Les limites du fédéralisme à la belge

BRICMAN,CHARLES

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Mardi 9 décembre 2008

La chronique

Charles Bricman Chroniqueur politique

Samedi soir, je suis tombé par hasard, à la télé, sur une interview du bourgmestre de Liège. Il est content. Ravi même : dans le cadre de son « plan de relance » annoncé vendredi dernier, le gouvernement wallon lui a promis de beaux trams tout neufs pour empêcher la saturation de son réseau de transports en commun. Les travaux devraient commencer en 2010. Plaît-il ? Oui, vous avez bien lu : en 2010. Et d’ici là, on fait quoi ?

Parce que c’est maintenant, la crise. Nous sommes en récession. Et le système financier est malade, contaminant toute l’économie : le crédit, qu’elles ne dispensent plus qu’à contre-cœur, on n’en a pas seulement besoin pour investir à long terme, c’est aussi une technique de financement des fonds de roulement, quand il y a des échéances à honorer et que le paiement des créances se fait attendre. Regardez ce qui est arrivé à nos banques : avant leur solvabilité, c’est leur liquidité qui a fait problème, leur capacité de faire face à leurs engagements à court terme, au jour le jour. Les entreprises ordinaires, c’est la même chose. Quand les banques réduisent leurs lignes de crédit, elles n’arrivent plus à payer leurs factures, en fin de mois. Et elles en souffrent, ou font souffrir leurs fournisseurs. Cela peut même provoquer des faillites.

Loin de moi l’idée de m’immiscer et de prendre ici parti dans les bagarres qui auront lieu entre majorités et oppositions sur les mérites et les travers des plans de relance adoptés par les gouvernements régionaux. Ce sont des débats qui méritent assurément d’être menés mais qui ne doivent pas en occulter un autre, en amont.

Il se trouve en effet que, dans notre structure institutionnelle actuelle, l’Etat fédéral a conservé entre ses mains l’essentiel des leviers permettant de prendre des mesures de soutien à l’économie et au pouvoir d’achat ayant des effets rapides, voire immédiats (quand ils ne sont pas passés à des niveaux supranationaux) : la fiscalité, la sécurité sociale, les prix. Le plan de relance wallon le démontre, les leviers des régions, par contre, sont potentiellement efficaces dans la durée surtout. Il est donc probablement très bien de prévoir des mesures en faveur d’un développement durable, mais il faut aussi pouvoir continuer à manger en attendant qu’elles produisent leurs effets…

Ce sont les limites du fédéralisme que nous connaissons ici. Si tous les niveaux de pouvoir fonctionnaient correctement et de manière tant soit peu coordonnée, il n’y aurait pas de vice rédhibitoire dans la répartition actuelle des compétences. Mais quand ce n’est pas le cas – et on peut raisonnablement soutenir que ce ne l’est pas vraiment – on se retrouve facilement dans un environnement factice et dangereux.

C’est pour ça que le dialogue institutionnel doit se poursuivre. Et aboutir. Dans l’intérêt de tous les citoyens, au sud comme au nord.

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