L'Europe du centre-gauche se cherche Blair aux socialistes: «Groupons-nous, et demain...»

RICHE,ANDRE

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Mercredi 8 avril 1998

L'Europe du centre-gauche se cherche Blair aux socialistes: «Groupons-nous, et demain...»

Les socialistes européens se sont réunis hier à Londres, à l'invitation de Tony Blair. Le chantre de la «troisième voie» veut du passé faire table rase mais il n'a pas réussi à faire abolir l'Internationale.

ANALYSE

L e centre-gauche est aux affaires, non seulement en Grande-Bretagne, mais aussi dans une douzaine de pays européens. Mais sommes nous aussi au pouvoir? Avons-nous assez d'énergie intellectuelle pour changer le monde qui nous entoure? Ou sommes-nous condamnés, comme certains le suggèrent, à suivre péniblement les idées de droite des années quatre-vingt?

Bonnes questions, posées par Tony Blair, qui invite ses partenaires à créer un grand mouvement de centre-gauche. C'est «The Independent» qui publiait hier ce texte du Premier ministre au moment où il accueillait à Londres les leaders socialistes de l'Union européenne, dont huit chefs de gouvernement.

Contrairement au souhait de Tony Blair, les leaders socialistes n'ont pas accepté d'abolir l'Internationale socialiste; en revanche ils ont accepté son idée de «forums» avec les démocrates américains.

AFFINITÉS ÉLECTIVES

S'il y a eu séduction réciproque avec Clinton, Tony Blair et ses idées n'enchantent pas tous ses partenaires européens. Mais son irrésistible ascension a au moins le mérite de secouer les idées et de réveiller une social-démocratie sur la défensive depuis trop longtemps.

Le discours de Tony Blair est reçu cinq sur cinq aux Pays-Bas, en Autriche, en Scandinavie, mais aussi en Italie où certains héritiers de l'ex-Parti communiste (PDS) ont des sympathies pour le «New Labour», et en Allemagne où Gerhardt Schröder est volontiers présenté comme «le Tony Blair allemand». Mais l'accueil est plus froid en France ou en Belgique.

Comment définir la doctrine politique de Tony Blair? On a parlé de «travaillisme libéral», de «socialo-centrisme» ou encore de «thatchérisme sympa». Ni Blair ni Schröder ne renient l'héritage libéral. Pas question pour eux de revenir sur les privatisations, ni sur la rigueur, ni sur les encouragements à l'initiative individuelle. Et, des deux côtés, une bonne partie du patronat applaudit. Face à ce libéralisme de gauche, la réduction du temps de travail à 35 heures en France et en Italie apparaît comme un archaïsme.

Pour les blairistes, la mondialisation ne laisse plus de marges de manoeuvre en matière de gestion. Il n'y a pas de politique économique de gauche ou de droite, disent-ils, mais une bonne ou une mauvaise façon de gérer l'économie.

Leur identité, c'est sur d'autres terrains qu'ils cherchent à la redéfinir: l'éducation, la santé, les droits de l'homme, l'égalité des chances, ... Là, c'est le centre-gauche qui a l'avantage intellectuel, dit Tony Blair, car la droite a, selon lui, embrassé la libéralisation mais sans préparer les gens, sans les entraîner et souvent même en les excluant de la révolution en cours.

DIVERGENCES NATIONALES

Voilà un souci louable et sans doute sincère: donner au plus grand nombre les moyens de maîtriser un monde en évolution accélérée. C'est la grande question des sociétés européennes.

Encore faut-il passer des constats aux actes collectifs, à l'échelle européenne. Mais le décalage reste patent. Les gouvernements européens - très majoritairement socialistes - sont parvenus à marche forcée aux critères de la monnaie unique, une marche plus subie que souhaitée par les populations.

En revanche, ils n'ont appuyé que timidement les projets d'une plus grande convergence sociale - revendiqués surtout par les «archaïques» français - et ne sont nulle part dans la définition d'un projet européen à plus long terme qui aurait pu justifier les efforts consentis.

Les socialistes ont là un examen de conscience et un effort de solidarité à faire, par-dessus les clivages non pas gauche-droite, mais les clivages nationaux. Le nord et le sud de l'Europe ne sont plus sur la même longueur d'onde lorsqu'on aborde la question de l'avenir européen: les Portugais, les Espagnols, les Français, les Italiens et même les Belges souhaitent une Europe politique plus intégrée, mais les Britanniques, les Néerlandais et les Scandinaves renâclent.

Résultat, pour l'instant: l'Europe, lieu potentiel d'une maîtrise collective retrouvée, fait encore trop souvent figure de machine à produire du conformisme.

ANDRÉ RICHE