L'IMPERIALISME VIETNAMIEN

ATTAR,ABED

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Mercredi 16 mai 1990

L'IMPÉRIALISME

VIETNAMIEN

Onze années de guerre au Cambodge imposent une leçon claire: aucun règlement pacifique du conflit n'est concevable tant que le Vietnam s'obstine dans son ambition hégémonique consistant à réunir le Cambodge et le Laos dans une Fédération indochinoise étroitement sous la coupe de Hanoï. Tel était le grand rêve de l'«oncle Ho» (Chi Minh). Tel demeure le dessein opiniâtre de ses «neveux».

Toutes les démarches diplomatiques à ce jour ont buté sur le refus vietnamien de démanteler le régime de Phnom Penh. Aussi bien, si les héritiers de l'oncle Ho ne paraissent pas avoir tiré la leçon des bouleversements intervenus en Europe orientale, ils ont, en revanche, compris qu'ils ne peuvent plus compter sur l'aide économique et militaire de ces camarades «victimes des forces impérialistes et réactionnaires» et encore moins sur Moscou dont la manne annuelle s'élève à 3 milliards de dollars. D'où les coups redoublés frappés par Hanoï à la porte des Douze; le ministre vietnamien des Affaires étrangères, Nguyen Co Tach, effectue actuellement une tournée européenne.

Mais le Vietnam, un des pays les plus pauvres de la planète, a plus besoin de la paix que des subsides de l'une ou de l'autre capitale de la CEE. Leur «générosité» reste d'ailleurs insuffisante sans celle des Etats-Unis, et derrière eux les institutions monétaires internationales qui continuent de considérer le Vietnam comme une puissance hégémoniste menaçante.

Les Vietnamiens semblent oublier qu'une donnée économique sous-tendait le rêve de l'oncle Ho: le territoire vietnamien est trop exigu pour ses 65 millions d'habitants alors que le Cambodge et le Laos, plus vastes, n'abritent qu'une dizaine de millions d'habitants.

D'où l'idée de promouvoir une confédération ou d'une communauté économique indochinoise qui pourrait à coup sûr compter sur l'aide internationale et s'attaquerait, en premier lieu, au développement du delta du Mékong.

Mieux: pourquoi ne pas commencer par élargir l'Asean (Association des nations du Sud-Est asiatique groupant la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie, les Philippines, Singapour et Brunei) aux trois pays indochinois, tout en transformant cette organisation en véritable communauté économique?

Le Vietnam lui-même, à vrai dire, a proposé dès juin 1975, à peine deux mois après la «libération» de Phnom Penh et de Saigon, de transformer ce «bloc militaire déguisé en organisation régionale», en un «Marché commun» avec l'adhésion des trois pays indochinois ainsi que de la Birmanie. Et dès juillet 1978, c'est-à-dire avant le «blitzkrieg» de l'armée de Hanoï au Cambodge, l'Union soviétique préconisa à l'Asean d'y admettre d'autres pays à régime social différent et de procéder à la «fermeture des bases américaines aux Philippines pour que cette association puisse vraiment constituer une «zone de paix, de liberté et de neutralité».

Mais pour cela, il faudra sans doute attendre que les Vietnamiens se débarrassent du communisme et que les Etats-Unis donnent enfin le feu vert à l'Asean.