La Belgique reconnaît le Kosovo

LABAKI,MAROUN

Lundi 18 février 2008

Union européenne Les Vingt-Sept constatent à nouveau leurs divergences

L’UE est divisée sur la question, bien qu’une majorité des pays européens vont reconnaître le nouvel Etat kosovar. Mais attention : ceci n’est pas un précédent.

La Belgique a l’intention de reconnaître le Kosovo. » Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, l’a annoncé lundi après-midi à l’issue d’une longue réunion à Bruxelles avec ses homologues de l’Union européenne.

La décision devait être rapidement formalisée hier soir par le gouvernement – vraisemblablement par voie électronique. Et l’arrêté royal pourrait être porté à la signature d’Albert II dès ce mardi. Dès que le Roi l’aura signé, la reconnaissance du Kososo par la Belgique sera effective.

Le chef de la diplomatie belge a également dit son souhait de voir le Parlement débattre de la reconnaissance du Kosovo. Les délais évoqués font cependant penser que ce débat a toutes les chances d’avoir lieu après la signature par Albert II de l’arrêté royal.

La Belgique n’a pas été le premier pays à s’avancer. Elle a été devancée par… les Etats-Unis.

Mais aussi par la France, qui a ouvert la liste des reconnaissances à l’intérieur des Vingt-Sept. « Nous avons l’intention de reconnaître l’indépendance du Kosovo, a déclaré à Bruxelles Bernard Kouchner, prenant de vitesse Karel De Gucht ainsi que les ministres britannique, allemand et italien. Le président de la République (Nicolas Sarkozy) a écrit en ce sens au président kosovar, la lettre va partir dès ce lundi soir. Et dès que cet échange aura eu lieu, la reconnaissance par la France de l’indépendance du Kosovo sera acquise. »

Hier soir, de nombreux pays de l’Union avaient fait part de leur intention de reconnaître à brève échéance le nouvel Etat des Balkans. Dans l’après-midi, Carl Bildt, le chef de la diplomatie suédoise, prévoyait une « une large majorité ». « Entre seize et dix-neuf », prédisait de son côté son homologue français.

On est en tout cas très loin d’une unanimité ! La réunion de lundi a donc surtout confirmé que l’Union européenne était très divisée sur la question du Kosovo. Bien sûr, les ministres se sont mis d’accord sur un texte commun, qui, aux dires de Karel De Gucht, « a nécessité quelques heures de tractations à la belge, et a le mérite d’être clair et vague à la fois ».

Ce n’est pas la première fois que les Vingt-Sept, tout en ne cachant pas leurs divergences sur le fond du dossier kosovar, sauvent les apparences. Ils sont tout de même déjà parvenus – au sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement de décembre – à s’entendre pour envoyer au Kosovo, dans un certain flou juridique, une mission civile de quelque 2.000 personnes dont le rôle va à présent être crucial…

Le document approuvé lundi est le fruit d’un exercice diplomatique de haut vol, qui pourra servir d’exemple dans toutes les académies pour apprentis diplomates. On doit en retenir principalement que les Vingt-Sept ont pris acte des engagements démocratiques de Pristina ; que chacun des Etats de l’Union « décidera, conformément à ses pratiques nationales et au droit international, de ses relations avec le Kosovo » ; et que le cas kosovar ne pourra nullement constituer un précédent. Dans les « conclusions » adoptées lundi, on peut lire : « Vu le conflit des années 90 et la période prolongée d’administration internationale en vertu de la résolution 1244 du Conseil de sécurité, le Kosovo constitue un cas sui generis qui ne remet pas en question les principes de la Charte des Nations unies et de l’Acte final d’Helsinki ».

Dans le souci de ménager la Serbie, les Vingt-Sept ont pris soin de préciser que tous les pays des Balkans occidentaux ont « une perspective européenne » – et donc vocation à rejoindre un jour l’Union. Le ministre italien, Massimo D’Alema, a ajouté que l’intégration européenne du Kosovo ne pourrait intervenir qu’après « la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina ». Il est intéressant de noter, à cet égard, que la Croatie a annoncé hier son intention de « suivre le grand nombre de pays membres de l’Union européenne qui vont reconnaître le Kosovo ».

Le haut représentant des Vingt-Sept, Javier Solana, devrait être le premier haut responsable étranger à se rendre au Kosovo indépendant. « Je serai au Kosovo le plus tôt possible, demain ou après-demain ou la semaine prochaine », a-t-il lancé lundi après la réunion des ministres.

Cet empressement ne dissimulera pas les divisions qui affectent l’Union, et qui l’affaiblissent sur la carte du monde.