L’AVORTEMENT est un DROIT INALIÉNABLE, Monseigneur

DORZEE,HUGUES

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Lundi 29 mars 2010

Les apôtres du droit à la vie « à tout prix » sortent à nouveau du bois. Vingt ans après l’entrée en vigueur de la loi Lallemand-Michielsen dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse, ils étaient moins de 2.000 marcheurs à battre le pavé bruxellois pour demander son abrogation et protester « au nom des milliers d’enfants à naître qui ont été sacrifiés ». Une manifestation marginale et pacifique, certes, mais rassemblant en son sein tout ce que les mouvements « pro-vie » comptent de forces plus ou moins conservatrices, voire franchement réactionnaires : des chrétiens engagés ou dogmatiques jusqu’à la droite extrême en passant, fait peu banal, par la présence inédite de Mgr Léonard.

En soi, rien d’étonnant. L’ex-évêque de Namur n’a jamais caché ses positions anti-IVG. Reprenant d’ailleurs à la lettre la doctrine officielle de l’Eglise initiée en son temps par Jean Paul II lui-même qui, en 1981 déjà, dans l’exhortation apostolique Familiaris Consortio dénonçait la contraception comme l’expression d’un « esprit contraire à la vie ».

Toutefois, en s’affichant ainsi aux côtés de militants pro-life exaltés, de prêtres intégristes, d’étudiants nationalistes flamands et de sympathisants FN ou VB, le chef de l’Eglise catholique belge prend un certain risque. Celui de flirter avec un discours tantôt intransigeant, tantôt franchement nauséabond.

En outre, en réclamant ainsi sans le dire l’abrogation d’une loi historique votée au terme d’un long combat laïque et féministe, il s’immisce, à pas de velours, dans les affaires de l’Etat. Ce qui, là, est totalement intolérable.

L’avortement s’appuie sur un triple principe qui ne peut nullement être remis en cause : les droits sexuels et reproductifs ; le droit à la santé ; le droit des femmes à disposer de leur corps.

Dimanche, les anti-IVG, AndréJoseph Léonard en tête, ont ouvert une brèche et démontré que le courant pro-vie était capable de s’affranchir et soucieux de faire peser ouvertement le fait religieux sur la vie publique en fédérant toutes les forces, même les plus obscurantistes.

En soi, c’est un élément politique dont il faudra tenir compte. Car les acquis sociaux, même les plus verrouillés, ne sont jamais définitifs.