L'ACTEUR : Marcello Dell'Utri

LUKSIC,VANJA

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Lundi 13 décembre 2004

L'ACTEUR

Silvio Berlusconi a encore échappé à la Justice, vendredi. Mais l'un de ses meilleurs amis et alliés, le sénateur Marcello Dell'Utri, a été condamné samedi à neuf ans de prison. Par VANJA LUKSIC

La justice n'est pas de ce monde !, a soupiré le sénateur de Forza Italia Marcello Dell'Utri, samedi matin, en apprenant que le tribunal de Palerme venait de le condamner à neuf ans de prison pour « complicité d'association mafieuse ». Une formule qui atténue à peine la gravité du délit et qui avait déjà été utilisée pour Giulio Andreotti. Marcello Dell'Utri le souligne lui-même, presque fier d'avoir un aussi illustre prédécesseur, sur le banc des accusés. D'autant plus que le sénateur à vie Andreotti s'en est sorti pratiquement indemne !

Je ferai appel. Et je n'ai aucune intention de délaisser la politique, a lancé le sénateur, en expliquant : C'est parce que j'ai créé Forza Italia que l'on m'a intenté ce procès ! Encore une victime de la justice politisée et « berluscophobe » !

Que reproche-t-on à ce Sicilien de 63 ans, juriste, philosophe à ses heures, ancien prof de gym, installé avec sa famille à Milan - où il a fait toute sa carrière ? D'avoir dirigé Publitalia, régie publicitaire du groupe de Silvio Berlusconi Fininvest en faisant entrer des milliards dans les caisses ? D'avoir poussé son ami Silvio en politique et d'avoir créé le parti Forza Italia, peut-être pour donner un allié politique à la mafia ?

Pour les magistrats qui ont travaillé sur le dossier pendant dix ans et qui ont entendu des centaines de témoins, dont une quarantaine de mafieux repentis, il n'y a aucun doute : Dell'Utri a été pendant des années « l'ambassadeur de Cosa Nostra », la mafia sicilienne, à Milan. Et, plus spécifiquement au sein de Fininvest.

La mafia sicilienne, devenue richissime dans les années 70 grâce au trafic de la drogue, avait besoin d'investir et de blanchir tout cet argent. C'est dans ce cadre que Marcello Dell'Utri aurait été contacté. De nombreux repentis l'ont raconté et leurs récits ont été confirmés par des documents, des traces dans des agendas, des conversations téléphoniques interceptées...

Pour Silvio Berlusconi, cette condamnation a eu l'effet d'une douche écossaise après son quasi-acquittement de la veille, à Milan, dans le procès SME. De tous les « bras droits » qu'on lui connaît, Marcello Dell'Utri est peut-être le plus proche. N'est-ce pas à lui qu'il a réservé une place de choix, pour l'éternité, dans le monumental « mausolée » qu'il a fait construire dans sa propriété d'Arcore ?

Ils se sont connus dans les années 1960, à la fac de droit, à Milan. Quelques années plus tard, Marcello devient le compagnon d'aventures de Silvio qui, très jeune encore, se lance avec sa société Edilnord, dans la construction de quartiers ultramodernes autour de Milan.

On s'est toujours demandé où le jeune Berlusconi, dont le père n'était qu'un employé de banque, avait pu trouver le capital nécessaire pour réaliser de tels travaux. Le journaliste Marco Travaglio, dans son ouvrage « L'odeur de l'argent », paru il y a trois ans, avait analysé les rapports entre Silvio Berlusconi et la mafia : il racontait, notamment, que le palefrenier et garde de corps que Marcello Dell'Utri avait trouvé pour Silvio Berlusconi, un certain Vittorio Mangano, était un mafioso. Berlusconi savait-il exactement qui il avait engagé ? Dell'Utri ne l'ignorait sûrement pas. Le livre de Travaglio, sorti lors de la campagne électorale de 2001, avait fait scandale. Mais cela n'avait pas empêché Silvio Berlusconi et Forza Italia de triompher aux élections.

La condamnation de Dell'Utri modifiera-t-elle les projets de Silvio Berlusconi, qui voulait confier Forza Italia à celui qui avait réussi à la créer en moins de quatre mois, il y a dix ans, afin qu'il redonne au parti fatigué un nouvel élan ?

Pour Silvio Berlusconi, Dell'Utri est innocent. J'en mettrais ma main au feu, aurait-il hurlé, furieux d'apprendre cette nouvelle condamnation qualifiée de politique. PHOTO AFP.

1941.

Naissance à Milan.

1974.

Entre à Edilnord comme secrétaire de son ami Silvio.

1976.

Quitte Berlusconi pour une autre entreprise de construction qui fait faillite.

1980.

Revient chez Berlusconi pour diriger la régie Publitalia, au sein du groupe Fininvest.

1994.

Création de Forza Italia et... début de l'enquête à Palerme.

1996.

Elu député,

ouverture du procès à Palerme, pour collusion avec la mafia.

2004.

Condamné en première instance au procès de Palerme.