L’intégration réussie de Jacqmin

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS

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Samedi 25 octobre 2008

RTBF Le directeur de l’information sort de sa réserve pour la première fois

Entre intégration des rédactions et enjeux concurrentiels, Jean-Pierre Jacqmin, nouveau patron de l’info publique, fait le point.

entretien

Jean-Pierre Jacqmin est le premier directeur de l’information et des sports de la RTBF d’un nouveau genre. Sa première mission aura en effet été de gérer l’intégration des différentes rédactions de la RTBF (radio, télé, internet, agence interne) au sein de la newsroom. Après avoir fait le tour des équipes en interne – « Il y avait eu, dit-il, des incompréhensions lors de ma désignation, mais je ne constate plus le moindre problème aujourd’hui » –, il sort pour la première fois de sa réserve.

L’intégration des rédactions pour cette « info à 360º » semble se passer sans heurts…

C’est vrai que, jusque-là, la radio et la télé étaient deux univers cloisonnés. Les journalistes politiques se voyaient au 16 rue de la Loi, mais rentraient ici à deux étages différents et donnaient des infos différentes sur antenne. Les mentalités ont vite évolué : on donne les titres du JT à la fin du JP de 19 heures, on mène des opérations spéciales sur tous les médias comme « Vivre sans pétrole » ou « Vivre longtemps ». Quand un journaliste a une info, comme l’affaire Wagner, il appelle directement l’agence interne qui fait une dépêche à l’attention de toutes les rédactions. C’est un début et on n’en restera pas là. Je suis par exemple très fier de la façon dont nous avons été les plus réactifs sur la crise financière. Nous avons été les premiers à faire des émissions spéciales, à expliquer, les premiers à mettre en place un call-center. Avant, il y avait des lignes éditoriales distinctes : à présent, il n’y en a plus qu’une qui refuse le sensationnalisme et l’info fast-food et se veut pédagogique. Ce n’est pas parce qu’on est sur VivaCité, radio de proximité, qu’on ne fait pas d’info : on l’approche différemment.

La crise, parlons-en : on a parfois l’impression que l’info RTBF est une valeur-refuge en période de crise politique ou économique.

Les gens n’ont pas déserté RTL. Mais on est là en plein dans notre job : celui d’appréhender des réalités complexes. Ma ligne éditoriale, c’est une information de service public qui fait comprendre les choses. Dans un contexte comme celui de cette crise, on doit maintenir sa ligne. On aurait pu aussi crier « Panique sur les Bourses ». Nos concurrents ont trouvé des gens qui venaient rechercher leur argent à la banque. Nous avons décidé de ne pas planter des caméras devant une agence bancaire : les gens se seraient dit en les voyant que la situation était catastrophique et auraient peut-être retiré leur argent alors qu’ils n’avaient pas l’intention de le faire. Sur cette crise financière, on a fait du service au public.

Yves Bigot vous a refilé un cadeau empoisonné en disant que le JT devait être déplacé à 19 heures. Qu’en pensez-vous ?

Les chiffres de nos JT sont excellents, l’écart avec RTL-TVI se rétrécit mais ce n’est pas à ses dépens. Je ne sais si cette situation perdurera, mais il est clair que le public de la Communauté française est grand consommateur d’infos. Toutefois, nous devons nous poser la question de l’évolution de la consommation de l’info en fin de journée puisque de plus en plus de gens suivent l’actu toute la journée sur internet. Pour moi, en fait, la réflexion cruciale ne porte pas sur le fait d’aller à 19 heures. Pourquoi pas plus tôt ou plus tard ? On a un rendez-vous d’info qui marche à 18 h 30 et « Au quotidien », très réactif. Pourquoi ne pas proposer plusieurs rendez-vous d’info, différents dans leur approche, comme à la VRT ? Tout est ouvert.

Depuis toujours, la RTBF était le leader autosatisfait de l’info et RTL la petite chaîne challenger. Désormais, c’est RTL qui a un discours arrogant de reine des audiences qui se proclame référence alors que vous semblez plus dans le rôle d’un challenger…

Je ne me positionne pas dans la logique d’un challenger qui veut le rester ni dans celle d’un challenger dont l’objectif est de battre RTL. Si être challenger, c’est batailler 2 fois plus que les autres pour montrer sa réactivité, alors oui, nous sommes challengers. Dans la réalité des audiences, nous ne sommes pas premiers. Est-ce que le journal le plus regardé est la référence ? Pour le grand public, oui, fatalement. Je pense que, pour RTL, il est stratégique et respectable d’aspirer à ce que ses audiences s’accompagnent d’une reconnaissance. Je ne suis pas là-dedans : moi, il m’importe d’être innovant ou dérangeant comme dans « Répondez @ la question », ou de faire le point sur un dossier pas sexy, comme la vieillesse mardi passé sur la Une. C’est notre mission.

Vous êtes content de « Répondez @ la question » ?

Oui, les gens ont suivi, ce qui n’allait pas de soi et on a bien fait de commencer avec Bart De Wever : le grand public a compris qu’il était séparatiste mais pas d’extrême droite. On a voulu installer le concept. On a beaucoup débriefé, écouté les gens, qui disaient que ça allait très vite. Des petites choses vont évoluer mais, en tout cas, on ne procédera pas différemment avec un francophone qu’avec un Flamand.