L'Armée albanaise de libération décrète la mobilisation générale Belgrade souffle le chaud et le froid au Kosovo

AFP; REUTER

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Lundi 8 juin 1998

L'Armée albanaise de libération décrète la mobilisation générale Belgrade souffle le chaud et le froid au Kosovo

Une précaire accalmie était signalée hier dans l'ouest du Kosovo, région limitrophe de l'Albanie, après dix jours d'affrontements sanglants entre forces serbes et séparatistes albanais, selon des sources concordantes. Les liaisons téléphoniques avec les villes de Pec et Decani (ouest) ont été rétablies et la présence des forces de police et de l'armée dans les environs de Pec a été considérablement réduite, ont indiqué des sources albanaises à Pristina, chef-lieu de la province.

Les autorités yougoslaves ont organisé dimanche une visite de la région pour les diplomates, à laquelle des représentants d'une quarantaine de pays devaient participer, selon l'agence officielle yougoslave Tanjug.

Décrétant la mobilisation générale, l'«Armée de libération du Kosovo» (UCK) a cependant appelé tous les Albanais du Kosovo de 18 à 55 ans à se joindre à la lutte pour la libération de la province, dans un communiqué publié par le quotidien «Koha Ditore». L'organisation clandestine appelle les Kosovars à prendre les armes, à contenir l'infanterie serbe et à creuser des tranchées contre l'artillerie et les blindés des forces serbes.

L'armée yougoslave a affirmé de son côté contrôler la situation le long de la frontière avec l'Albanie et avoir coupé les canaux d'approvisionnement des séparatistes en armes et munitions depuis ce pays.

Elle a assuré que la frontière vers l'Albanie est totalement fermée et qu'elle empêche l'entrée au Kosovo de terroristes de l'UCK. Les terroristes n'ont pas réussi à bloquer la route Pec-Decani-Djakovica , selon le quotidien progouvernemental «Politika». L'objectif des indépendantistes était de créer un «territoire libéré» dans cette région et d'inclure l'aile politique de l'UCK dans les futurs pourparlers sur l'avenir du Kosovo avec le gouvernement de Belgrade, écrit encore le journal serbe.

Selon la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) d'Ibrahim Rugova, au moins 55 Albanais ont été tués depuis le 29 mai dans l'ouest de la province, 200 sont portés disparus et 150 sont retenus en otages par les forces serbes.

Sur le plan diplomatique, l'Allemagne a demandé aux autorités de Belgrade de mettre un terme aux opérations militaires au Kosovo et de permettre à des observateurs internationaux indépendants de suivre la situation dans la province. Wolfgang Ischinger, directeur politique au ministère allemand des Affaires étrangères, a dit espérer qu'il n'est pas trop tard pour reprendre les négociations entre Belgrade et les Albanais du Kosovo. Le diplomate allemand a dit avoir l'impression que les autorités yougoslaves prennent en considération les propositions occidentales pour un règlement de la crise, à savoir l'arrêt immédiat des opérations de la police et de l'armée et l'autorisation pour des observateurs indépendants de suivre la situation.

La veille déjà, le ministre autrichien des Affaires étrangères, Wolfgang Schüssel, avait annoncé que M. Milosevic avait autorisé des responsables de la Croix-Rouge internationale à se rendre au Kosovo, alors que la police serbe comme l'Armée de libération albanaise en refusent jusqu'ici l'accès aux étrangers.

M. Schüssel a précisé que Milosevic était prêt au dialogue, et que le blocage venait du refus de l'UCK de négocier avant la fin des attaques serbes. (AFP, Rtr.)