L'ARGENT ET LES LIEGEOIS : LE VIATIQUE DE L'EGLISE LIEGEOISE : UNE RECETTE DE 660 MILLIONS PAR AN (SIXIEME ARTICLE)

GUTIERREZ,RICARDO

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Mardi 8 mai 1990

L'argent et les Liégeois

Le viatique de l'Église liégeoise:

une «recette» de 660 millions par an

Six cent soixante millions: c'est la somme versée en 1989 par le trésor public à l'Eglise liégeoise... 522 paroisses, 32 doyennés et 700 prêtres dont la moyenne d'âge tourne autour des 63 ans pour une province qui compte encore 80 % de baptisés, mais où la pratique dominicale est passé sous le cap des 10 % de la population dans les centres urbains. Le diocèse de Liège moribond et désargenté?...

Difficile à dire, car si la pratique se stabilise à une espèce de niveau-plancher, côté finances, il s'agit de bien faire la différence entre les biens du clergé - certaines fabriques d'églises et certains ordres sont très riches en patrimoine (l'Eglise est par exemple le troisième plus important propriétaire foncier de la ville de Liège après l'Etat et la régie foncière communale) - et les sommes versées par l'Etat, les Communautés, les Régions et les communes aux cultes...

En province de Liège, les dépenses communales inscrites au poste des cultes dépassaient la centaine de millions en 1985 (une moyenne de 1.260.000 F par commune selon la dernière statistique disponible). Championne au hit parade provincial: Burg-Reuland qui consacrait à l'époque plus de 4 % de son budget à l'Eglise alors que la moyenne pour la province n'était que de 0,66 %! Dans la foulée de Burg-Reuland: Bullange (3,5 %), Butgenbach (3,2 %), Saint-Vith (3,1 %), Waimes (2,5 %)... Bonne dernière: Seraing «la rouge» (0,002 %).

C'est incontestable: avec une moyenne de 1,4 %, l'arrondissement de Verviers - et plus particulièrement les cantons de l'Est - constitue la zone où les finances publiques locales participent le plus aux cultes. Les «records» des trois autres arrondissements restent loin derrière: 1,49 % à Ferrières pour une moyenne hutoise de 0,52 %; 1,05 % à Bassenge pour une moyenne liégeoise de 0,31 %; et 0,9 % à Fexhe-le-Haut-Clocher pour une moyenne waremmienne de 0,46 %.

Waremme, dont Edmond Leburton fut le premier bourgmestre socialiste d'après-guerre qui ait reçu officiellement l'évêque de Liège à l'hôtel communal, n'accorde que 0,15 % de son budget aux cultes. Même ordre de grandeur à Verviers (0,25 %) et Huy (0,35 %).

La Cité ardente, elle, est encore plus raisonnable (0,03 %): en 1989, elle a consacré 6.473.000 F - soit 71 F par habitant - à l'Eglise... Un peu plus que Bruxelles (six millions), mais bien moins que les trois autres grandes villes belges: 13 millions à Anvers, 28 millions à Gand, et près de 46 millions à Charleroi!

On remarque cependant que malgré les difficultés financières de la ville, le poste consacré aux cultes est passé à 7.282.348 F (plus de cinq millions en remboursement d'emprunts et 2.300.000 F en travaux divers) dans le budget 1990, soit une augmentation de 11 % alors que dans le même laps de temps, les dépenses en matière culturelle ont diminué de 10 %!...

Mais la centaine de millions versée par les communes pour couvrir le déficit des fabriques d'églises n'est pas tout. La Région wallonne contribue, elle aussi, aux cultes en finançant les rénovations d'immeubles classés et les gros travaux de réparation aux églises et presbytères de la province de Liège: 74 millions en 1989 (35 millions pour l'administration des travaux subsidiés et 39 millions à l'actif des monuments et sites).

Principales dépenses de l'année dernière au rayon des églises classées: 28 millions pour Saint-Jean-l'Evangéliste à Beaufays; 2.700.000 F pour Saint-Jacques à Thimister Clermont; et deux millions et demi pour Saint-Nicolas à Eupen.

Reste enfin l'intervention de l'Etat dans le traitement et les pensions des 700 prêtres du diocèse de Liège: quelque 460 millions répartis entre ministres du culte avec d'importantes divergences individuelles, de 30.000 F nets mensuels pour les curés à 80.000 F pour l'évêque de Liège... Des sommes auxquelles il s'agit d'ajouter les revenus paroissiaux (offrandes de funérailles, intentions de messes, dons à l'occasion des mariages, part des collectes revenant à la paroisse,...) estimés à une moyenne mensuelle de 8.000 F, mais il ne s'agit plus là que de la charité chrétienne des pratiquants et plus celle de l'Etat, et par lui, de tous les Belges, catholiques comme protestants, musulmans ou... laïques et anticléricaux!

RICARDO GUTIERREZ