Vive la Belgique ?
n.c.
Page 19
Jeudi 18 décembre 2008
La chronique
Si un jour je devais devenir Flamand sans pouvoir rester Belge, j’en resterais là. Non aux Pays-Bas ! Je préférerais être Flamand et ex-Belge. Vive l’identité incomplète.
Alors, le rattachisme des francophones ? Le choix pour ou contre le rattachisme est, comme toujours, un choix émotionnel. Je vois chez les rattachistes, à part du mauvais caractère de nous autres Flamands, deux raisons principales conduisant au choix pour la France.
D’abord il y a le désir de faire partie d’un grand pays. La France ! Outre le fait que la France n’est pas tellement grande comparée à la Chine, au Japon, aux Etats-Unis et même à l’Allemagne, mieux vaut, bien souvent, ne pas être trop grand. Les grands ne sont pas toujours aimés, car ils étouffent les petits. Et ils cultivent la force plutôt que la ruse, qui elle aussi est un atout non négligeable. Ainsi, David a vaincu Goliath, et les Etats-Unis ont perdu la guerre du Vietnam.
Ensuite, une grande nation francophone semble offrir beaucoup d’avantages pratiques. Une seule langue, voilà la fin des traducteurs, du bilinguisme, des malentendus.
Cependant, pourquoi la langue que nous parlons devrait-elle créer notre identité ? La manière de penser, le sens artistique, la qualité de l’humour ne sont pas forcément liés à une seule langue. L’unilinguisme nourrit la pauvreté intellectuelle. Certains rattachistes espèrent, une fois réunis avec la France, se réveiller au pays des Grands Philosophes. Tandis qu’il s’agit seulement des Grands Philosophes français. Hegel, Kant, Aristote, Platon, Wittgenstein, Dewey ou Nietzsche n’étaient point français, et brillants malgré tout, il faut avoir la générosité de le reconnaître.
Ainsi, le rattachisme, sous le drapeau de la grandeur, conduit tout droit au provincialisme le plus médiocre. Je ne souhaite point à mes amis francophones ce que j’ai toujours combattu bec et ongles en Flandre.
Finalement, j’aime assez bien la Belgique, où se croisent des cultures et des langues différentes. Où l’identité est floue. Où l’ambiguïté n’est pas vue comme une faiblesse. Où les nationalistes convaincus ne sont toujours pas majoritaires, ni en Flandre ni en Belgique francophone. Car, comme le disait en 1995 le Grand Philosophe François Mitterrand : le nationalisme, c’est la guerre.
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