LA COMMISSION EUROPEENNE PERSISTE, MONNAIE UNIQUE: 1997 QUAND MEME?

RICHE,ANDRE

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Jeudi 18 mai 1995

La Commission européenne persiste

Monnaie unique :

1997 quand même ?

STRASBOURG

De notre envoyé spécial

A quel saint monétaire faut-il se vouer ? A saint Waigel ou saint de Silguy ? Hier, Yves-Thibault de Silguy, le commissaire européen chargé du dossier de l'union monétaire présentait les perspectives économiques revues et corrigées par la Commission européenne. Selon lui, l'Union monétaire reste jouable en 1997. Dimanche, le ministre allemand des Finances, Theo Waigel, jugeait en revanche que la date de 1997 était désormais extrêmement improbable.

LA BELGIQUE À LA TRA INE

Le traité de Maastricht prévoit deux dates - 1997 ou, au plus tard, 1999 - pour geler les parités entre les monnaies nationales et instaurer ensuite la monnaie unique. Mais ces derniers mois, de plus en plus de voix convergeaient pour affirmer que 1999 serait bien plus praticable. Sans remettre en cause l'objectif, Theo Waigel relevait dimanche que seuls le Luxembourg et l'Allemagne remplissent aujourd'hui les critères de convergence. Or, il faudra, fin 1996, qu'une majorité d'Etats aient convergé vers ces seuils fatidiques, soit huit sur quinze. Selon M. de Silguy, on ne peut pas exclure que cela soit encore possible. Même si ce sera difficile pour certains, dont la Belgique.

On s'attendait à ce que la Commission européenne revoie ses prévisions économiques à la baisse, mais la modification est légère. Il y a six mois, elle annonçait une croissance de l'ordre de 3,2 % cette année. Nous n'aurons que 3,1 % et un peu moins que prévu en 1996: 2,9 %. Les récentes perturbations monétaires sont largement incriminées et ce sont les pays à monnaie forte, dont la Belgique, qui ont vu leurs espoirs de croissance quelque peu assombris par cet imprévu.

Cette croissance, même limitée, devrait permettre la création de 3 millions d'emplois sur deux ans, mais le chômage ne diminuera que de 1,6 million d'unités, pour descendre de 10,8 % aujourd'hui à 9,5 % fin 1996. Ce qui reste inacceptable aux yeux de la Commission.

En revanche, la reprise permet toujours au commissaire de Silguy d'entretenir son optimisme sur les chances de passer à la monnaie unique. Selon lui, à politiques économiques inchangées dans les quinze Etats, sept se situeront sous le critère de convergence budgétaire, qui limite les déficits publics à 3 % du produit intérieur brut. Ce seraient le Danemark, l'Allemagne, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Finlande et le Royaume-Uni. Trois autres se situeront à 3,9 % fin 1996: la France, l'Autriche et la Belgique. Pour la Commission, l'effort additionnel à faire serait jouable puisqu'inférieur à 1 %. Soit des économies nouvelles à prévoir pour le prochain gouvernement... s'il croit à ce scénario.

A. R.