L’Europe de plus en plus excédée par l’autoritarisme du Bélarus

STAGIAIRE

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Samedi 11 août 2012

Démocratie L’incident des « nounours » creuse le fossé entre Bélarus et UE

Lorsqu’un petit avion a largué plus de 800 ours en peluche au-dessus de sa capitale, Minsk, le 4 juillet dernier, le président bélarusse Alexandre Loukachenko ne s’est pas laissé attendrir. Il s’est empressé de congédier les généraux de la défense aérienne et de trouver les responsables. Ceux-ci se sont avérés être des militants suédois, désireux de promouvoir la démocratie dans le ciel de ce pays, assombri par l’autoritarisme au long cours de son dirigeant.

Depuis que les détails de l’incident ont été ébruités début août, les relations entre la Suède et le Bélarus sont à leur plus bas : Loukachenko a expulsé l’ambassadeur et les diplomates suédois à Minsk, soupçonnés d’avoir été complices. La réplique a fusé : Stockholm a refusé l’accès au nouvel ambassadeur bélarusse, et retiré le permis de résidence de deux autres diplomates.

Cette crise a fait l’objet d’une réunion spéciale des ambassadeurs de l’UE, vendredi à Bruxelles. Les Européens « examineront bientôt la nature » de leurs liens avec le Bélarus, a annoncé à l’issue de la rencontre le président du Comité politique et de sécurité de l’UE, Olof Skoog. Aucune décision n’a cependant encore été prise d’un éventuel rappel des ambassadeurs européens basés à Minsk ou d’imposer des sanctions. Entre-temps, « un message clair des ministères des Affaires étrangères à travers l’Europe sera envoyé à tous les diplomates bélarusses, exprimant la solidarité de l’UE envers les Suédois ».

Pour sa part, Loukachenko prétend qu’il aurait simplement décidé de ne pas prolonger l’accréditation de l’ambassadeur suédois. Pas d’« expulsion », donc. « Stefan Eriksson (l’ambassadeur) a travaillé à Minsk pendant sept ans, une longue période durant laquelle ses activités n’ont pas été consacrées au renforcement mais à la destruction des relations entre le Bélarus et la Suède », a justifié un porte-parole du président.

Celui que d’aucuns qualifient de « dernier dictateur d’Europe » dirige depuis 18 ans un régime autoritaire, caractérisé par l’arrestation d’opposants et le musellement des médias. Au cours de ses trois premiers mandats comme président – il remporte des victoires écrasantes en 1994, 2001 et 2006 – Loukachenko tourne le dos à l’Occident pour tisser des liens serrés avec la Russie et perpétuer l’héritage de l’URSS. Il entreprend d’accroître ses pouvoirs et ceux des services secrets. Il force en outre la fermeture de journaux d’opposition. Aux côtés de Mouammar Kadhafi de Libye, il critique l’hégémonie américaine et prône une « diplomatie multipolaire ».

Exaspéré que le Kremlin lui ordonne de mener des privatisations en échange de milliards en crédits, celui qui s’était toujours présenté comme un russophile s’éloigne momentanément de l’Est pour se rapprocher de l’Ouest vers 2008. Son pays intègre le Partenariat oriental, un forum visant à renforcer les liens entre l’UE et d’anciennes républiques soviétiques. Or l’élection présidentielle de 2010, dont il réprime violemment les contestations, le replace dans le collimateur de l’UE. Des milliers de manifestants protestent à Minsk contre le processus électoral entaché de fraudes. Plus de 600 personnes sont arrêtées, de même que sept candidats à la présidence. Des sanctions de l’UE suivront : gel d’avoirs de proches du pouvoir et interdiction de visa pour ceux-ci. En réaction, Loukachenko se radicalise. Les emprisonnements de dissidents se multiplient. En novembre 2011, il fait exécuter deux hommes, accusés d’avoir fomenté les attentats meurtriers du métro de Minsk quelques mois plus tôt, sans que leur culpabilité ait été indubitablement prouvée. Le Bélarus est le seul pays d’Europe à appliquer la peine de mort.