L'ORGANISATION DES JOURNEES DES QUATRE CORTEGES SAUVEE DE LA DISPARITION TOURNAI AU CHEVET DE SON FOLKORE

ZONEMBERG,FRANCOISE

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Mercredi 30 octobre 1991

L'organisation des Journées des quatre cortèges sauvée de la disparition

Tournai au chevet de son folklore

Faute de moyens, les 4 cortèges tournaisiens regardaient la mort en face. Pas question de laisser «faire ça», a tranché la ville.

Les 4 cortèges de la cité des 5 clochers menacés de mort par manque d'argent? C'est la situation qui prévalait jusqu'il y a peu. Depuis en fait que les «Amis de Tournai» avaient renoncé à organiser leur traditionnel salon automnal. C'est que les bénéfices de la foire commerciale étaient intégralement versés aux organisateurs des Journées des 4 cortèges.

DÉSAFFECTION GÉNÉRALE

Globalement, le budget de la manifestation folklorique qui se déroule le deuxième week-end de juin est de trois millions. Dont un tiers provient du Salon automnal. Mais pourquoi donc avoir supprimé ce rendez-vous des affaires? Par correction vis-à-vis des exposants qui avaient choisi d'être présents, répond le président des «Amis de Tournai», André Gosselin. Nous savions en effet que nous allions gagner de l'argent, mais nous savions aussi la désaffection du public pour ce type de salon, un phénomène accentué par le contexte économique général et par la concurrence des «foirettes» organisées dans les villages environnants. À la périphérie de Tournai, André Gosselin dénombre ainsi une quinzaine de foires diverses.

À ces éléments, le président des «Amis de Tournai» en ajoute encore une série d'autres: la réorientation de la politique publicitaire des grosses sociétés, la concurrence d'autres distractions, les réductions organisées de manière quasi permanente en dehors des périodes de foires ou encore la politique menée par les grandes surfaces qui organisent de plus en plus d'animations autour de leurs (ré)ouvertures, anniversaires... D'aucuns ont aussi incriminé les prix pratiqués par «Tournai Expo» pour expliquer la désaffection; Gosselin répond par les mille francs du mètre carré réclamés alors qu'ailleurs les montants atteignent jusqu'à 3.000 F.

LA DERNIÈRE EXTRÉMITÉ

Quoi qu'il en soit, la décision des «Amis de Tournai» étant irréversible, les organisateurs des 4 Cortèges, les mêmes Amis en fait, se trouvaient bien embarrassés devant le trou budgétaire à combler. Et de lancer un cri d'alarme, il y a quelques semaines. Les «Amis de Tournai» en tant qu'ASBL jouent le rôle de syndicat d'initiative dans la cité des cinq clochers; indépendants de l'administration communale, ils bénéficient toutefois de locaux, du chauffage, du téléphone et des services de deux employées. Lors des manifestations organisées sous leur responsabilité - bénévole - comme la piste aux étoiles, la foire agricole, etc., ils bénéficient du soutien logistique de l'administration qui fournit les ouvriers et le matériel nécessaires. C'est le cas évidemment pour les 4 cortèges. Désireux toutefois de garder au maximum les mains libres, le président de l'ASBL avait souhaité limiter le soutien communal à ce volet. Le recours à la ville pour trouver le million manquant ne se fera qu'en toute dernière extrémité, avait-il annoncé récemment. Il faut croire que l'heure dernière était vraiment proche puisque, sollicité pour voler au secours de la manifestation, l'échevin des fêtes tournaisien, Roger Delcroix, a accepté de délier les cordons de la bourse communale suivant une formule encore à déterminer. Laisser disparaître les 4 cortèges? La ville de Tournai ne pouvait pas laisser faire ça, explique-t-il. Même si les dépenses culturelles sont toujours considérées comme facultatives et que Tournai a été spoliée de 110 millions en cinq ans au niveau du Fonds des communes.

Il est vrai qu'un million, dans les 110 consacrés aux dépenses culturelles, ne paraît pas la mer à boire.

FRANÇOISE ZONEMBERG