L'UNION MONETAIRE POUR 1999 AU PLUS TOT ? LA MONNAIE UNIQUE DIVISE TOUJOURS L'EUROPE

AFP

Page 5

Mardi 21 février 1995

L'union monétaire pour 1999 au plus tôt?

La monnaie unique divise toujours l'Europe

La Grande-Bretagne et l'Allemagne ont soufflé le froid lundi à Bruxelles sur les chances pour l'Union européenne de parvenir à la monnaie unique en 1997, soit la date la plus rapprochée prévue par le traité de Maastricht.

Au cours d'une réunion des ministres des Finances de l'Union européenne à Bruxelles, le ministre français de l'Economie Edmond Alphandéry est apparu de plus en plus isolé parmi ses collègues, en réaffirmant que la création de la monnaie unique dès 1997 est «possible» et «souhaitable».

Je continue de penser que ce ne sera praticable pour aucun Etat membre d'entrer dans une union monétaire avant 1999 au plus tôt, a lancé le chancelier britannique de l'Echiquier Kenneth Clarke. La veille, le ministre allemand des Finances Theo Waigel avait indiqué qu'il ne croyait pas à la monnaie unique en 1997, insistant sur le respect des critères de convergence du traité de Maastricht sur l'inflation, les déficits budgétaires ou l'endettement.

LA RÉDUCTION

DES DÉFICITS

Il est important que les déficits structurels soient réduits, c'est une condition essentielle pour le passage à la monnaie unique, a affirmé lundi à Bruxelles Juergen Stark, secrétaire d'Etat allemand aux Finances. M. Stark a mis en garde ses partenaires contre le danger que constituerait une approche privilégiant les aspects techniques de la monnaie unique, à savoir, par exemple, l'introduction des billets et des pièces, par rapport à la convergence économique.

L'approche développée par M. Stark est parfaitement en ligne avec les thèses du président de la Bundesbank, Hans Tietmeyer. Le traité de Maastricht prescrit que la monnaie unique doit être introduite en 1997 si une majorité d'Etats membres remplissent les critères de convergence, et en 1999 avec les seuls Etats membres qui y répondront.

Les ministres de l'Economie et des Finances ont débattu hier publiquement, après la présentation par le président de la Commission européenne Jacques Santer des priorités de son équipe dans le domaine économique et financier. Peut-être lassé de susciter des polémiques en Grande-Bretagne après chacune de ses interventions, souvent jugées trop fédéralistes par les eurosceptiques, M. Santer a été extrêmement prudent sur la date de la réalisation de la monnaie unique. Il est inutile de vous rappeler la valeur que j'attache à l'application stricte du traité, a-t-il seulement déclaré.

LA COMMISSION PRÉPARE

UN LIVRE VERT

Puis M. Santer a énuméré les travaux techniques que la Commission allait réaliser pour préparer les aspects pratiques de l'avènement de la monnaie unique. M. Clarke a tout de même précisé que la Grande-Bretagne allait jouer «un rôle constructif» dans les préparatifs techniques de l'union monétaire, c'est-à-dire les travaux qui fixeront les conditions d'entrée de l'écu dans la vie quotidienne des ménages et des entreprises. La Commission européenne prépare un «livre vert» sur l'introduction de l'écu. Un rapport d'un groupe d'experts sera consacré à ces questions et publié avant le Sommet européen de Cannes au mois de juin. (AFP.)