LA BELGIQUE DE MARTENS EST MORTE

DUBUISSON,MARTINE

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Lundi 7 octobre 1991

La Belgique de Martens est morte...

Van Rompuy a battu Martens à l'applaudimètre. Le conseil national du CVP a acclamé douze fois le président du parti pendant son discours et une seule fois le Premier ministre... Il est de ces détails qui ne trompent pas.

Herman Van Rompuy a incontestablement repris les rênes de son parti. Et l'ascendant sur Wilfried Martens. La recherche du compromis a-t-elle coûté son titre de leader à «l'homme providentiel du CVP»? Ce qu'attendaient la Flandre et les sociaux-chrétiens, poussés par la presse, c'était la radicalisation affichée par Van Rompuy. Pour preuve: les Jeunes CVP ont participé à l'ovation faite au président, pas à celle destinée au Premier ministre...

Le CVP a eu sa revanche. Van Rompuy n'affirme-t-il pas: Nous avons dit deux fois «non» aux Wallons... Et Martens était, sans doute, le prix à payer. Il fallait laver l'honneur flamand, sali par le «triomphalisme arrogant» des francophones. Coincé dans son rôle de Premier ministre, Wilfried Martens n'y est pas arrivé. La direction du parti a pris le relais. Et les cadres du CVP l'ont plébiscitée.

Je ne changerai rien à mon attitude ni à mes convictions, affirme pour sa part le Premier ministre. Il ne refuse pas, comme son président, de s'exprimer en français devant les micros francophones. Et n'abandonne pas son modèle institutionnel: le fédéralisme d'union. Mais douze ans de pouvoir, neuf gouvernements et d'incessantes luttes entre «standen» au CVP l'ont usé. Qui, même - surtout... - au sein de son parti, croit encore en Martens X?

Les dirigeants du CVP savaient ce qu'ils faisaient en élaborant leur contre-attaque. En décidant, mercredi, de faire payer par les Wallons l'accord sur les armes; en affirmant, jeudi, à la Chambre, que le CVP n'accepterait pas le simple transfert de la radio-redevance aux Communautés sans octroi parallèle d'un pouvoir fiscal; en construisant, jeudi soir, un front flamand avec le SP; et en diffusant, vendredi, un communiqué exprimant le refus du transfert de la radio-redevance par arrêté royal, au moment où se tenait le conseil des ministres.

Le CVP n'ignorait pas qu'il envoyait Martens IX à l'échafaud. Et qu'il sacrifiait du même coup sa conception de l'État belge. Le fédéralisme d'union a perdu du terrain face au confédéralisme. Et au séparatisme? Comme si la Belgique de Martens était morte...

MARTINE DUBUISSON