L’ozone tue aussi à petit feu

SOUMOIS,FREDERIC

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Vendredi 13 mars 2009

Pollution Chaque hausse de taux moyen aboutit à une mortalité augmentée

On savait que les pics sévères tuaient. La répétition de pics plus modestes semble aussi augmenter la mortalité.

L’influence sur la santé de l’ozone, composé très instable constitué par trois atomes d’oxygène (03), est connue. Au-dessus d’un seuil de 180 microgrammes (µg) par m3, il provoque une diminution des fonctions respiratoires d’environ 5 %, l’irritation des yeux, la toux chez les personnes sensibles. Au-dessus de 360 µg/m3, il peut, chez les personnes sensibles, avoir des effets sévères aux niveaux des voies respiratoires. La pollution par l’ozone dans les basses couches de l’atmosphère résulte de l’action du soleil sur les rejets automobiles et industriels. Les liens entre niveau d’ozone élevé et crises cardiaques ou crises d’asthme sévères ont déjà été mis en évidence. C’est pour cela qu’en Europe, un seuil d’information au public est fixé à 180 µg/m3 sur une heure et que des mesures de limitation de l’émission des polluants ont été prises.

Mais on ne savait rien sur l’effet sur la morbidité et la mortalité de l’ozone à long terme… L’étude publiée par le New England Journal of Medicine est la première à l’observer. Les chercheurs ont analysé les données sanitaires sur 450.000 personnes de 1982 à 2000 et les ont comparées aux données recueillies sur les niveaux d’ozone dans 96 villes américaines entre 1977 et 2000.

Les résultats démontrent que la multiplication des pics de plus faible amplitude accroît le risque de décès. Dans une ville comme New York où le seuil de 150 µg/m3 n’est presque jamais dépassé, le risque de mort par maladie respiratoire est accru de 25 % en raison de l’exposition à long terme à l’ozone, expliquent les auteurs, qui chiffrent cette augmentation à 4 % de mortalité supplémentaire chaque fois que la concentration moyenne augmente de 20 µg. « Il y a une plausibilité biologique à un effet de l’ozone sur l’appareil respiratoire », écrivent les auteurs.

Les décès attribués aux pics au-delà des seuils d’alerte actuels étaient en effet plutôt liés aux conséquences sur l’appareil cardiovasculaire. L’appareil respiratoire, lui, serait davantage sensible à la répétition d’événements mineurs. « Nous avions déjà trouvé, chez l’adolescent notamment, des résultats qui montraient des effets inflammatoires clairs dès le seuil de 120 µg, explique le professeur Alfred Bernard, toxicologue à l’UCL et directeur de recherche FNRS. Cela suggère que des pics plus faibles, de l’ordre de 120 µg, ont un effet à long terme. Or, lors de l’été 2008, particulièrement peu ensoleillé, si on a connu 3 pics à 180 µg à Uccle, on a connu sept à huit fois plus de pics à 120 µg. Cela veut dire que nous ne devrions pas seulement faire attention à l’ozone en cas d’alerte, mais prendre des mesures structurelles et non pas conjoncturelles pour réduire le bruit de fond de l’ozone et diminuer ces pics “modestes”. Seuls 10 % de l’effet sanitaire sont liés aux pics sévères. »