L'euro, devise balkanique?

COLLETTE,JEAN-PAUL

Page 4

Mercredi 26 décembre 2001

L'euro, devise balkanique? JEAN-PAUL COLLETTE

L'euro, monnaie «officielle» du Kosovo, dès le 1er janvier? L'euro, monnaie officieuse, mais dominante, en Bosnie-Herzégovine? Monnaie parallèle, mais recherchée, en Yougoslavie? Et... sujet de tensions immédiates entre le Monténégro et la Serbie, au sein de cette même fédération yougoslave?

Ces scénarios sont tous à notre porte. Car les citoyens et les décideurs de l'Union européenne l'avaient un peu oublié: l'usage intensif - ici officiel, là parallèle, ailleurs politique - du deutschemark dans plusieurs pays et régions des Balkans, à l'issue des conflits gigognes nés de l'éclatement de la Yougoslavie et des délires «grands serbes» de Milosevic, les entraîne de facto dans la zone euro à l'heure où disparaît la monnaie allemande.

Ainsi du Kosovo: la province yougoslave placée sous administration internationale après la guerre de 1999 avait vu les Nations unies y instaurer le mark allemand, à la place du dinar yougoslave, désormais refusé par la majorité albanaise de la population. Le 1er janvier, l'ONU y introduira l'euro, accentuant encore la perte de souveraineté de la République fédérale de Yougoslavie dans la province.

Sur l'autre versant du pays, précisément, le pouvoir de Belgrade voit le Monténégro tenter d'utiliser l'arrivée de l'euro pour appuyer les visées indépendantistes: le gouvernement du président Djukanovic avait en effet remplacé le dinar yougoslave par le mark en novembre 1999 et il cherche aujourd'hui à passer à l'euro - là, sans le moindre aval de la communauté internationale ou de l'Union européenne.

L'euro contre le dinar, Podgorica contre Belgrade: ce sera un des premiers bras de fer suscités par la monnaie unique. Il y a gros à parier que la partie se jouera dans les bistrots, les stations-service, les commerces... Partout où les échanges, le tourisme et l'immigration arriment les gens à l'Europe en marche.

Comme en Bosnie-Herzégovine, où il y a belle lurette que le mark s'était imposé, jusqu'à équiper les pompes à essence. Comme en... Serbie, où les citoyens, tout nationalisme oublié, «vivaient» en marks.