L'étape du Forum social échappe à Verhofstadt

REGNIER,PHILIPPE; VAES,BENEDICTE; ROYER

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Vendredi 1er février 2002

L'étape du Forum social échappe à Verhofstadt PHILIPPE REGNIER, envoyé spécial PORTO ALEGRE

Une salve d'applaudissements! Il est 14 h 30, ce jeudi, dans un salon bondé d'un hôtel de Porto Alegre. Gérard Karlshausen, le secrétaire politique du Centre national de coopération au développement (CNCD), vient de confirmer aux dizaines de Belges qui participent au Forum social mondial, ce que tout le monde sait depuis le matin: Le Premier ministre a annoncé qu'il ne viendrait pas. Hier aux premières heures à Bruxelles, son porte-parole indiquait que Guy Verhofstadt avait renoncé à se rendre, dimanche, à Porto Alegre.

La veille, le Premier ministre avait pourtant encore confirmé son déplacement au coeur de la contestation de la mondialisation, dans la foulée de son intervention au Forum économique de Davos et d'un entretien avec le président brésilien Cardoso - ennemi politique juré du Parti des travailleurs, la gauche au pouvoir à Porto Alegre. Mais voilà, quelques heures après le conseil des ministres, les organisateurs brésiliens du Forum annonçaient, lors d'une conférence de presse devant les médias du monde entier, que le Premier ministre belge n'aurait pas accès à la tribune. Et de rappeler la règle de Porto Alegre: les représentants des gouvernements peuvent assister au Forum en tant que citoyens, mais ils n'y tiennent pas le crachoir. Tout comme le mouvement de la «société civile» pour une autre globalisation, qui débat ici, ne détermine pas l'ordre du jour de Davos! En tant qu'homme, il était le bienvenu. Mais il n'avait pas sa place ici en tant que Premier ministre , dira Pierre Galand, le président du CNCD. Plutôt qu'un «dialogue» noué de longue date, les ONG belges, frustrées , veulent désormais des actes des autorités.

La nuit portant conseil, le Premier ministre libéral a dû tirer les conséquences de ce tir de barrage. L'arrivée annoncée de Baby Thatcher (comme on surnommait Verhofstadt à la fin des années 80) avait d'ailleurs échauffé les esprits: sa venue risquait de provoquer des manifestations d'hostilité - on susurrait un projet d'entartage. Or, les organisateurs veulent éviter d'importer à Porto Alegre le traditionnel affrontement observé lors des sommets «officiels» entre partisans de la mondialisation et manifestants hostiles.

Jeudi à Bruxelles, au moment d'embarquer à destination de New York, le Premier préférait minimiser l'incident et masquer sa déception. Tout était arrangé , nous confiait-il, et les organisateurs paraissaient ravis, mais certaines associations belges semblent avoir manifesté leur opposition. J'en conclus que certains refusent le dialogue car ils préfèrent rester dans la contestation. Guy Verhofstadt, lui, demeure à ce point ouvert au dialogue qu'il entend, nous a-t-il dit, l'institutionnaliser en invitant désormais une fois par an, en sa ville de Gand, des représentants des mouvements altermondialistes.

Cela faisait plus de quinze jours que M. Verhofstadt multipliait les pressions pour se faire inviter au Forum et y discourir des «aspects institutionnels de la mondialisaton» - un thème au programme du Forum... lundi. Son chef de cabinet a téléphoné à plusieurs reprises aux autorités de Porto Alegre. Une invitation de Susan George, la vice-présidente franco-américaine d'Attac, a été exhibée. Mercredi, le consul de Belgique à Sao Paulo, dépêché à Porto Alegre, plaidait encore la cause du Premier auprès des organisateurs après plusieurs coups de téléphones quotidiens pendant une semaine; la location d'une salle était déjà prévue. En vain. Dès mardi, le comité international organisateur du Forum (les représentants d'une soixantaine d'ONG et syndicats) avait signifié sa décision de refuser l'inscription de Verhofstadt en tête d'affiche.

Les ministres, auxquels on ne refuse pas l'entrée, ne sont pas invités comme orateurs, explique le Belge Eric Toussaint, qui siège au comité organisateur. D'autant que les participants doivent accepter la charte du Forum, qui stipule le rejet de la domination du capital sur le monde du travail. Ce n'est pas la philosophie libérale , tranche-t-il. Le débat du dialogue avec l'«ennemi» est toutefois posé: Il n'est pas exclu à l'avenir, relève Toussaint, que le Forum prenne l'initiative d'inviter des personnes aux positions contraires. Une seconde chance pour Verhofstadt? (avec B. V.)