L'AFRIQUE DANSE A LYON AU COEUR DE LA BEINNALE,UN CONTINENT QUI SE CHERCHE

WYNANTS,JEAN-MARIE

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Mardi 20 septembre 1994

L'Afrique danse à Lyon

Au coeur de la biennale,

un continent qui se cherche

LYON

De notre envoyé spécial

Après le choc de «Still/Here» et la grosse machine toujours bien huilée d'Alvin Ailey (dont nous reparlerons bientôt), la Biennale de la danse de Lyon a vécu ces derniers jours au rythme de l'Afrique et des Caraïbes. Dans la rue tout d'abord, avec une Fête en couleurs rassemblant des milliers de participants de part et d'autre de la Saône.

Dimanche, après une messe animée par quatre chorales africaines, tout le monde espérait la disparition des nuages pour l'après-midi. Espoir déçu. Pourtant, la fête a bien eu lieu. Si les bottes, les écharpes et les bonnets avaient remplacé les chemises en fleurs, l'ambiance était néammoins de la partie grâce au punch, aux accras et aux multiples spécialités exotiques servies durant toute une journée, dans de multiples restaurants dérogeant aux traditions du terroir. Un peu partout, des podiums accueillaient des groupes musicaux enflammant le public au rythme du zouk, de la rumba zaïroise, du soukous, de la salsa, du reggae ou des danses brésiliennes. Une vraie fête qui avait débuté dès le samedi soir avec un bal en plein air dans le théâtre romain sur les hauteurs de Fourvière. Spectacle surréaliste que ce théâtre antique accueillant des centaines de danseurs emmitouflés comme en plein hiver mais dansant de bon coeur pour mieux se réchauffer.

BREAK DANCE ET CLAQUETTES

Si les danseurs amateurs ont pu se déchaîner tout le week-end, les professionels étaient aussi à l'ouvrage avec un bouquet de spectacles tournés vers l'Afrique. Fred Bendongué est probablement le chorégraphe le plus intéressant du lot. Venu de la région lyonnaise, Bendongué mêle un brin de théâtre à une danse très narrative mais qui ne manque pas d'originalité. Tout est loin d'être parfait dans sa création «À la vue d'un seul oeil», mais on y découvre des mouvements étonnants, un mariage réussi du break dance et des claquettes, des déplacements de côté rappelant les personnages dessinés de l'ancienne Égypte et des gestes inattendus surgissant de temps à autre. L'ensemble gagnerait néanmoins à être fortement resserré et à faire preuve de plus d'originalité du côté de la musique, semblant sortir tout droit de la bande son d'Exploration du monde.

Germaine Acogny n'est plus une débutante. L'ancienne directrice de Mudra Afrique a su imposer depuis longtemps sa longue silhouette et ses ondulations fascinantes. Son travail chorégraphique est malheureusement moins convaincant que sa danse. Dans «Eau sublime», elle nous invite à voir un groupe de jeunes Africains perdus dans leur vie quotidienne de citadins, fascinés par l'Occident et redécouvrant soudain leurs racines. Hélas! on perd rapidement le fil de cette histoire qui ne nous épargne pas les effets grandiloquents de son et de lumière. Heureusement, il y a la musique d'Arona Ndiaye et de ses comparses qui parviennent à renouveler l'utilisation des percussions en relation directe avec la danse. Et puis il y a un groupe de très beaux danseurs capables de sublimer les petits gestes quotidiens, de fasciner par des mouvements lents et chaloupés puis d'exploser tout à coup. Merveilleusement gracieux et sensuels, ils sont particulièrement convaincants dans les moments les plus lents lorsque le mouvement devient épure et que tout semble fragile, suspendu à la volonté des dieux. On se dit alors que l'univers de Germaine Acogny gagnerait peut-être à explorer plus encore le mouvement pur et à oublier une trame narrative qui ne déborde guère d'originalité.

FOLKLORE ET TRADITION

Rien de tout cela malheureusment chez Koffi Koko, dont le solo paraît extrêmement vain et prétentieux. C'est d'autant plus dommage que quelques éclairs, comme ces poses de matador qu'il prend de temps à autre, laissaient entrevoir de belles possibilités. Mais, finalement, ce sont surtout les trois musiciens qui l'accompagnent qui attirent notre regard durant cette traversée «D'une rive à l'autre» qui nous a laissé à quai.

Avec les Ballets africains de Guinée enfin, c'est le folklore et la tradition qui reviennent au galop. Une légende avec petit village de pêcheurs, griot, veuve éplorée, fils indigne, géant protecteur de la population, animaux sauvages et rites initiatiques. Rien ne manque dans ce spectacle haut en couleur et réglé comme du papier à musique. La trentaine de danseurs-chanteurs et de musiciens ne fléchit pas une seconde et abreuve le public de couleurs, de percussions, de rythmes frénétiques et d'images d'Épinal dans un décor «typique» de toile peinte. Un spectacle parfaitement professionnel et délassant donnant une image de l'Afrique qui ravira les amateurs d'exotisme. Mais vraiment rien de neuf sous le soleil.

JEAN-MARIE WYNANTS