L'ERE DES VALISES INTELLIGENTES

VAN VAERENBERGH,OLIVIER

Page 16

Samedi 20 avril 1996

SCIENCES

L'ÈRE DES VALISES

INTELLIGENTES

L'ultime réponse aux agressions : le temps

L'actualité de ces derniers mois n'a cessé de le rappeller : le transport de fonds est devenu la cible privilégiée des gangsters. Comme ils sont armés jusqu'aux dents, aucun blindage et aucune arme n'avaient réussi jusqu'ici à les arrêter. C'était sans compter sur l'ingéniosité et les investissements consentis par les différentes sociétés de transports, qui misent désormais sur deux paramètres rarement utilisés dans la sécurité - l'informatique et le temps - concentrés dans un produit nouveau : la valise intelligente.

Un conteneur inviolable, sur lequel le convoyeur n'a aucune emprise, et qui s'autodétruirait au moindre problème : deux sociétés se sont lancées dans la course de la valise intelligente. L'une, Group 4 Securitas, mise sur le «IQ-Sec», l'autre, le groupe français Oberthur, sur le système Axytrans, qui équipe déjà certains fourgons postaux du pays. Les deux systèmes fonctionnent selon le même principe : avant transfert, chaque conteneur est programmé pour une destination unique et particulière, selon un timing et un parcours préprogrammé. Seule différence : l'« IQ-Sec» détruit son contenu par pyrotechnie, Axytrans par maculation. Les deux utilisent la même arme : le temps.

L'INFORMATIQUE DÉCIDE

ET ENCODE LES DONNÉES

Les systèmes fonctionnent en effet par logique négative. Le conteneur s'adresse 100 fois par seconde à lui-même un ordre de dégradation qui ne peut être annulé qu'après vérification de son bon état logique et physique. Sinon, l'ordre de destruction n'est pas annulé, et le contenu des valises est détruit dans les secondes qui suivent.

Dans le cas d'Axytrans, les valises passent par trois étapes bien distinctes : la station centrale, le véhicule et la station périphérique. C'est dans la station centrale, qui équipe par exemple le siège d'une société de transports, que les conteneurs sont programmés pour leurs destinations finales. Chacune d'elles possède son code, et les montants transportés sont à chaque fois précisés. Le conteneur, verrouillé, ne pourra être ouvert qu'une fois installé dans sa station périphérique de destination... où il ne se distingue plus de ses semblables.

Le convoyeur doit saisir son code personnel et le numéro de sa tournée dans un micro-ordinateur embarqué à bord de son camion pour identifier les conteneurs à retirer. Ceux-ci s'identifient alors via un voyant de couleur ou un signal sonore interne, et déclenchent dans le même temps un chronomètre interne, préprogrammé lui aussi. Le convoyeur dispose alors d'un temps limite - appelé le «temps-trottoir» - pour effectuer le transfert vers l'agence.

Lorsqu'un véhicule de transport arrive devant une agence, il est possible de coupler l'identification d'un conteneur à la vérification de la position du véhicule, grâce à un système de localisation par satellite.

Une fois dans l'agence, le convoyeur connecte son conteneur sur la station périphérique qui va vérifier et acquitter cette arrivée. Le conteneur reçoit alors des plages temporelles pendant lesquelles son ouverture est autorisée, ainsi que les temporisations éventuelles qui s'y rattachent (heures d'ouverture par exemple). Là encore, la personne habilitée à ouvrir le conteneur doit utiliser une carte d'accès et un code personnel.

PROTECTION DES DONNÉES

ET DESTRUCTION IMPARABLE

Toutes les données transmises sont cryptées; l'intégrité des messages est assurée par un algorithme qui interdit la modification ou la transformation du contenu d'un message.

Les fonds emprisonnés dans les conteneurs seront détruits si le «temps-trottoir» est dépassé, si l'enlèvement est non autorisé, si le tiroir est forcé ou à toute tentative de pénétration de la coque.

La destruction se fait dans le cas d'Axytrans par l'explosion interne de deux flacons d'encre indélébile qui macule définitivement les valeurs transportées. Le colorant est composé de trichloroéthylène, de N-méthyl-2-pyrolidone, de pigments et d'éléments traceurs, qui permettront le cas échéant d'identifier les billets.

«IQ-Sec» détruit, lui, son contenu par pyrotechnie : toutes les valeurs ressortent avec un trou de quelques centimètres de diamètre en leur milieu, provoqués par le feu. Dans les deux cas, une personne habilitée est autorisée à échanger les valeurs endommagées auprès de la Banque Nationale.

Les systèmes de valises intelligentes promettent ainsi à leurs utilisateurs une sécurité renforcée, répondant à une nouvelle philosophie entièrement préventive, mais promettent également, selon leurs concepteurs, une rentabilité accrue et un enrichissement des services.

Des promesses qui, dans moins de 36 mois, affronteront la réalité : le ministre de l'Intérieur a décidé que passé ce laps de temps, tous les transports de fonds devront utiliser ces systèmes de protection. Faute de quoi, le transport sera purement et simplement interdit : les gangsters ont de quoi s'inquiéter...

OLIVIER VAN VAERENBERGH