L'aéroport de Charleroi sans Ryanair jusqu'à lundi

DEMONTY,BERNARD

Page 1

Samedi 16 juin 2007

Un bon conseil si vous devez prendre l'avion ce samedi à Charleroi : renseignez-vous ! Vendredi, l'aéroport carolo comme celui de Liège-Bierset ont été paralysés par une grève des contrôleurs du ministère de l'Equipement et des Transports. Vendredi soir, la situation était redevenue normale à Bierset. Mais à Charleroi, la reprise du travail, annoncée pour samedi, restait très hypothétique. Et Ryanair avait déjà décidé d'annuler tous ses vols jusqu'à lundi après-midi.

P.23 le bras de fer

Bras de fer dans les aéroports wallons

Transport Vu la situation peu claire, Ryanair a annulé tous ses vols de et vers Charleroi jusqu'à lundi 14 h

Les aéroports wallons ont vécu une journée de grève, vendredi. En soirée, le mouvement était suspendu à Liège, mais pas à Charleroi, où les grévistes voulaient prolonger le mouvement jusqu'à lundi. Retour sur une journée mouvementée.

Acte 1 : à 5 heures du matin, les contrôleurs du ministère de l'Equipement et des transports partent en grève. Les aéroports de Liège et Charleroi sont bloqués. Les grévistes sont les agents chargés de l'inspection des voyageurs et des bagages, du contrôle des licences des pilotes et de la surveillance des infrastructures.

Acte 2 : en début d'après-midi, la compagnie aérienne Ryanair, principale utilisatrice de l'aéroport de Charleroi saisit la justice en référé. Le président du tribunal rend une ordonnance interdisant aux grévistes d'empêcher le passage des voyageurs, tant à Liège qu'à Charleroi.

Acte 3 : vendredi à 17h45, le ministre wallon des Transports, André Antoine déclare à la presse qu'il va faire exécuter le jugement et va faire temporairement appel à des travailleurs du privé pour assurer les fonctions désertées par les grévistes. Il annonce la réouverture imminente.

Acte 4 : vendredi soir, rien ne se passe. La loi impose en fait que le contrôle des voyageurs s'effectue sous l'autorité d'un agent agréé. Or seuls les grévistes sont agréés. A l'heure de boucler cette édition, l'aéroport de Charleroi demeurait fermé. Six mille personnes ont fait les frais de la grève. En revanche, le trafic avait repris à Liège, à la suite d'un accord avec les syndicats.

Acte 5 ? Les syndicats ont dit vendredi qu'ils feraient grève jusqu'à lundi, 14 h. Trois scénarios sont possibles pour Charleroi. Soit un accord intervient et les vols reprennent. Soit aucun accord n'intervient, mais le ministre parvient à convaincre un non gréviste de superviser les contrôles effectués par les sociétés privées, alors les vols reprendront. Soit aucune de ces deux hypothèses ne se réalise, et il n'y a pas de vols avant lundi, 14 h. Ryanair a misé sur ce scénario et a annoncé vendredi soir qu'il annulait tous ses vols jusqu'à lundi 14 h.

Les grévistes entendent protester contre le projet du ministre André Antoine de réformer le contrôle au sein des deux aéroports. Actuellement, des fonctionnaires assurent ce contrôle. Ils relèvent directement de la Région wallonne.

André Antoine : « Je défends le droit au travail »

André Antoine, entend confier ces services directement aux sociétés de gestion des aéroports de Liège et de Charleroi, pour rendre ces contrôles plus efficaces et moins coûteux.

Pour les syndicats, c'est « niet ! ». « Lorsque les aéroports auront la haute main sur les activités de contrôle, elles feront appel à des sociétés privées, comme Securitas, dit Yoannis Kalogiros, délégué CGSP. Que va-t-il advenir des travailleurs contractuels ? Quand aux statutaire, ils vont être réaffectés ailleurs à la Région wallonne, mais ils veulent garder leur job actuel. »

Les syndicats estiment aussi que le projet du ministre Antoine revient à rendre le contrôle plus coûteux et moins efficace. Ils exigent le retrait du projet du ministre.

Contacté par nos soins, celui-ci défend avec force sa réforme. « Elle ne changera rien à la situation. Le personnel de contrôle ne perdra pas un centime. Il est faux d'affirmer que des emplois sont menacés. C'est pour cela que j'ai donné l'injonction qu'on rouvre les aéroports. Je défends le droit au travail. Ma porte reste ouverte : je veux montrer aux syndicats que la solution que je préconise est moins coûteuse et plus efficace. »