L'empereur du Kazakhstan Enquête sur un trio venu de la République kazakhe qui fit trembler les polices de Belgique. Jeux d'ombres Fortune en sous-sol La guerre de l'alu

LALLEMAND,ALAIN

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Samedi 22 juillet 2000

L'empereur du Kazakhstan Enquête sur un trio venu de la République kazakhe qui fit trembler les polices de Belgique. par Alain Lallemand

S'il n'y avait cet avion à prendre en soirée, sans doute aurait-il délaissé son Chivas regular pour partager avec nous le kumys, lait de jument fermenté dont raffolent les Kazakhs de la plaine. Le choix est à l'image de l'homme qui nous fait face, mélange curieux d'Europe et d'Asie, mâtiné des derniers relents d'un empire soviétique révolu. A l'image de la ville où nous nous trouvons, Almaty (Kazakhstan)... Et c'est de ce maelström que naît le prénom de l'homme, Patokh, translittération approximative du seul nom qu'il admet, prononcé «Fattkh», «Celui qui ouvre les portes».

En l'occurrence, la tradition veut qu'il s'agisse des portes du Paradis. Mais lorsque Patokh Chodiev ouvre celles de la Belgique, au milieu des années 90, et qu'il devient citoyen belge en 97, la mécanique grince. Qui est cet homme originaire de Tachkent (Ouzbékistan), lié un temps aux réseaux financiers occidentaux du parti communiste d'Union soviétique, dont le groupe, Eurasian Group, est devenu si puissant au Kazakhstan qu'il y pèse 12 % du produit industriel et règle des impôts directs de 9,25 milliards de FB (l'équivalent du quinzième du budget annuel de l'Etat)?

A la tête de l'Eurasian Bank et de ce qu'on appelle communément le «groupe Chodiev», il a survécu aux tourments de la «guerre de l'aluminium» face aux prédateurs de certaines compagnies occidentales, tente d'oublier ses déboires avec Tractebel, et règne encore, avec ses deux associés «Alic» Ibragimov et «Sasha» Machkevitch, sur une part significative de l'extraction du charbon, de la bauxite, de l'alumine, du chrome, du fer et de la production d'énergie. D'où la présence obsédante de ces gardes du corps, Mad Max de la Mercedes 500 ou du Land Cruiser lancés à 170 km/h sur les rares routes de la steppe, que nous retrouverons dans tous ses points de chute industriels, Kustanay ou Pavlodar, Aksu ou Almaty. La peur des enlèvements: personne n'en parle, mais le business est bien là, et les victimes payent. Or Fattkh les craint. Les gardes assurent également la ronde des billets, en coupures diverses, qui sont l'huile de ce pays toujours au bord du grippage.

En Belgique, son image est bien différente: celui qui racheta par simple amour du Japon le luxueux restaurant japonais «Tagawa» sur l'avenue Louise, et dispose à Waterloo d'une villa dont le revenu cadastral est de près de 600.000 FB, est rapidement devenu la cible des services de police et de renseignement, un sujet d'examen insolite pour le parquet de Bruxelles. Blanchiment? Faux? Escroquerie et chantage? Menaces et association de malfaiteurs? Telles sont aujourd'hui les charges instruites par la justice belge.

Cela remonte aux premiers pas de Chodiev dans l'économie de marché, vers 1988. Lorsque cet ancien apparatchik du ministère soviétique des Affaires étrangères, payé 350 roubles par mois, croise à Moscou la route de Boris Birshtein (voir par ailleurs). Mon premier pas, parfaitement stupide, résume celui qui deviendra le patron, dans la capitale russe puis à Bruxelles, des sociétés de Birshtein. Il réalise que son job n'est qu'un rouage, une couverture des services soviétiques, même s'il réussit à développer avec l'Union européenne des lignes de crédit ahurissantes pour le Kirghizistan et l'Ouzbékistan.

Alors, lui et «Sasha» quittent Birshtein et se lancent dans le trading pétrolier, la hi-fi, les vêtements, le charbon... Au même moment, leur

futur associé, «Alic», fait les cimetières de voitures en Allemagne, pour y récupérer des pièces détachées, qu'il vend à prix d'or en Asie centrale. Jusqu'à la fin 92. C'était l'époque où l'inflation rendait les intérêts bancaires négatifs, explique Ibragimov. Sur base de crédits à... un an, on achetait des dizaines de camions de nourriture, d'eau, d'équipement en Italie et en Belgique. L'eau! Achetée à 10 cents, on la revendait à un demi-dollar, puis 3, puis 6 dollars! Et on se l'arrachait toujours... Sans compter ce qu'on gagnait sur l'emprunt. Chodiev en rajoute: En 91, on achetait la tonne de pétrole à 10.000 roubles, soit 10 dollars, avec un transport local à 4,7 dollars. Prix de vente? 140 dollars! Cette année-là, j'en ai vendu un million de tonnes...

Des allures de blanchiment

Et ça commence à tourner: 5 milliards de bénéfice pétrolier en un an... Qui peut y croire? Pourtant, lorsque Fattkh pointe sur la carte du Kazakhstan l'étendue actuelle de leurs sites industriels, ils sont bien devenus, dix ans plus tard, les capitaines industriels d'un pays cinq fois plus vaste que la France. Le Kazakhstan, ils l'ont pris comme ces cavaliers de «keez-kuv», cette course équestre où les Kazakhs doivent ravir une jeune fille, l'emporter sur leur monture et l'embrasser.

Ils avaient, il est vrai, l'arbitre dans leur camp: le président Nazarbaïev, au pouvoir bien avant l'indépendance du pays, apprécie visiblement ces hommes qui affirment être au Kazakhstan pour longtemps, investissent dans la modernisation de leurs usines, prennent en main la vie sociale, culturelle, récréative et sportive de leurs 65.000 employés directs comme s'ils avaient réinventé le socialisme dans l'économie de marché. Une organisation globalisante, presque inquiétante à l'heure du sous-emploi.

Cette fusion du politique et de l'économique, on la retrouvera à Astana, face au propre neveu de Fattkh: depuis deux ans, le Kazakhstan se bâtit une nouvelle capitale avec l'appui des Japonais. Mais les fonds manquent pour subvenir aux besoins de la société d'Etat en charge de l'étude, CDC. Qu'importe: le «groupe Chodiev» paye désormais les salaires des fonctionnaires! L'oncle ainsi que le neveu se trouvent maintenant aux premières loges, à l'approche de marchés gigantesques que sont l'approvisionnement et l'épurement des eaux, les télécommunications, le chauffage urbain. Autre exemple? Tractebel quitte Almaty, laissant en plan un système d'électricité et de chauffage qui devait alimenter 2,2 millions de personnes. Vers qui le pouvoir se tourne-t-il alors pour assumer le management de l'entreprise?

Cette proximité du politique, en Belgique, leur coûtera leur réputation: en 96, ils procèdent en sous-main à l'achat de propriétés immobilières belges pour le compte du Premier ministre kazakh de l'époque, Kajegueldine. Pour 220 millions de FB, estime la gendarmerie. Or, un Premier ministre au Kazakhstan, à l'époque, ne touchait officiellement qu'aux alentours de 1.000 dollars (soit 40.000 FB) par mois... Blanchiment? Kajegueldine n'a finalement pas su payer , affirme Chodiev. C'est nous qui avons payé. Où est le blanchiment?

Jeux d'ombres

Le schéma est connu: sur base des anciennes filières de financement des associations et partis «frères» à l'étranger (brassant des revenus en devises fortes liés aux matières premières et métaux précieux), des fortunes douteuses se sont développées, proches du crime organisé russe. L'un des exemples les plus décriés fut le réseau Seabeco, basé à Hong Kong, et centré autour de l'homme d'affaires Boris Birshtein. C'est là que Fattkh Chodiev, responsable de Seabeco-Moscou puis de Seabeco-Belgium, fit la connaissance de «Sasha» Machkevitch, lui aussi recruté par Seabeco.

Birshtein, je l'ai connu lorsque j'étais au ministère soviétique des Affaires étrangères, à Moscou , raconte Chodiev. Pour lui, toutes les formalités allaient toujours très vite. Mon collègue, en charge des dossiers américains (NDLR: Birshtein travaillait pour le Canada), m'a dit qu'il était poussé dans le dos, par le Comité central du parti ou le KGB. En 1988, je l'ai sauvé en lui obtenant un emprunt, alors il m'a demandé de le rejoindre. Mais ça puait le KGB: tous ses employés attendaient ses ordres. Ils

tenaient des conférences à mots couverts dans les jardins, chuchotaient dans les couloirs. J'ai croisé des gens du PCUS, du KGB. On était en 1991, et Moscou était très marqué par le milieu criminel. En mai 1991 , je suis venu lancer son bureau à Bruxelles. Mais quelque chose clochait: il se moquait du business que nous pouvions développer. Et on voyait des millions de dollars passer sur les comptes, sans activité correspondante. Moi, je voulais faire du commerce. J'ai dit à Sasha: «On se tire de là».

Moins de deux ans plus tard, la page sera tournée et le trio installé au Kazakhstan. Je n'ai plus jamais revu Birshtein, inch'Allah. Mais j'ai reçu des menaces au téléphone, d'abord de Birshtein puis d'une autre personne.

Se pourrait-il que cela soit lié à Mikhaïlov, mafieux russe présumé dont la justice suisse suspectera qu'il soit en affaires avec Birshtein? C'est ce que la justice tentera de faire dire à Chodiev. Mais celui-ci n'aura jamais la preuve del'origine des menaces reçues. Ils m'ont convoqué au procès de Mikhaïlov, à Genève. Pour me poser des questions sur la corruption de votre député Philippe Rozenberg, auquel je n'ai jamais rien demandé ni payé. En 1999, après sa libération, Mikhaïlov m'a abordé à la sortie du restaurant «Tokyo», à Moscou: «Il n'était pas bon que tu témoignes contre moi», m'a-t-il dit. Quand je lui ai dit que je ne l'avais pas fait, il m'a simplement dit: «On se reverra plus tard...»

Depuis, comme tous les hommes d'affaires en vue de l'ex-URSS, Fattkh sait qui sont les mafieux ou les businessmen troubles qu'il faut éviter. En conséquence, il affirme fulminer contre la réputation qui est faite à son propre Eurasian Group en Europe de l'Ouest, assurant que toutes les charges à son encontre naissent de quiproquos. Pour tester ses capacités, nous ajoutons une charge, inédite: l'usine pharmaceutique qu'il possède à Chimkent, suspecte de produire illégalement des psychotropes... Nous avons une licence de l'OMS (l'Organisation mondiale de la santé) pour la production d'éphédrine (NDLR: alcaloïde très... prisé) , mais nous n'en produisons plus. Précisément parce qu'il y a l'interférence «drogue». Les Américains ont vérifié. Et les gardes armés qui sont là? I ls protègent les stocks légaux (de codéine) de l'Etat!

Fortune en sous-sol

Imaginez un pays désespérément plat, doté de peu de bosquets, steppe salée où chaque trace de vie se voit sans délai au plus loin de l'horizon. Autrefois une terre de hordes et de yourtes, où les sourires sont des balafres, où le soleil donne à l'homme la peau du cheval. La Sibérie occidentale! Un climat continental sévère (- 46 à + 40°C) rehaussé du vent des plaines, mais un tempérament humain propice à écluser des foudres de vodka, baffrer la viande d'étalon par haras entiers. Depuis un bon siècle, c'est avec le même appétit qu'ils ont ouvert les entrailles de la terre, explorés ses viscères, se sont gavés de minerais de charbon, de fer, de chromite, repus de la bauxite. Jusqu'à la perestroïka.

Devenu le bras inerte d'un corps soviétique éclaté, le métabolisme de l'industrie kazakhe n'a pas immédiatement permis sa greffe sur le marché mondial. Nous sommes à la fin des années 80: les investissements se sont taris, les salaires ont été retardés jusqu'à six mois. Gavés de culture du «kombinat», les travailleurs ont non seulement vu s'effondrer leur emploi, mais également les structures sociales, culturelles et sportives dans lesquelles ils vivaient: l'entreprise était source exclusive de vie.

C'est alors l'époque des cow-boys venus du «Far West». Au sens propre. Prédateurs de l'Ouest reposant sur les éléments locaux les plus vifs à saisir les opportunités qui se présentent. C'est l'époque où Transworld (voir par ailleurs) débarque au Kazakhstan. Au printemps 1992, David Reuben, de Transworld, croise la route de petis malins qui revendaient des milliers de tonnes de cuivre sur le marché international. Un marché soumis à licence, mais qu'on pouvait contourner en apportant au cuivre brut une légère modification (...l'emballage!) qui en faisait un produit «transformé» donc exportable. Ces «petits malins», c'est le groupe Chodiev. Les premières affaires démarrent.

Ensuite, le Kazakhstan s'est privatisé, les hommes de Chodiev ont été invités à participer à ce grand mouvement de capitaux, pour autant qu'ils respectent un principe qui les rend extrêmement utiles et puissants dans ce pays: «Kazakhstan first». Pas d'opération visant à siphonner l'industrie kazakhe au bénéfice de l'étranger, et une obligation d'investir dans le futur économique du Kazakhstan. Une ligne dont ils ne se départiront pas, même si elle signifiait, à terme, d'éjecter certains partenaires hors du pays.

Quand souffle l'esprit du «kombinat»

Lorsque nous débarquons à l'aéroport de Pavlodar (Nord), assaillis par les mouches urtiquantes, nous ne mesurons pas encore ce que cette conjonction du politique et de l'économique a permis au groupe Chodiev de développer. Selon les standards occidentaux, certains de leurs sites industriels, comme la centrale au charbon d'Aksu (900 MW), pourraient sans vergogne être rasés puis reconstruits... s'il n'y avait l'obligation vitale de chauffer la population durant le prochain hiver. Mais nous verrons également des réalisations stupéfiantes: sur le site de production de chrome d'Aksu, les hommes de Chodiev mettent la dernière main à un nouveau fourneau allemand, l'un des plus puissants au monde.

A 160 kilomètres de là, nouvelle surprise, colossale: ce sont les mines de charbon à ciel ouvert d'Ekibastuz! Le deuxième gisement du Kazakhstan, où dorment près de 10 milliards de tonnes de charbon. Où les gigantesques excavatrices Takraf, véritables cathédrales montées sur des chenilles larges comme quatre bandes d'autoroute, mangent le minerai de leurs larges dents de manganèse. Pour les 2.700 travailleurs, la vie a repris, les pièces détachées sont là, la paix sociale est assurée. Du premier au dernier de nos contacts sur place, ils se rappellent l'époque des «prédateurs». Ils ont tourné la page, ne formulent qu'éloges pour leur employeur actuel.

Mais le point d'orgue est davantage à l'Ouest: c'est la «ville du fer», Kustanay, et le «kombinat» Sokolovsko-Sarbaiskoje basé à Rudnyi, qui fut l'un des autres enjeux de querelles entre le groupe Chodiev et

l'étranger, et lui valu partiellement sa réputation sulfureuse en Belgique. Un empire à lui seul, ce «kombinat»: 23 millions de tonnes de minerais extraits chaque année (28 millions prévues pour l'an 2000), et des réserves pour 18 années! Nous avons tout fouillé, en surface comme en sous-sol, discutant avec les mineurs à - 400 mètres, ou avec ces capitaines de navires sur roue que sont les camions biélorusses «Belas» développant 1.200 chevaux pour remonter des charges ahurissantes en surface. L'investissement est revenu, les mines tournent à nouveau et, qui plus est, les salaires sont confortables.

Nous avons visité leurs centrales électriques, leurs hôpitaux, centres sportifs, culturels, ces crèches où on apprend l'anglais dès l'âge de 5 ans, ces défilés de miss-beauty où ils entretiennent l'esprit du «kombinat» tout comme la volonté individuelle de réussir des 18.000 travailleurs et de leurs familles. Pas une piscine, un théâtre, une administration où on ne parle que de l'Eurasian Group. Les anciennes fresques du «réalisme socialiste», présentes aux quatres coins de la ville, renforcent cette idée de richesse unique et écrasante. Combien de temps ces placards de propagande porteront-ils encore le visage de Lénine? Nous ne serions pas surpris de voir un jour le visage des nouveaux tycoons chasser les révolutionnaires...

Si le pouvoir kazakh leur a été plus que favorable lors de la privatisation, ils le rendent donc bien à la population... et au pouvoir. Mieux: en réinventant la culture du «kombinat» sous la férule de l'économie de marché, nos hôtes se sont mis en position d'oligarchie. Un chiffre: à Rudnyi, ils payent 64 % des impôts municipaux et régionaux. Un homme sur deux en âge de travailler bosse pour eux. Sans compter les emplois indirects. Ils «sont» l'Etat à 80 %. A Aksu, où leur importance fiscale est plus écrasante encore, le maire commencera par nous dire qu'il sépare clairement le pouvoir exécutif du pouvoir économique. Ah! Il était donc utile de le préciser?

La guerre de l'alu

Qui osera parler de Transworld? Depuis la chute de l'empire soviétique, une guerre de sang et d'argent déchire l'Est. Une guerre qui a rarement les honneurs des journaux de l'Ouest (quoique: voir l'excellent «Fortune» du 19 juin) et qui porte sur la propriété de dizaines de pour cent du marché mondial de l'aluminium. Coups de force en assemblées générales, coups bas sur le terrain. Cette guerre a tué des villes, mais également des hommes, concassés dans les broyeurs de cet enjeu planétaire de pouvoir. Derrière ce conflit qui s'étend de la Sibérie aux Bahamas, de Londres à Zug, le profil du groupe Transworld revient de manière insistante, avec ses ombres présumées mafieuses, ses localisations évanescentes. Une «World Company» sans guignols, qui taille dans la chair du monde.

En décembre 1997, le juge Bulthé, de Bruxelles, aurait pu en tomber à la renverse: il est saisi d'une plainte... de Transworld contre le groupe Chodiev. Au Kazakhstan, Transworld s'est fait défenestrer, jugement de la Cour suprême en sus, et les faits ne sont pas contestables. Transworld y ajoute les accusations de chantage, de menaces, de gardes armés qui auraient emporté des documents d'actionnaires, d'autres gardes qui auraient empêché l'accès de certains sites. Voilà qui est plus discutable: car, tout comme lorsqu'on intervient dans une lointaine dispute de cour d'école, quelle est la part du vrai, et qui a bien pu donner le premier coup?

Au Kazakhstan, Transworld est un sujet chuchoté, sans plus. Tout se fond dans l'anonymat. Ainsi, ce directeur de société kazakhe qui, interrogé sur l'époque Transworld, nous répond après un très long silence: Disons que maintenant (NDLR: après le départ du groupe), c'est un capitalisme à visage humain. Tout s'explique en creux. Tel vice-président de société, autrefois soumis à la férule de Transworld, refuse catégoriquement d'en parler. Mais les dates de redéploiement des investissements, de développement des salaires et de la main-d'oeuvre correspondent au départ de Transworld... A demi-mots, les plus hardis parlent d'une stratégie de non-investissement, d'évasion des bénéfices à l'étranger par de simples mécanismes de surfacturation. Mais ceux-là sont ou ont été en conflit avec Transworld. Alors, qui croire?

Cette guerre, parmi d'autres, explique l'aura sulfureuse planant autour du groupe Chodiev: non seulement ils ont été associés à Transworld, mais ils leur ont en outre botté l'arrière-train, récupérant trois mines de bauxite produisant plus de 3 millions de tonnes par an, ainsi qu'une des industries d'alumine les plus importantes de l'ex-URSS (1,2 million de tonnes/an). Confronté à ce genre de concurrents, Transworld a donc employé le mot qui tue: association de malfaiteurs... Malheureusement pour Transworld, le vent a tourné et c'est sa réputation à elle qui s'est trouvée saccagée en premières pages de publications telles que le «Financial Times», «Fortune» ou «Public I».