L’ULB fait la leçon à Shanghai

TORGEMEN,EMILIE; DEFFET,ERIC

Page 9

Samedi 9 janvier 2010

Universités Les limites du classement chinois dénoncées en Chine

Shanghai

De notre correspondante

Une approche très peu scientifique qui bouleverse la communauté scientifique. » C’est ainsi que l’ancien recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB) Pierre de Maret présente le classement de Shanghai alors qu’il est reçu par Nian Cai Liu, le créateur de ce « hit-parade » qui classe les universités du monde entier.

En ce début d’année, l’ULB a envoyé en Asie une délégation – le pro-recteur Pierre de Maret et trois vice-recteurs, Serge Jaumain, Philippe Bouillard, Jean-Louis Moortgat – pour renforcer son image internationale et ses relations avec différents partenaires. Après la Chine continentale, ce sera Taiwan et le Japon.

Au professeur Nian qui les recevait dans ses bureaux de l’Université Jiaotong, les quatre universitaires belges ont offert un discours de l’actuel recteur Philippe Vincke, très sévère envers le classement de Shanghai. Il y dénonce des critères arbitraires, une équipe non professionnelle, des effets pervers.

Pierre de Maret cite l’exemple d’universités qui, pour gagner des places dans la liste établie par Jiaotong, achètent la signature de chercheurs retraités. Nian Cai Liu écoute les critiques et admet travailler à la correction de certains biais. Philippe Bouillard expose l’argument-phare du recteur et mathématicien Philippe Vincke : sur trois universités, la modification d’une note pour l’une peut bouleverser le classement des deux autres. « Il faut que je vérifie », répond sobrement le Shanghaïen.

« Au début, j’ai créé ce classement comme un outil interne pour évaluer la valeur de notre université par rapport à ses concurrents. Son succès international est une vraie surprise », assure Nian Cai Liu. Une petite équipe de cinq personnes travaille trois mois par an à la réactualisation du classement.

Ce top 500 de l’enseignement supérieur utilise six indicateurs accessibles via internet, dont le nombre de prix Nobel et de médailles Fields parmi les enseignants et les anciens élèves, le nombre de publications dans des revues scientifiques prestigieuses pour classer tant bien que mal les résultats de la recherche mondiale.

Dans les bureaux de Nian Cai Liu, c’est finalement la vision belge de l’université éducatrice, tournée vers la société qui s’oppose à la conception plus compétitive que les Chinois empruntent au monde anglo-saxon. L’ULB, comme l’ensemble du monde universitaire, doit désormais compter avec les classements. Celui de Shanghai et du magazine Time en tête.

Le classement

Dans la version 2009 du classement de Shanghai qui recense 500 institutions, l’ULB figure dans la catégorie 101-151, soit résolument dans la première partie du tableau. Comme d’ailleurs les autres grandes universités belges. L’autre classement de référence est publié chaque année par le magazine Times Higher Education. L’ULB figure en 191è position, loin derrière l’UCL qui occupe la 126è place. (E.D.)