L'euro est aussi le rejeton du Vietcong

SERVATY,PHILIPPE

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Mercredi 25 mars 1998

La monnaie unique et l'Europe L'euro est aussi le rejeton du Vietcong A la fin des années 60, les Etats-Unis ont envoyé sur le front vietnamien jusqu'à 400.000 GI's.

Suscitant un peu partout dans le monde un rejet immortalisé par le slogan «US go home».

On se souvient moins des conséquences économiques et monétaires de la lutte yankee contre les combattants du Vietcong communiste.

Les résumer par un «dollar go home» n'est pas faire injure à l'Histoire.

Pour financer son armada étrangère, l'Amérique démocrate de Lyndon Johnson n'avait pas hésité à faire fonctionner la planche à billets à plein régime.

Les billets verts inondèrent les marchés financiers.

En quelques mois, le «dollar soleil», autour duquel tournaient toutes les autres devises du monde, avait perdu l'essentiel de son éclat.

La confiance étant la mère de toutes les batailles économiques, les banques centrales occidentales firent littéralement la file devant Fort Knox (le coffre-fort des Etats-Unis) pour exiger de l'or en remboursement de leurs dollars, tel que le prévoyait le principe fondateur du système monétaire international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En quelques semaines, les Etats-Unis durent liquider un tiers de leurs réserves de métal jaune.

Les marchés des changes internationaux étaient au bord du chaos.

Les dollars étaient vendus en masse au profit du deutsche mark, ce qui provoquait, en retour, des attaques contre les autres devises européennes.

Le décor des batailles monétaires des vingt-cinq années suivantes était planté. Ses invariants: l'indifférence américaine aux soubresauts financiers que provoque leur laxisme monétaire, la force du mark, la faiblesse des devises latines, les sabotages britanniques, etc. L'idée de la création d'une monnaie unique a été mise sur les rails à cette époque.

Avec un double objectif: faire pièce à l'impérialisme du dollar et mettre fin aux fluctuations monétaires européennes, au mieux stériles, au pire destructrices d'énergie et d'emplois.

Il aura fallu trente ans pour réaliser cette union monétaire.

Arte nous en retrace les grandes étapes mercredi et jeudi. «L'euro: une pièce en trois actes» est le fruit d'une enquête remarquable, dont la grande force est d'avoir réuni tous les acteurs, politiques comme économiques, de cette saga.

Ph. Sy «L'euro: une pièce en trois actes», Arte, 20 h 45.