La coriandre combat les infections

SOUMOIS,FREDERIC

Jeudi 25 août 2011

L’huile de coriandre agit comme anti-bactérien. Une étude de l’Université de Beira suggère qu’on étende les applications de la coriandre pour lutter contre les pathogènes d’origine alimentaire.

L’huile de coriandre est bien connue pour combattre de nombreuses bactéries nocives présentes dans notre environnement. Certains peuples, surtout en Asie, l’utilisent depuis des siècles pour traiter certains patients atteints par diverses infections. Mais cette observation empirique n’avait jamais été étayée par la démonstration scientifique d’une efficacité réelle contre les infections bactériennes.

Dans le Journal of Medical Microbiology publié ce mercredi paraissent les résultats d’une étude qui démontre comment une douzaine de souches bactériennes, parmi lesquelles les tristement célèbres Escherichia coli, plusieurs salmonelles ou le staphylocoque doré résistant à la méticilline, voient leur croissance entravée, voire sont carrément tués, par des solutions contenant au maximum 1,6 % d’essence végétale de coriandre. Cette essence végétale est fabriquée à partie des graines de la coriandre, une plante herbacée annuelle de la famille des ombellifères que l’on appelle parfois persil chinois ou persil arabe. L’essence végétale (ou huile essentielle) qui en est tirée est une des 20 essences les plus utilisées dans le monde, déjà largement utilisée comme additif alimentaire.

La respiration est entravée

« Nous avons découvert comment l’huile de coriandre agit comme anti-bactérien. Elle endommage directement la membrane qui entoure la cellule bactérienne. Cela brise la barrière qui existe entre cette cellule et son environnement et inhibe des processus essentiels comme la respiration. Cela conduit in fine à la destruction de la cellule bactérienne », écrit le docteur Fernanda Dominigues, premier auteur de cette étude réalisée à l’Université de Beira, au Portugal.

Du coup, les chercheurs suggèrent qu’on étende les applications de la coriandre dans le domaine alimentaire et médical : « Dans les pays en voie de développement, plus d’un tiers de la population souffre de maladies causées par la nourriture chaque année. La coriandre pourrait servir afin de développer des additifs alimentaires qui luttent contre les pathogènes de la nourriture et qui pourraient prévenir le développement des bactéries. L’huile de coriandre pourrait même devenir une alternative aux antibiotiques communs, que ce soit sous forme de lotion, de pilules ou de bains de bouche. »

« Il faut néanmoins se garder de prendre des anti-bactériens de manière permanente et préventive. Cela n’aurait pas de sens », nuance le professeur Jean-Louis Vincent, chef du service des soins intensifs de l’hôpital Erasme (ULB), confronté régulièrement à des patients atteints par de telles bactéries. « Comme on le fait déjà en Asie, en cas de diarrhée importante ou de gastro-entérite, cela peut être une bonne idée d’agrémenter son bouillon d’huile de coriandre. Mais notre tube digestif, avec lequel nous vivons en symbiose, a aussi besoin de bactéries pour fonctionner. Il ne sert à rien de stériliser ses intestins ! C’est pour cela que l’on prend des yaourts ou des croûtes de fromage pour se refaire une flore digestive après la prise de médicaments antibiotiques. Pour lutter à l’hôpital contre les infections bactériennes, nous disposons heureusement d’antibiotiques médicaux plus puissants et à l’efficacité éprouvée. »