L'informatique, affaire de femmes Elles ne seraient que 15 à 20 % à travailler dans le secteur des nouvelles technologies Ouvrir l'accès à des secteurs porteurs Electronica, un virus très féminin

BECHET,GILLES

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Samedi 29 septembre 2001

L'informatique, affaire de femmes Elles ne seraient que 15 à 20 % à travailler dans le secteur des nouvelles technologies GILLES BÉCHET

Ouvrir les femmes aux métiers de l'informatique, c'est une des priorités de l'ASBL Interface 3 qui, depuis douze ans, monte des formations exclusivement destinées aux femmes.

L es femmes ne sont pas nulles en informatique. Cette opinion préconçue serait pourtant présente chez les femmes elles-mêmes, relève Anne-Catherine Devolder, coordinatrice de l'ASBL bruxelloise Interface 3. Le monde des nouvelles technologies étant essentiellement un univers d'hommes, les femmes y occupent en effet les postes les moins qualifiés comme la programmation. Un paradoxe puisqu'elles sont de plus en plus nombreuses à travailler dans le domaine de la bureautique.

Selon une estimation d'Agoria, les femmes représenteraient 15 à 20 % du secteur des technologies de l'information et de la communication, secrétaires comprises. Ce qui ramène à un petit 10 %, les postes de techniciennes ou de cadres.

Née en 1988, Interface 3 s'est fixé pour objectif d'aider les femmes à élargir leurs compétences et à ouvrir leur horizon professionnel à des métiers non traditionnellement féminins, notamment l'informatique.

Douze ans après la création de l'ASBL, les nouvelles technologies s'imposent comme un secteur porteur et plus que jamais créateur d'emploi. Chaque année, on essaie de mettre en place des formations qui correspondent à l'évolution technologique dans le monde de l'emploi. Attentive à l'évolution du marché et des besoins des entreprises, l'ASBL s'est doté d'une cellule recherche et développement qui va à la rencontre des acteurs de terrain.

Interface 3 accueille 120 élèves par an pour des formations de jour qui durent de 9 à 11 mois. Chaque formation se conclut par six semaines de stage, étape importante qui est souvent le premier pas vers un recrutement ferme. Outre les nouveaux métiers de l'informatique, des formations préparent également aux métiers plus traditionnels de type administration et comptabilité.

Vaincre le découragement

Fidèle à ses objectifs de départ, Interface 3 donne la priorité d'accès aux femmes peu scolarisées, et cela même pour des formations techniques comme gestionnaire de site ou «helpdesk» informatique. La moitié des ses élèves ne dispose pas du diplôme d'humanités. Dans l'autre moitié, on trouve de nombreuses femmes qui ont entamé des études sans les achever ou qui ont postposé leur vie professionnelle pour élever leurs enfants.

Des cours de langues, une cellule de développement personnel et un accompagnement à la recherche d'emploi complètent les cours plus techniques. Des problèmes spécifiques aux femmes y sont pris en compte : enfants, obligations familiales, équilibre entre vie professionnelle et présence au foyer ou encore éventuelle nécessité de dépasser le découragement lié à une longue période d'inactivité.

Pour répondre aux disparités grandissantes dans les niveaux de formation, Interface propose également un module d'orientation de 4 semaines. Les stagiaires y tâtent un peu de tout : informatique, internet, réseau. L'occasion d'harmoniser les acquis mais surtout de tester la motivation.

Les premières années de l'ASBL furent difficiles, les employeurs se montrant plutôt réticents à accorder des stages. Aujourd'hui, changement d'attitude, le secteur est demandeur et ouvre largement les portes de ses entreprises aux stagiaires. Le problème se situe plutôt du côté des candidates à la formation. Nos séances d'information font toujours le plein, mais beaucoup hésitent à s'inscrire. Nous avons énormément de candidates étrangères qui ont eu des expériences négatives lors de sollicitations d'emploi. Elles envoyaient leur CV et ne recevaient pas de réponse. A elles et à toutes les femmes qui se sentent déconnectées du marché du travail, nous voulons faire passer le message qu'il y a, à leur portée, des possibilités auxquelles elles n'ont jamais songé.

Interface 3. Des séances d'information sur le module d'orientation aux métiers de l'informatique ont lieu le 11 et le 17 octobre ainsi que le 20 novembre. Renseignements: 02-219.15.10, 30 rue du Méridien, 1210 Bruxelles, www.interface3.be

Ouvrir l'accès à des secteurs porteurs

Aujourd'hui System Engeneer chez IP Globalnet, Zofia s'est lancée dans l'informatique à 39 ans grâce à une formation d'administratrice de réseau chez Interface 3. Titulaire d'un diplôme polonais d'ingénieur civil en bâtiment, elle a suivi, à Bruxelles, une formation de secrétaire de direction à l'école De Lil. Déception. Je me suis vite rendu compte que le secrétariat, ne me plaisait pas trop. Je voulais me lancer dans autre chose. La technique ne m'a jamais effrayée, alors pourquoi pas l'informatique.

A l'issue de sa formation, elle sent qu'elle a fait un pas dans la bonne direction. Après trois mois chez un premier employeur, elle est remerciée mais d'autres propositions l'attendent. J'ai choisi le poste chez IP-Globalnet parce qu'il représentait un challenge pour moi. Je me suis d'autre part aperçue que, malgré la formation et un premier emploi, j'avais des lacunes terribles... que je ne pouvais combler que par la pratique. Enfin, je voudrais améliorer mes connaissances, mais là c'est difficile car mon boulot absorbe tout mon temps.

L'insatisfaction de Zofia quant à la pleine efficacité de sa formation est partagée par de nombreuses élèves. Six mois, c'est trop court, reconnaît Manuella qui a suivi la formation helpdesk en 98. Mais nous sommes toutes des adultes avec des trajectoires souvent fort différentes et on ne peut pas suivre des cours comme des jeunes qui sortent de l'école.

Pour Interface 3, les formations font d'abord office de déclencheur, un sésame qui permet l'accès à des secteurs porteurs. A côté des formations plus attendues comme le helpdesk, Interface propose également, grâce au soutien du Fonds Social Européen, deux formations plus pointues: administratrice de serveur web et gestionnaire de réseau informatique. Profils qui débouchent sur 80 % d'embauche et un salaire de départ brut de 70 à 80.000 F. On voudrait pousser les femmes à s'investir dans l'informatique et à progresser verticalement dans leur carrière, reprend Anne-Catherine Devolder. Une de ces formations s'accompagne de la certification MCP Windows 2000. C'est un domaine que nous voudrions développer car, trop souvent encore, les femmes doivent passer par des certifications pour faire reconnaître leurs compétences.

A formations égales, les femmes sont-elles égales sur le marché de l'emploi ? On constate souvent qu'à leurs débuts, elles accèdent rarement au niveau de leurs compétences professionnelles. Willy Baudot, responsable des services techniques chez IP-Global-net, souligne que les horaires très flexibles et les heures supplémentaires fréquentes dans le secteur peuvent parfois les effrayer. C'est une industrie assez dure. La technique évolue et il faut faire preuve de volonté de changement et d'esprit de compétition. Peut-être les femmes ont-elles d'autres priorités? Manuella ne le pense pas. Pour elle, les femmes ont les mêmes chances que les hommes, pour peu qu'elles s'investissent dans ce qu'elles font. Elle reconnaît tout de même une petite différence. Les hommes dans le mileu informatique sont souvent plus sérieux que nous. Il faut leur brûler les fesses pour les faire rire. C'est vrai aussi qu'ils ont tendance, en rentrant chez eux, à se planquer devant leur PC.

G. B.

Electronica, un virus très féminin

Les femmes et l'informatique, 100 % compatibles: c'est le mot d'ordre de la campagne d'information lancée par Laurette Onkelinx, ministre de l'Emploi et de l'Egalité des chances, en partenariat avec des ASBL de formation pour femmes (dont Interface 3). Cette campagne se base sur un constat : les entreprises de nouvelles technologies n'emploient que 17 % de femmes. L'initiative vise donc avant tout l'intégration des femmes dans l'univers des nouvelles technologies de l'information et de la communication (Tic). Il faut les encourager à s'engager dans le monde informatique et convaincre les employeurs de leur faire une place, dit Sabine Vermeulen, responsable de la campagne.

Le premier volet d'Electronica, un projet financé par le Fonds social européen, s'articulera autour d'une campagne de presse jouant sur le double sens de mots comme « virus » ou « puce ». Des affiches orneront les bus des grandes villes et des dépliants seront disposés dans des endroits stratégiques (Forem, Orbem, centres de formation...). Par ailleurs, un numéro vert (0800/95.813) sera mis à la disposition des femmes, qui y obtiendront toutes les informations sur les formations, les emplois et les débouchés du secteur des nouvelles technologies. Beaucoup de femmes ont peur que les nouvelles technologies soient trop techniques, a indiqué Laurette Onkelinx. Et la ministre d'insister sur le fait que cette campagne n'est qu'un volet d'une action plus large destinée à faire changer les mentalités. Elle se base sur le constat d'une réalité qui risque de renforcer la ségrégation professionnelle et donc de conduire à une fracture sociale. Ne rien faire, c'est accepter cette situation. Nous, nous voulons faire passer un message : que les femmes se rendent compte que les nouvelles technologies représentent un ensemble vaste où chacun peut trouver sa place, a conclu Laurette Onkelinx. (B.)