L'IME SE REUNIT CE MARDI LE SCENARIO VERS LA MONNAIE UNIQUE

AFP

Page 5

Mardi 5 septembre 1995

L'Institut monétaire européen se réunit ce mardi

Le scénario vers la monnaie unique

Les grandes manoeuvres pour l'adoption du scénario de passage à la monnaie unique européenne, prévu au plus tard en 1999, débutent ce mardi à Francfort avec la tenue du conseil de l'Institut monétaire européen auquel participe le président de la Commission européenne, Jacques Santer. Les modalités pratiques du passage à la monnaie unique doivent être réglées avant la fin de l'année et adoptées officiellement par les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, les 16 et 17 décembre prochain, à Madrid.

Les ministres des Finances des Quinze se retrouvent dès la fin de septembre à Valence, en Espagne, pour préparer ce sénario, à la lumière des résultats du conseil de l'Institut monétaire européen. Le Livre vert mis au point par la Commission européenne, qui repose sur l'idée de «masse critique», remporte de plus en plus de suffrages. Il propose un passage en trois étapes à la monnaie unique. Après une première étape de préparation d'un an, la Commission estime qu'une masse critique d'opérations, les échanges interbancaires, doivent s'effectuer immédiatement en monnaie unique, afin de rendre irréversible le processus. Pour des raisons techniques liées aux délais de fabrication, les pièces et les billets n'apparaîtront que deux ou trois années plus tard. L'Institut monétaire européen semble partager cette vision des choses.

La Bundesbank, opposée au départ au scénario de masse critique, a fait des concessions en juillet dernier en admettant la mécessité d'une transition progressive à la monnaie unique. Jusque-là, le puissant institut d'émission allemand était favorable à une introduction en une seule fois de la future monnaie européenne, trois ou quatre ans après la fixation des parités (scénario du «big bang décalé»). Ce scénario, ont expliqué les experts de la Bundesbank, aurait eu l'avantage d'éviter à la fois la double comptabilité, lourde à porter et onéreuse pour les petits instituts bancaires, notamment les caisses d'épargne allemandes ainsi que les turbulences sur les marchés des changes. Mais une étude effectuée auprès de 400 banques situées dans les quinze pays de l'Union a donné une nette majorité favorable au scénario de «masse critique» proposé par la Commission européenne et favorisé également par l'Institut monétaire européen. Ce scénario, ont-ils expliqué, garantit à la fois la crédibilité de la nouvelle monnaie européenne et le caractère irrévocable de l'union monétaire européenne.

Enfin, l'Association des banques allemandes, très intéressée par la mise en oeuvre de la monnaie unique européenne, a demandé la semaine dernière aux responsables de l'Union de prendre une décision rapide à la fois sur le nom de la monnaie unique et un calendrier pour une introduction rapide des pièces et des billets. Autre bonne nouvelle pour les partisans de la monnaie unique : l'Italie, un des membres fondateurs de l'Union, a annoncé son intention de retourner dans le système monétaire européen, après la sortie de la lire du système en septembre 1992. Pour les experts, cette demande est doublement importante. D'une part, Rome veut ainsi montrer qu'il veut mettre fin au système de dévaluation compétitive de sa monnaie qui lui a valu de graves reproches, notamment en France et en Allemagne et, d'autre part, que l'Italie veut se ménager la chance de participer à la monnaie unique européenne dès janvier 1999, ce qui suppose une participation pendant trois ans au SME sans dévaluation de son fait. (AFP.)