L'ALE et Brutélé convoleront

JENNOTTE,ALAIN

Page 23

Mercredi 16 novembre 2005

TélécomsLes deux « câblos » unissent leurs forces face à Belgacom

Une alliance Bruxelles-Charleroi-Liège pour offrir à marche forcée la télé numérique, le téléphone et l'internet.

Le monde politique wallon rêvait pour eux d'une fusion à onze, cela commencera plus modestement par un mariage à deux. Si les blocages qui freinent l'union sacrée des « câblos » wallons restent omniprésents, malgré l'offensive audiovisuelle de Belgacom, les deux plus gros télédistributeurs francophones, Brutélé et l'ALE-Télédis, pourraient créer la surprise en annonçant, ce mercredi, la création d'une société d'exploitation commune.

Cette entreprise, qui serait lancée dès 2006 et prendrait la forme d'un groupement d'intérêt économique (GIE), proposera à l'ensemble des abonnés des deux intercommunales une offre de télévision numérique, de téléphonie et d'internet à haut débit sur le câble de télédistribution. Elle rémunérerait en retour les deux « câblos » pour l'utilisation de leur infrastructure. Brutélé dessert la région de Charleroi et une partie de Bruxelles, tandis que l'ALE-Télédis couvre une large portion de la province de Liège.

« Nous travaillons à l'unification de nos services sous une marque et un tarif communs, confirme André Gilles, le président de l'ALE-Télédis. Nous allons intégrer nos réseaux mais chaque télédistributeur en conservera la propriété. Il est essentiel pour nous de garder la main sur le bijou de famille - notre réseau câblé - qui garantit des revenus récurrents à nos actionnaires communaux. »

Dans un tel montage, le rôle de la chaîne cryptée Be TV, dont les « câblos » wallons sont l'actionnaire majoritaire, pourrait être déterminant. « Il y a des synergies évidentes à trouver avec Be TV, rappelle André Gilles. Ils ont l'expérience du marketing et disposent d'un important réseau de points de distribution. » La nouvelle société utilisera un décodeur compatible avec celui de Be TV et pourrait s'appuyer sur son système de facturation.

En s'alliant, les deux télédistributeurs wallons espèrent atteindre une taille critique pour freiner l'avancée de Belgacom, qui aurait déjà raccordé plus de 17.000 clients à sa télé numérique et dont le carnet de commandes compterait plus de 30.000 signatures. En additionnant leurs clientèles, les deux « câblos » pèsent en effet lourd en Communauté française : 613.000 abonnés à la télédistribution et 72.000 accès internet, soit plus de 55% du marché câblé.

Mais créer une société d'exploitation ne suffira pas. Brutélé et l'ALE devront s'allier à un opérateur télécoms. Parmi les noms les plus souvent cités, on retrouve Mobistar, Base et Telenet. Ce dernier, né de l'union des télédistributeurs flamands, tiendrait la corde. « Un partenariat avec Telenet est une piste intéressante à étudier, reconnaît André Gilles. Il me paraît inutile de réinventer la roue alors que nous faisons le même métier. Nous pourrions par exemple sous-traiter à Telenet ses services dans le domaine de la téléphonie ou de l'internet à haut débit et réaliser d'importantes économies d'échelle. » Mais les deux intercommunales entendent cependant garder leurs distances. « Il n'est pas question d'élargir à cet opérateur un quelconque tour de table, prévient André Gilles. C'est plutôt un partenariat commercial que nous envisageons avec Telenet ou avec un autre opérateur. Nous entendons nous-mêmes rester opérateurs industriels et personne ne doit toucher à notre fichier de clients ».

Ces avancées n'empêchent cependant pas l'ensemble des télédistributeurs wallons, réunis au sein de la société ACM, de poursuivre une réflexion commune en vue de se fédérer et même de peaufiner un plan d'affaires. Pour les aider dans cette tâche, l'ACM aura recours à la banque d'affaires ING.

Reste à voir comment les neuf autres intercommunales réagiront aux projets du tandem carolo-liégeois. Selon certaines sources, elles pourraient être tentées de s'unir à leur tour et d'ouvrir directement leur capital à Telenet. « Il ne s'agit pas du tout de fermer la porte aux autres télédistributeurs, plaide André Gilles. Au contraire, je nourris l'espoir que nous serons tous mariés, au terme du processus, même si deux câblos ont déjà décidé d'avancer à marche forcée. Ce n'est ni contradictoire ni exclusif. »ALAIN JENNOTTE