « All in ». « Cette possibilité existe dans les secteurs. Il n’y a pas de raison d’imposer cela à toutes les entreprises. »
Quand mon salaire est-il indexé ? 2
Ensuite, tout dépend du mécanisme d’indexation choisi par le secteur dans lequel on travaille. Il y a deux grands mécanismes. Et des dizaines de variantes à l’intérieur de ces deux systèmes. Cela permet d’étaler les indexations tout au long de l’année. Selon les secteurs, les travailleurs belges sont augmentés à des moments différents.
L’indexation sur base de l’échelle mobile (l’indice pivot). Les salaires sont indexés lorsque l’indice santé atteint un seuil, baptisé indice pivot. Ces pivots sont espacés de 2 %. À chaque fois que l’indice santé saute de 2 %, l’indexation est acquise. Ce mécanisme est principalement utilisé dans le secteur de la fonction publique mais pas uniquement (voir infographie). Il y a deux effets retardateurs à son application dans le secteur public. Premièrement, l’indice pivot doit être franchi par la moyenne des quatre derniers mois de l’indice santé et non par un seul mois. Deuxièmement, il faut attendre deux mois avant que l’indexation n’intervienne.
Ce pivot a été dépassé en décembre dernier et pourrait l’être à nouveau en avril ou mai. Le système est aussi utilisé pour indexer les allocations sociales. Mais ici, le décalage est réduit à un mois.
L’indexation à intervalles fixes. Le salaire est indexé à une échéance fixe, quel que soit le niveau de l’indice santé. Cela peut être tous les ans. En janvier par exemple. Tous les six mois ou même tous les deux mois, comme dans le secteur bancaire. L’avantage du système ? Si, après un an par exemple, l’évolution de l’indice santé est restée inférieure à 2 %, les salariés de la fonction publique (indice-pivot) n’obtiennent aucune indexation alors que ceux des secteurs indexés à date fixe bénéficient d’une augmentation. Désavantage ? En cas de forte inflation (comme actuellement), les fonctionnaires connaissent des indexations rapides alors que les salariés des secteurs indexés à date fixe doivent attendre l’échéance.
Pourquoi ne pas réintégrer le carburant dans l’indice ? 3
Alors que l’indice général des prix était en janvier de 108,84, l’indice santé était de 107,85. Un pour cent de différence. Faut-il faire marche arrière ? Ivan Van de Cloot, économiste chez ING, répond.
Ce serait répéter les erreurs du passé. De 1999 à 2007, le prix du baril de pétrole est passé de 13 à 95 dollars. C’est un choc pétrolier. Or, que s’est-il passé lors du précédent choc pétrolier, dans les années 70, alors que le carburant était encore dans l’indice ? Les salaires ont dû augmenter à la même vitesse que l’inflation, à savoir + 14 %. Les coûts salariaux pour les entreprises ont donc explosé. Elles ont perdu énormément de parts de marché à l’exportation car elles n’étaient plus compétitives. Elles ont eu recours à l’automatisation pour remplacer des ouvriers devenus trop chers. Conséquence : un demi-million de personnes ont été mises au chômage. Puisque nous n’avons pas un marché du travail aussi flexible que dans les pays anglo-saxons, ces personnes-là n’ont jamais pu réintégrer le circuit du travail.
Il a été catastrophique. Les fonctionnaires et les personnes à haute qualification ont obtenu l’indexation de leur salaire (+ 14 %) mais ce sont les moins qualifiés qui ont payé l’addition. Ils se sont retrouvés au chômage. La perte de pouvoir d’achat globale a été fort importante.
Aujourd’hui, le système est beaucoup plus solidaire. Il y a un choc pétrolier et il faut qu’on l’absorbe. C’est un fait. Mais tout le monde paie l’addition, désormais : les plus qualifiés comme les moins qualifiés. Tout le monde gagne un peu moins que ce qu’il devrait obtenir si l’ancien système était encore en vigueur mais personne n’est laissé de côté. Et le système actuel permet à nos entreprises de rester compétitives.
Que constate-t-on ? En 2007, on a créé 70.000 emplois dans le pays. Le revenu disponible hors inflation, c’est-à-dire le pouvoir d’achat, a augmenté de 2,1 % en 2007 et il augmentera encore de 1,3 % l’année prochaine selon les prévisions. Ce n’est pas mal tout de même pour un choc pétrolier !
Pourquoi la Belgique est-elle un des derniers pays à pratiquer l’indexation automatique et comment font les autres ? 4
Dans les pays voisins et concurrents de la Belgique, comme les Pays-Bas, l’Allemagne et la France, les hausses de salaires sont négociées périodiquement. A chaque négociation, il faut donc repartir à zéro. Pour notre spécialiste, les syndicats belges ont donc un avantage, qu’ils entendent défendre : « En Belgique, la hausse des salaires est acquise, puisqu’automatique. Les syndicats n’ont donc pas à fournir de contrepartie pour l’obtenir. A l’étranger, c’est différent. Lorsque patrons et syndicats négocient une hausse salariale, c’est un système de donnant-donnant : les syndicats doivent accepter des demandes patronales pour obtenir leur hausse salariale. »
Si la Belgique a le quasi-monopole mondial de l’indexation automatique, le système a été amendé. « Au début des années 90, le gouvernement Dehaene a créé l’indice santé, dont on a notamment extrait le carburant, rappelle l’économiste Philippe Defeyt. Cet aménagement partait du principe que, lorsque le prix du carburant augmentait, les patrons payaient deux fois : une fois parce qu’ils devaient augmenter les salaires, et une deuxième fois parce que le coût de leur propre flotte de véhicules augmentait. »
Les syndicats ont déjà lâché du lest à cette époque, et n’entendent plus, aujourd’hui, revenir sur l’indexation automatique ainsi revue. L’exception belge a sans doute de beaux jours devant elle.
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