L'ATTAQUE DE VIELSALM ET OESLING 84

HAQUIN,RENE

Page 21

Jeudi 15 novembre 1990

L'attaque de Vielsalm et «Oesling 84»

L'enquête demandée par le ministre Coëme porte aussi, a-t-il précisé mercredi, sur les activités militaires en cours lors de l'attaque de la caserne Sergent Ratz des Chasseurs ardennais à Vielsalm, dans la nuit du 13 mai 1984. Barbelés cisaillés, milicien ligoté, barreaux de l'armurerie sciés, double vitrage découpé au diamant, dépôt dévalisé: 20 fusils automatiques légers (Fal), des mitraillettes Vigneron et trois vieux Lee Ensfield. L'adjudant de garde, M. Freches, dégaîna (son arme n'était pas chargée) et fut abattu d'une rafale (quatre balles dans le corps). Il survécut.

Dans les jours qui suivirent, l'armée ne souffla mot d'une manoeuvre secrète, baptisée «Oesling 84», qui se déroulait pendant ce mois de mai dans la province de Luxembourg et au Grand-Duché. L'auditorat militaire chargé de l'enquête se dessaisit rapidement en faveur du parquet de Marche-en-Famenne, les enquêteurs considérant que les auteurs potentiels devaient être des terroristes d'Action directe ou des CCC.

Deux FAL provenant de Vielsalm furent retrouvés en 1985 dans une cache des CCC, rue des Cottages à Uccle. En octobre 1985, quinze mois après l'attaque de Vielsalm, Lucien Dislaire, un habitant de Houffalize, détenu depuis peu pour une autre cause et alors en cavale en France, nous fit d'importantes révélations.

Dislaire disait avoir participé, à la demande du S2 (officier provincial de sécurité), aux manoeuvres «Oesling 84» visant à l'entraînement de «Special forces» américaines, droppées sur la province début mai et engagées dans des opérations conjointes avec des paras belges. La manoeuvre, calquée sur l'organisation de la résistance en 1944, était téléguidée à partir d'un état-major en Grande-Bretagne, relayé sur le continent par un QG au Luxembourg et par deux cellules de contact, à Diekirch et à Vielsalm.

La mission de Dislaire (comme d'une dizaine d'autres civils, la plupart anciens militaires de la province) était celle d'un officier de liaison: fournir nourriture et munitions, assurer les contacts radio entre les groupes - tous en civil - et assurer leurs déplacements à bord de véhicules civils. Pour cela, Dislaire avait sa Volvo et s'était procuré un vieil autocar et un camion bâché. Le 12 mai vers 19 h, nous dit-il, il avait transporté des commandos de Flawinne et des hommes des «Special forces» (qui ne s'exprimaient qu'en anglais et dans les langues de l'Est) dans les environs de la caserne de Vielsalm. Les Américains étaient nerveux depuis plusieurs jours, les ordres d'opération tardant à venir à la suite de la «destruction», début mai du QG du Luxembourg.

Des attaques-surprise avaient déjà été menées depuis le début du mois contre la gendarmerie de Neufchâteau (attaque nocturne à la grenade d'exercice qui faillit tourner mal, les gendarmes n'ayant pas été prévenus), contre un dépôt de carburants à Bastogne, contre la gendarmerie de Longlier. Une opération de sabotage visa le relais RTBF de la forêt d'Anlier.

Au lendemain de l'attaque de Vielsalm, la manoeuvre tourna court. Les Américains furent évacués vers l'Allemagne, les commandos rentrèrent. Les autorités judiciaires, peu informées par les militaires, convoquèrent leurs responsables belges et américains (en novembre 1985). Puis le dossier fut transmis à Bruxelles.

Les CCC ne furent jamais inculpés pour Vielsalm, le parquet général ayant conclu à un vol par inconnus, probablement des truands auxquels les terroristes avaient dû racheter les deux armes...

Semblables exercices étaient organisés tous les deux ans, déjà dans les années 70. Après Vielsalm, un dernier «Oesling», moins musclé, eut lieu en 1986.

RENÉ HAQUIN