It’s the Economy, Stupid !

BRICMAN,CHARLES

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Mardi 14 octobre 2008

La chronique

Charles Bricman Chroniqueur politique

Dites, vous deux ! Oui, vous là, Didier et Elio, les chefs de bande. C’est pas bientôt fini, la fight dans le bac à sable ? On le sait, qu’il y a des élections en 2009. Mais c’est dans huit longs mois. Et d’ici là, une partie autrement plus importante est en train de se jouer. Nooon, pas la place de premier parti en Wallonie ! « It’s the economy, stupid »…

On raconte que dans la campagne de Clinton contre le père Bush, en 1992, le stratège James Carville avait fait afficher cette phrase dans les locaux de campagne démocrates, pour rappeler aux militants que c’était sur son pauvre bilan économique qu’il fallait attaquer le président sortant – et qui allait bientôt être « sorti ».

Je la recycle ici pour rappeler aux coqs de combat de notre petite scène de province que dans la tourmente que nous vivons, les gens ont peut-être d’autres « vrais problèmes » que de savoir qui est le plus ringard – et par suite qui est le plus « moderne » – du libéralisme et du socialisme wallons. Non que ce débat soit inintéressant en soi. On peut en disserter quand on en a le temps. Mais il y a plus urgent, non ?

Le problème avec les idéologies, c’est que ce ne sont finalement que des croyances aussi indémontrables qu’irréfutables, comme la religion. Dans le meilleur des cas. Quand elles ne sont pas un simple paravent pour des intérêts très particuliers. Mais accordons là-dessus à nos présidents et à leurs troupes le bénéfice de la sincérité.

Reynders n’est pas si bête qu’il puisse imaginer gagner les élections en ne parlant qu’à l’oreille des riches ; Di Rupo pas si stupide qu’il puisse imaginer un avenir pour une Wallonie « soviétique » et « clientéliste ».

Or, l’un et l’autre sont directement ou indirectement à la barre au moment où le navire affronte… Quoi ? Une tempête ? Plutôt un ouragan.

L’impact de la Belgique – et a fortiori de la Wallonie – sur les affaires du monde est, disons, limité. Le rôle de leurs dirigeants est à cette mesure : que leur demander de plus que de faire ce qui est en leur modeste pouvoir pour aider le pays et sa population à franchir ce cap dans les moins mauvaises conditions ?

La bonne fin de cette mission passe par une forme ou l’autre de ce que, en des termes un peu désuets, l’on appellerait une « union nationale ».

Quand le feu menace la maison, ce n’est pas trop le moment de se disputer sur la meilleure façon de la chauffer ou sur la couleur de la tapisserie.

Et ne me dites pas qu’entre la gauche et la droite, c’est impossible. Elio et Didier… Ils n’ont pas gouverné ensemble pendant huit ans, ces deux-là ? Ne leur demandons pas de s’aimer. Seulement de reporter le règlement de leur fraîche querelle. D’attendre les élections avant d’en lancer la campagne, quoi.

Le temps de sortir de ce merdier dans lequel nous avons tous plongé, de Reykjavik au Cap et de Washington à Vladivostok.