La BRAFA ouvre ses portes vendredi
LEGRAND,DOMINIQUE
Jeudi 21 janvier 2010
Marché de l’art La BD, petite reine des antiquaires
Excellence et convivialité : la Foire des antiquaires en jette plein les yeux. La recherche du beau y règne en maîtresse. Le tour de la planète des arts sans quitter Bruxelles.
Le vert est de mise partout sur le site de Tour et Taxis, avec une attention portée au choix des matériaux utilisés. Préservation du patrimoine et recyclage complet des déchets : déclinée par le bureau Volume Architecture, le thème du végétal accompagne un net retour au classique et aux valeurs sûres partagées par 120 marchands belges et étrangers triés sur le volet.
Les amateurs de Vierges mosanes, d’horloges XVIIIe, de maîtres anciens et de placements en bon amateur d’art seront comblés. Une Nature morte avec lanterne de James Ensor, un projet de paravent de Pierre Bonnard, un portrait de femme de Fernand Khnopff, Van Rysselberghe, Spilliaert ou Poliakoff font toujours les beaux jours d’un salon haut de gamme qui donnera dans une dizaine de jours un premier indicatif de la relative reprise du marché de l’art.
Celle qu’on attend de pied ferme cette année, c’est l’arrivée de la bande dessinée. Séduira-t-elle davantage que le design, récemment promu parmi les galeries sélectionnées ? Non contente de pointer son nez parmi les idoles cycladiques, les fiers torses grecs, le mobilier Charles X ou les candélabres au poinçon, la BD créée décidément l’événement en proposant une des pièces les plus chères du salon. Trois millions d’euros pour Les cigares du pharaon, la première couverture des éditions Casterman ! Cette petite gouache d’Hergé date de 1934. Cet objet muséal est proposé par la galerie Les petits papiers.
« On m’a demandé de présenter des œuvres exceptionnelles, souligne Francis Slomka sur le stand de 9th Gallery. Chaque mois au moins, nous sommes contactés par des acheteurs américains qui cherchent des originaux d’Hergé. A Bruxelles, je présente trois strips originaux de « L’Etoile mystérieuse ». Ils datent de 1942, sont estimés à 300.000 euros. Il n’existe que quelques planches originales de ce type. Hergé les donnait à des amis ou ses collaborateurs. Si la rareté fait le prix, le fait que ces planches soient de la main d’Hergé fait grimper les prix. De plus, les phylactères sont écrits par Hergé lui-même. »
Fait inhabituel, les prix sont affichés « parce que le public n’a aucune idée de la valeur d’un original, reprend le galeriste parisien. On peut trouver un gag de Gaston Lagaffe à 300 ou 400 euros, un original de Walt Disney à 3.000 euros. »
Autre point fort de cette édition cornaquée par son nouveau président Bernard De Leye, expert en orfèvrerie européenne : place aux arts primitifs. Le gratin des spécialistes est présent, avec des nouveaux venus comme la Galerie Jacques Germain de Montréal et ses très beaux reliquaires Kota, un guerrier Senoufo, un masque Baoulé, aux côtés de Patrick Mestdagh, Dartevelle, Schoffel ou Dulon. Mermoz présente de superbes pièces précolombiennes, un domaine quelque peu délaissé cette année.
Incontournable au registre très courtisé de l’archéologie, Phoenix Ancien Art se taille une part de lion : « Nous présentons des objets qui défient le temps, couvrant un territoire qui va de la péninsule Ibérique au bassin de l’Indus, explique Michael Hedqvist. Une statue de dignitaire debout (Egypte, Ve dynastie) atteint le même prix qu’un Soulages, là où la production récente est très grande. Qui défiera encore le temps dans quelques siècles ? J’ai mon idée… C’est un des problèmes que nous avons vis-à-vis de l’art contemporain. »
Sous haute surveillance policière, avec des caméras filmant en continu les allées et venues des visiteurs et des marchands, de jour comme de nuit, la BRAFA a encore renforcé sa vigilance. La présence des tableaux acquis en 1939 par la Ville de Liège lors de la vente dite de l’art dégénéré à Lucerne y est pour beaucoup. Venus du Mamac, La famille Soler de Picasso, Le sorcier d’Hiva-Oa de Gauguin ou La maison bleue de Chagall sont sous bonne garde.
« Un volet se referme sur le stand et un gardien veille sur les tableaux toute la nuit, confirme le galeriste Patrick Lancz, administrateur de la foire, plus particulièrement chargé de la sécurité. Pour le trajet jusqu’à Bruxelles, les assurances étaient à charge de Liège. Sur place, nous sommes responsables des œuvres. On connaît peu de vols à la BRAFA. Ces tableaux sont d’ailleurs invendables sur le marché. L’an dernier, on a volé une miniature en distrayant le galeriste pendant qu’un comparse opérait. Un vase a été retrouvé dans une poubelle avant que le voleur ne le récupère, hors de l’enceinte du salon d’art. »
Immo
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