L'ISLAM BELGE:L'INIQUITE AU QUOTIDIEN

n.c.

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Samedi 15 septembre 1990

L'islam belge:

l'iniquité au

quotidien

Dans une Carte blanche publiée le 11 septembre 1989, j'ai expliqué comment notre fillette, alors entrée en première primaire dans une école communale de Schaerbeek, avait été contrainte de suivre le cours de morale laïque alors que sa mère et moi avions choisi, ainsi que la loi le permet, de l'inscrire au cours de religion islamique.

Dès la fin du mois de septembre, en réaction à la citation en référé que nous avions introduite contre lui, le Collège des bourgmestre et échevins nous a informés qu'il «avait décidé d'autoriser notre fille à ne pas suivre les cours de morale non confessionnelle mais ne pouvait garantir que, dans ces conditions, cet enfant se verrait délivrer un titre homologué à l'issue de ses études primaires». Etrange autorisation, qui n'apportait aucune réponse à notre seule demande!

Quoi qu'il en soit, durant toute sa première année, chaque fois que ses condisciples seront allés suivre le cours de morale laïque ou de religion chrétienne, notre fillette aura été confiée à la garde du secrétaire de l'école ou renvoyée au jardin d'enfants... Ou tout bonnement été jointe aux élèves de religion chrétienne!

Quant à nous, les parents, l'action que nous avions menée en justice s'est soldée, le 19 décembre, par un jugement de non-recevabilité de notre demande et par notre condamnation aux dépens. C'est que, suivant ce jugement remarquable d'équité, notre souhait de ne point voir notre fillette forcée de suivre des cours de morale laïque ou de religion non islamique, «aboutirait à une désorganisation totale du réseau d'enseignement de l'Etat... avec pour nécessaire corollaire une désorganisation totale, source de lésions de droit d'autres individus»! Nous avons interjeté appel.

Il y a quelques jours, notre fillette est entrée en deuxième année et nul signe n'apparaît d'un quelconque changement de la politique schaerbeekoise en matière d'enseignement islamique. Le principal prétexte invoqué par nos autorités communales pour justifier leur comportement n'était-il pas, cependant, la responsabilité du Centre islamique dans la gestion de cet enseignement? Or, on le sait, le gouvernement vient de retirer au Centre islamique toute responsabilité en ce domaine.

En outre, à quoi donc aura servi ce soi-disant «Conseil provisoire de sages musulmans» imposé subrepticement au début des vacances à la deuxième communauté religieuse du pays alors qu'elle s'exprimait clairement en faveur de la constitution, par voie électorale, de l'organe chargé de la représenter? N'était-il pas prévu qu'une des fonctions dudit Conseil - mais ces fonctions ont-elles été précisément déterminées dans quelques texte officiel? - concerne les problèmes liés à l'enseignement religieux musulman?

Sans doute est-il vrai, néanmoins, que nos ministres ne se trouvent pas en une situation des plus confortables. Que signifierait en effet l'apparition, dans les écoles communales de Schaerbeek, d'enseignants de religion islamique désignés par le «Conseil provisoire des sages», ou avec son aval, ou sur base de ses avis, etc., sinon que le gouvernement d'une manière plus ou moins directe, s'érigerait en autorité religieuse de l'islam belge, au mépris des textes légaux les plus fondamentaux du pays?

Opposition radicale au plus important mouvement de fond qui, avec le projet d'élection du Conseil supérieur des musulmans, ait jamais animé la communauté musulmane du royaume; réduction à néant du travail réalisé depuis des années par l'organe chargé de l'organisation de l'enseignement religieux islamique; persistance à Schaerbeek et ailleurs, impunément, des violations les plus patentes du pacte scolaire: depuis un an rien de concret n'aura donc été fait par le gouvernement, concernant les problèmes de l'islam belge, sinon, en s'engageant dans une aventure à la légalité pour le moins trouble, en rendre la solution plus difficile que jamais.

En ce qui concerne notre famille en particulier, aucune révision de notre condamnation n'est à espérer avant longtemps, du fait des retards catastrophiques frappant le traitement des dossiers à la cour d'appel des référés. Deux fois par semaine notre petite demoiselle sera donc obligée de revivre les heures d'ostracisme de l'année dernière, auprès de la maîtresse du jardin d'enfants ou de son «Monsieur le secrétaire»... Ceci étant, Dieu soit loué pour la gentillesse de leur accueil, qui vaut assurément mieux que la réclusion dans un local à laquelle sont contraints pour le même motif, dans d'autres écoles, plusieurs petits garçons et filles musulmans...

Y. M. ABDALHAQQ

Universitaire