La dépréciation de l'euro se chiffre à présent à 10% 1 dollar = 1 euro, pour bientôt?

SERVATY,PHILIPPE

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Mercredi 21 avril 1999

La dépréciation de l'euro se chiffre à présent à 10% 1 dollar = 1 euro, pour bientôt?

L'euro souffre sur deux fronts: aux Etats-Unis et dans les Balkans. Mais sa faiblesse reste relative d'un point de vue historique et commercial.

L'équation aurait l'avantage de la simplicité (même éphémère), mais ne serait guère à l'honneur de la monnaie unique européenne: un euro pourrait ne plus valoir qu'un dollar dans les prochains mois, voire dans les semaines qui viennent.

Hier mardi, il ne fallait déjà plus que 1,065 dollar pour obtenir un euro (ce qui valorise le billet vert à 37,9 FB). Lundi, l'euro avait même battu un record de faiblesse en passant quelques minutes sous la barre de 1,06 dollar (à 1,059 exactement). Le jour de son «baptême» sur les marchés financiers, le 4 janvier dernier, l'euro s'échangeait contre 1,18 dollar (ce dernier valait alors 34,2 FB). En moins de quatre mois, la dépréciation de la monnaie européenne dépasse donc les 10%.

La glissade, continue depuis janvier, s'est accélérée ces derniers jours. C'est une devise très malade et il y a très peu de raisons d'être optimiste à son sujet, n'hésite pas à dire James McKay, économiste à la Commonwealth Bank of Australia.

DEUX CHAMPS DE MINES

L'euro est miné sur deux fronts: aux Etats-Unis et dans les Balkans.

Le dollar fait de l'ombre à l'euro, tout simplement parce que l'économie américaine affiche une «expansion phénoménale», selon les propres termes du Fonds monétaire international (FMI). Ce dernier a annoncé hier une révision à la hausse de sa prévision de croissance pour l'économie US: il table désormais sur +3,3% en 1999, alors qu'il ne prévoyait que +1,8% en décembre dernier. A l'inverse, pour la zone euro (les onze pays membres de l'Union monétaire européenne), le FMI ne s'attend plus qu'à une croissance de +2%. Ce différentiel de dynamisme se traduit par un écart des taux d'intérêt offerts sur les placements en dollars et en euros, en faveur du premier.

Le second front est plus subjectif pour la monnaie unique. Mais les risques d'un enlisement de la guerre au Kosovo pèsent incontestablement sur l'euro. Non pas que les dépenses militaires soient un lourd fardeau pour les budgets des Etats européens - la facture reste modeste, selon la banque d'affaires Merrill Lynch -, mais la persistance d'un conflit armé à 150 km des frontières de la zone euro pourrait entamer la confiance des consommateurs et faire fléchir encore un peu plus la croissance du Vieux Continent.

La voie vers une égalité de parité euro-dollar semble donc à priori toute tracée. Mais nous nous garderons cependant de la suivre. Les pronostics monétaires sont particulièrement hasardeux. L'opinion générale se révèle généralement en retard d'un mouvement. Michael Mussa, le chef économiste du FMI, voit même la valeur de l'euro remonter par rapport au dollar.

Et quand bien même l'euro poursuivrait sa glissade, sa faiblesse resterait relative (voir infographie). Sur le plan historique, tout d'abord. Un euro valant un dollar tout rond signifierait un billet vert à 40,3399 FB. Ce niveau n'a rien d'exceptionnel.

Sur le plan commercial, enfin, l'euro reste relativement fort par rapport aux monnaies de l'ensemble des partenaires de l'Euroland. Les crises asiatique et russe avaient conduit à une forte hausse de la monnaie unique. Ce qui se passe actuellement est un réajustement assez normal. Et en fin de compte positif pour l'économie européenne.

PHILIPPE SERVATY