L'EURO EN POINT DE MIRE A DAVOS VERS UN NOUVEAU SYSTEME MONETAIRE INTERNATIONAL

AFP

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Lundi 3 février 1997

L'euro en point de mire à Davos

Les Allemands ont plaidé pour une Banque centrale européenne indépendante.

En marge du Forum économique mondial de Davos, où l'on aura noté le passage éclair du Premier ministre russe Viktor Tchernomydine et son plaidoyer pour une réforme rapide des institutions politiques et économiques en Russie, on aura surtout évoqué les perspectives de la monnaie unique européenne.

L'Allemagne a réitéré avec force ce week-end son attachement à l'indépendance de la future Banque centrale européenne, une exigence que des responsables européens ont toutefois jugée compatible avec une coordination informelle des politiques économiques et budgétaires entre les gouvernements de la future zone euro. La Banque centrale européenne sera indépendante et son objectif premier sera d'assurer la stabilité des prix, a déclaré, samedi, le ministre allemand des Finances, Theo Waigel. M. Waigel a reconnu qu'un conseil de stabilité, qui réunirait, comme le demande la France, les ministres des Finances des pays participant à l'union économique et monétaire, pouvait s'avérer utile pour coordonner les politiques financières. Mais ce ne pourra être qu'un organisme informel, non habilité à prendre des décisions et qui ne devra pas porter atteinte à l'indépendance de la BCE, a souligné le ministre allemand.

L'indépendance de la Banque centrale en matière de politique monétaire est clairement stipulée dans le traité de Maastricht ratifié par les pays membres de l'Union europénne. Mais certains responsables monétaires outre-Rhin multiplient les déclarations depuis plusieurs semaines, soupçonnant Paris de vouloir créer un contre-poids politique à la Banque centrale européenne en la flanquant d'un conseil de stabilité et d'empiéter ainsi sur son indépendance. Un débat jugé largement «sémantique» par une source monétaire européenne à Davos.

M. Waigel a minimisé les divergences franco-allemandes en se déclarant en large accord avec le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet. Ce dernier a, de son côté, rappelé que les dispositions prévues pour assurer l'indépendance de la BCE n'étaient pas différentes de celles en vigueur en France. M. Trichet a appelé à une coordination et à une coopération aussi approfondie que possible entre les participants à la monnaie unique. Le président de la Commission européenne, Jacques Santer, a lui aussi estimé que le conseil de stabilité ne pouvait être qu'une instance informelle, car il n'est pas prévu par le traité de Maastricht, tandis que le commissaire européen chargé des affaires financières, Yves-Thibault de Silguy, déclarait que l'indépendance de la BCE n'était pas renégociable. Pour notre ministre des Finances, Philippe Maystadt, le rôle de la Banque centrale europénne sera toutefois très difficile s'il n'y a pas en parallèle une coordination des politiques économiques et budgétaires au niveau des gouvernements de la zone euro. L'économiste allemand Horst Siebert, de l'Institut d'économie mondiale de Kiel, s'était inquiété, vendredi, de l'absence de consensus entre l'Allemagne et la France sur la «dépolitisation» de la politique monétaire. Il a ainsi appelé Paris et Bonn à surmonter leurs divergences, faute de quoi celles-ci risquent, selon lui, de rejaillir sur l'union monétaire elle-même. On ne voit pas comment un projet aussi important peut être un succès s'il n'y a pas de consensus sur les conditions d'une véritable indépendance de la Banque centale européenne, avait-il dit.

Pour les Français, avait-il remarqué, les questions monétaires ne peuvent être laissées aux seuls technocrates. A l'inverse, les Allemands pensent qu'elle ne doit pas être entre les mains des hommes politiques. Mais le directeur général de la Caisse des dépôts, Philippe Lagayette, a estimé qu'il n'y avait «pas de divergence» entre Paris et Bonn sur la manière de conduire la politique monétaire, puisque la Banque de France a complètement utilisé son statut d'indépendance. Il a toutefois estimé que la politique économique ne se résume pas à la politique monétaire. (AFP.)

Vers un nouveau système

monétaire international

L'euro sera une monnaie stable mais ne remplacera pas le dollar du jour au lendemain dans les échanges et les portefeuilles financiers, a estimé, samedi à Davos, notre ministre des Finances, Philippe Maystadt.

Je ne doute pas un seul instant que l'euro sera une monnaie stable, une monnaie de refuge, parce que la banque centrale européenne fera tout pour asseoir au plus vite sa crédibilité, a déclaré le ministre belge.

La stabilité de l'euro n'implique pas qu'il remplacera le dollar dans les échanges et les avoirs financiers, a cependant souligné le ministre.

Il a encore évoqué les phénomènes d'inertie liés aux comportements des importateurs et des exportateurs, et estimé qu'il y avait des économies d'échelle liées à l'utilisation du dollar.

La transition vers l'euro sur le marché des changes international se fera en douceur, parce que les taux d'inflation devraient rester stables et à de bas niveaux, a également estimé Philippe Maystadt. Il n'y aura pas de grosses perturbations sur le marché des changes, a-t-il assuré. Un phénomène qui est d'ailleurs déjà perceptible dans les salles de marché où les opérations se déportent vers des devises plus exotiques.

L'apparition de l'euro va accroître le rôle de l'Europe sur la scène monétaire internationale et pourrait permettre d'ouvrir des discussions sur la reconstruction d'un nouveau système monétaire international, pour la première fois depuis la fin des accords de Bretton Woods, a-t-il conclu. (AFP.)