L'évêque de Namur provoque un tollé

GUTIERREZ,RICARDO

Jeudi 5 avril 2007

André-Mutien Léonard, l'évêque de Namur, a beau se livrer à l'exégèse des propos tenus à TéléMoustique, rien n'y fait : les réactions outrées se multiplient, notamment sur l'« anormalité » de l'homosexualité. Sur ce point, l'enregistrement de l'entretien confond le prélat namurois.

Mais en réalité, si l'on connaît un peu l'évêque et ses écrits, ces prises de position n'ont pas de quoi étonner.

P.5 analyse de texte

Ce que pense l'évêque Léonard

Cultes Avalanche de réactions outrées

Le prélat namurois tente de nuancer son propos. Mais ses récents écrits confirment son conservatisme extrême.

Gros émoi, mercredi, au sein de l'Eglise catholique de Belgique, suite à la sortie de l'évêque de Namur, André-Mutien Léonard, dans Télémoustique (Le Soir de mercredi). L'intéressé « regrette une agitation médiatique »... qu'il a lui-même alimentée. Il a tenté, hier, de justifier ses propos... Sans convaincre, à en juger par les réactions outrées du Centre pour l'égalité des chances, des associations homosexuelles et même de certains prélats.

1 « Anormale », l'homosexualité ? L'évêque « ne croit pas avoir utilisé le mot anormal » et assure « avoir du respect pour les personnes homosexuelles ». Ce qui ne l'empêche guère d'affirmer, dans le livre d'entretiens que vient de lui consacrer Louis Mathoux, qu'« on présente toutes les formes de sexualité comme étant simplement des variantes équivalentes. Or l'homosexualité est une forme de la sexualité humaine qui a mal évolué. Elle est contraire au sens profond de la sexualité, tant sur le plan biologique que sur les plans psychologique et spirituel. »

« L'homme n'a pas été nommé pour rien pour le prix Homophobie, il y a deux ans », réagit Mieke Stessens, à la fédération Holebi (associations homosexuelles, lesbiennes et bisexuelles). Vicaire épiscopal, à Liège, Baudouin Charpentier ajoute qu'il « ne peut cautionner cette manière de juger un groupe humain à partir de sa pratique sexuelle et le stigmatiser de la sorte ».

Le Centre pour l'égalité des chances estime que les propos de l'évêque dans Télémoustique « ne l'exposent pas à des poursuites judiciaires ». Il précise, cependant, que « ce type de discours est dangereux, car il peut entretenir l'idée pernicieuse qu'il est légitime de discriminer les personnes homosexuelles ».

Un risque qu'assume le prélat, dans le livre publié en août dernier : « Il y a aussi des discriminations (...) qui constituent seulement une certaine forme de prudence dans des situations particulières. Je comprends que, dans certains milieux, on se montre prudent quant à l'engagement de personnes homosexuelles pour des missions éducatives concernant des jeunes » (sic).

2 « Poreux », le préservatif ? « Très latéralement », nuance désormais l'évêque namurois, qui persiste néanmoins à prétendre que le préservatif, par l'effet cumulé de sa mauvaise utilisation et de sa prétendue perméabilité, souffre d'un taux d'échec moyen de 10 %. Ce qui revient, aux yeux du prélat, « à jouer à la roulette russe »... L'évêque va même jusqu'à voir en l'épidémie de sida « une sorte de justice immanente (...). Quand on malmène l'amour humain, peut-être finit-il par se venger »...

3Inutile, l'euthanasie ? « Qu'un évêque juge les soins palliatifs préférables à l'euthanasie (...) ne surprendra personne », se justifie M. Léonard. L'évêque de Namur n'apporte, en revanche, aucun élément probant pour étayer l'assertion selon laquelle « actuellement, les soins palliatifs permettent de répondre à 95 %, voire 100 % des souhaits de mourir confortablement ».

4Antidémocratiques, l'avortement et le mariage homosexuel ? L'évêque namurois conteste le principe même du droit des élus à légiférer en ces matières : « Un parlement (...) n'a pas autorité sur le sens métaphysique et biologique de la sexualité. » Là encore, le prélat s'appuie sur une statistique très personnelle, sans la moindre base scientifique, assurant qu'« aujourd'hui, 95 % des avortements peuvent être qualifiés de convenance ».

Il va même jusqu'à préciser, dans le livre de Mathoux, que l'interdit catholique de l'avortement ne pouvait souffrir d'exception... Même en cas de viol. Aux yeux de l'évêque, « il existe de nombreuses familles en Belgique qui sont prêtes à adopter du jour au lendemain un enfant qu'une mère ne pourrait pas garder parce qu'elle le ressentirait psychologiquement comme le fruit d'un viol. »