LA CEE ET LES ETATS-UNIS ENGAGENT UN BRAS DE FER COMMERCIAL DANS LE CADRE DU (SIC) LE GATT SOUS SURVEILLANCE FRANCAISE

AFP; REUTER

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Lundi 12 octobre 1992

La CEE et les États-Unis engagent un bras de fer commercial dans le cadre du Gatt

Le Gatt sous surveillance française

La Commission européenne et les Etats-Unis ont entamé hier à Bruxelles un nouvelle étape cruciale dans les négociations concernant le Gatt, un accord international qui réglemente les tarifs douaniers et le commerce entre 108 pays du monde entier. Ces négociations, qui sont engagées depuis 1986 pour libéraliser diverses facettes du commerce mondial, sont toujours dans l'impasse en raison des contentieux agricoles opposant l'Europe aux Etats-Unis.

Les discussions, qui se poursuivront ce lundi, réunissent Mme Carla Hills, représentante du président Bush pour le commerce international, M. Edward Madigan, secrétaire américain à l'Agriculture et les commissaires européens Ray MacSharry (agriculture) et Frans Andriessen (relations extérieures).

Pour le président américain en difficulté pour l'élection du 3 novembre, des progrès dans le cadre du Gatt seraient les bienvenus. Washington pourrait ainsi enfoncer un coin dans la cohésion des Douze en isolant Paris de ses partenaires européens, qui sont tous désireux de conclure. Selon certains sources, les Américains pourraient ainsi accepter la politique agricole commune (PAC) et les aides aux revenus accordés aux agriculteurs européens, mais devraient par contre exiger la réduction des exportations subventionnées de céréales et de la production européenne d'oléagineux (colza, tournesol, soja,...).

Une concession américaine sur la PAC placerait ainsi les Douze devant un compromis, qui est inacceptable pour la France, principal exportateur de céréales. D'un point de vue technique, la France aurait pu accepter des concessions il y a six mois. Mais pour des raisons politiques, elle ne le peut plus maintenant, affirme un diplomate. Ce qu'a implicitement confirmé hier le ministre français de l'agriculture.

Les agriculteurs français ont déjà fourni un effort considérable dans le cadre de la nouvelle PAC, réformée en mai dernier, et la France, premier pays exportateur agricole de la Communauté, ne peut pas céder devant les exigences américaines, a encore répété hier, sur France 2, M. Jean-Pierre Soisson (Nos éditions de vendredi). Les résultats du référendum sur Maas-tricht ont fait apparaitre une nette majorité en faveur du «Non» dans les campagnes, et la France est dans une situation politique nouvelle après le référendum, il faut (que la communauté européenne) lui donne ce qu'elle demande, a-t-il dit.

Samedi, M. Roland Dumas, le ministre français des Affaires étrangères, avait indiqué que la France était prête à faire cavalier seul et à se désolidariser avec les Onze en bloquant les pourparlers du Gatt. Une position qui a été clairement rejetée hier par le commissaire européen à l'Agriculture, Ray MacSharry. Je crois avec force que s'il n'y a pas d'accord dans les semaines à venir, tout pourrait être retardé de plusieurs années. S'il doit y avoir un accord Gatt, il n'est pas question que quiconque y oppose son veto, a-t-il indiqué, à l'issue de la réunion de dimanche. (D'après AFP et Reuter.)