LA DOMOTIQUE EST POUR DEMAIN:NUL NE POURRA Y ECHAPPER UNE MAISON PEUT ETRE INTELLIGENTE,MAIS DOIT TOUJOURS RESTER BELLE

DUMONT,MARCELLE; SOKAL,CHRISTOPHE

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Jeudi 6 septembre 1990

LA DOMOTIQUE EST POUR DEMAIN:

NUL NE POURRA Y ÉCHAPPER!

La communication va croissant entre la maison et ses habitants

La domotique, cela vous dit quelque chose? Depuis quelques années déjà on rencontre ce vocable dans les médias. Selon les techniciens, la domotique est un ensemble de services à l'habitat assurés par des systèmes réalisant plusieurs fonctions et pouvant être connectés entre eux et à des réseaux internes et externes de communication. Parmi ces fonctions, on trouve notamment l'économie et la gestion technique, l'information et la communication, la maîtrise du confort, la sécurité et l'assistance.

Ajoutons qu'une maison ainsi équipée est qualifiée de maison intelligente. Intelligence électronique bien entendu, s'exerçant à partir d'un ordinateur central. Mais comment l'intelligence vient-elle aux maisons? Par le Bus! Le Bus (Binary Unit System) est un système de transport des informations (fils téléphoniques, coaxial, infrarouge) et de protocoles (langages) de communication et de commande. Intégré au logement, il forme un réseau domestique interne qui permet aux équipements de communiquer entre eux mais aussi avec des réseaux extérieurs.

Si l'on veut permettre à chacun de s'équiper progressivement et à sa guise, avec du matériel de son choix, le Bus doit être compatible avec tous les appareils présents sur le marché. La normalisation du Bus est donc indispensable.

LA NORMALISATION À L'ESSAI

À l'heure actuelle, 18 pays européens travaillent au sein du Cenelec (Comité européen de normalisation électronique) pour définir un standard commun de Bus domestique qui permettrait de rendre compatibles divers appareils de différents fabricants, au sein d'un même logement mais aussi partout en Europe et dans le monde. Cet aréopage - groupant l'Autriche, l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, la France, la Finlande, la Grèce, la Hollande, l'Irlande, l'Islande, l'Italie, le Luxembourg, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse - parviendra-t-il rapidement à ses fins? On peut en douter lorsqu'on constate que cette normalisation n'existe toujours pas pour les prises électriques!

Il n'est pas exclu que ce soit finalement la multinationale la plus performante et la plus puissante qui impose son point de vue, en sortant tranquillement son «Bus».

Mais a-t-on envie d'une maison intelligente? Bien sûr, il est tentant de se faciliter la vie chez soi par une série de services, mais beaucoup craignent la domination d'une sorte de terrorisme électronique. Terrorisme qui existe déjà sur les lieux de travail et dont on aime à se débarrasser dans le privé. Tous les sondages d'opinion le prouvent, seuls des systèmes simples et qui se laissent facilement maîtriser seront bien acceptés. Charbonnier veut rester maître chez lui.

Mais nous n'échapperons plus à la domotique. Pas plus que nous n'avons échappé au confort électrodomestique, au chauffage central, à l'eau courante, à la cuisson au gaz, au téléphone et à la télévision. Toutes choses que nous utilisons sans même y penser. On trouvera un jour tout naturels les services qu'elle rendra dans la gestion du confort, dans la maîtrise de la consommation d'énergie, pour la sécurité des individus, qu'il s'agisse de la protection contre les agressions et l'intrusion ou de l'alarme médicale. Sans parler de l'information et de la communication en circuit fermé mais aussi vers l'extérieur.

Pourtant, les projections à long terme ne sont pas aisées. Il n'y a pas une maison-type du futur. Le vrai problème est de répondre à des demandes individuelles très variables selon les tranches d'âge et les catégories socio-culturelles.

LES MAISONS DU FUTUR, DES SUPERVITRINES...

Le Centre scientifique et technique de la construction (1) s'intéresse évidemment au rôle que la domotique est appelée à jouer dans le bâtiment. Georges Klepfisch, administrateur délégué du Belgian Center for Domotics du CSTC, n'est pas très emballé par les diverses «maisons du futur» qui fleurissent un peu partout. Ces supervitrines technologiques ne sont par très probantes. Elles ne font pas vendre un produit. En règle générale, elles déçoivent le visiteur ordinaire qui ne se sent guère concerné et se contente parfois d'exprimer sa déception sur la manière dont les lieux sont décorés.

Dans les six prochains mois, les recherches du CSTC vont se focaliser sur des analyses - menées par divers groupes de travail, en collaboration avec les industriels concernés -, pour déterminer quels projets sont programmables et souhaitables à court et à moyen terme.

Aux USA, face à la domotique, on pense: «en avons-nous envie et en avons-nous les moyens?». L'Européen ajoute: «est-ce bien raisonnable?». Il faut donc bien cibler les problèmes. Voir ce qui est possible techniquement et ce que veulent les habitants des grandes villes, concernés au premier chef par la domotique. Il apparaît qu'ils veulent mieux communiquer et mieux gérer leur vie domestique. Ils veulent plus de sécurité à tous les points de vue, plus de communication et un gain de temps.

Que demandent à leur tour les professionnels? Un meilleur service au client, et qui serait économiquement plus rentable.

Prenons l'exemple du télécomptage. Le relevé des compteurs d'électricité à distance par un système électronique permet de réduire les frais de personnel, tout en diminuant le risque d'erreur. Il permet aussi à l'usager de surveiller au jour le jour ses dépenses énergétiques. La télésurveillance permet à son tour de déceler toute anomalie, et la télégestion technique d'enclencher le chauffage et l'éclairage d'un logement à distance. Cela se pratique d'ailleurs déjà pour nombre de grands immeubles. Il faut toujours chercher les points de convergence entre le client et les prestataires de services.

OBJECTIFS SOCIAUX

Les clients ne sont d'ailleurs pas toujours les privilégiés que l'on pourrait croire, notamment ceux qui s'apprêtent à construire. D'une part, le surcoût d'une installation de base, à compléter au fil du temps selon les besoins et les moyens de l'habitant, n'est pas exagéré? D'autre part, certaines applications de la domotique sont nettement à caractère social. La France a plusieurs réalisations à son actif dans ce domaine. À Carcassonne, 112 logements de la résidence de l'Étoile sont déjà pourvus d'un tableau de bord domestique qui permet de contrôler et gérer les alarmes, de vérifier et contrôler les charges d'énergie, de communiquer avec l'extérieur.

Vingt mille logements existants dans des HLM vont être munis d'un portier électronique aux frais de l'État. Ce câblage sera extensible à d'autre fonctions, à la demande de l'habitant.

Grâce à cela, l'objectif de garder plus longtemps les personnes handicapées et du troisième âge chez elles, pour alléger les frais et les infrastructures hospitalières, recevra un commencement de réalisation.

Et G. Klepfisch de tracer quelques pistes: Il ne faut pas s'attendre à une révolution. Les réalisations de la domotique seront progressives. On peut, par exemple quand on est dans certains hôtels américains, interroger de sa chambre un écran vidéo qui nous détaille notre note. Chez soi, le téléphone et la télévision feront beaucoup plus de choses qu'aujourd'hui. On consultera les programmes de théâtre et on retiendra ses places sans quitter sa maison.

La domotique pourrait aussi répondre à certains problèmes d'environnement. Grâce au délestage - système qui permet de bénéficier d'un tarif préférentiel en consommant en dehors des heures de pointe -, on gaspillera moins d'énergie électrique.

N'oublions pas non plus le développement du travail à domicile. Il y aura donc une meilleure répartition du trafic automobile et moins de pollution. Une meilleure gestion de la production d'énergie de chauffage dans les bâtiments améliorera le rendement des appareils et diminuera les émissions de CO2.

L'architecte également sera gagnant car, si l'on envisage dès le départ de doter un bâtiment d'un système de sécurité, les volumes s'imaginent plus librement, sans craindre, par exemple, les grandes surfaces vitrées.

Mais quels seront nos désirs et nos besoins dans dix ans? Impossible de le dire aujourd'hui! La domotique est à inventer jour après jour.

MARCELLE DUMONT

(1) rue d'Arlon, 53, 1040 Bruxelles.

Tél. 02/230/62.82.

Une maison peut être intelligente, mais doit toujours rester belle

Un seul câble multi-usages, comme celui du téléphone, un petit clavier, et même des commandes vocales. Tout se met en marche au doigt et à l'oeil. La domotique a bien évolué dans la tête de Francesco Maria Rovito, depuis qu'il l'a pensée en 1979 et a présenté son concept de maison intelligente à «Batibouw 87».

Ce qui a pu surprendre lors de cette manifestation, et qui continue d'étonner, c'est la volonté d'adaptation et d'évolution de l'habitat, voulue par ce concepteur, plutôt que la révolution de nos installations ménagères et de loisirs.

Car la maison future de F. M. Rovito n'a rien d'effrayant, au contraire... Elle continue de ressembler furieusement à nos habitations d'aujourd'hui, voire d'hier, à quelques détails près. Une maison, c'est un espace pour vivre, si possible agréablement, c'est un endroit à aimer, avant d'être purement fonctionnel, et la domotique doit aussi s'adapter à cette réalité.

Notre conception, et nous l'avons montré lors de «Batibouw 87», comme nous le montrerons lors de la prochaine édition du salon, est justement de débarrasser le public de toute une série de tâches routinières, tout en lui préservant un environnement, un espace de vie consacré à l'agrément.

Il ne s'agit donc pas de concevoir une maison, où la surveillance permanente des ordres transmis remplace le temps anciennement consacré aux tâches ménagères, mais véritablement de débarrasser l'individu de toutes les préoccupations.

Le deuxième défi est de pouvoir adapter très facilement les contingences techniques de la domotique aux impératifs de la maison de Monsieur Tout-le-Monde, y compris les demeures anciennes.

Le câblage imaginé par F. M. Rovito avec l'aide des Câbleries de Dour a proprement supprimé l'angoisse des noeuds inextricables et des fils dans lesquels on s'emmêle les pieds et qui conduisent tous à une boîte à la fois magique et mystérieuse: la console de commande.

La maison intelligente selon F. M. Rovito, maison neuve s'entend, s'articule autour d'un atrium, espace de vie commun, avec des zones de vie satellites, comme les chambres, la cuisine, la salle de bains, et est évolutive selon le souhait des commanditaires.

Elle est dotée d'un câble dit en déconnexion, parce que par un clipage il facilite le raccordement à tous les appareils que l'on veut gérer de la commande centrale, appelé «domocâble», le tout parcourant toute la maison (caché dans le sol ou au plafond), selon une architecture en boucle autour du central, le domomanager, un système de gestion informatique de tous les processus de commande et de contrôle de la maison, et qui comprend les fonctions électroniques de base (systèmes de sécurité, commandes de la cuisine, de l'éclairage, du chauffage), auxquels ont peut adjoindre des modules optionnels selon ses désirs.

Une seule réserve au système, de précâblage, qui est peu coûteux (moins cher qu'une installation électrique traditionnelle, soit 350.000 F environ pour le central et l'installation du câblage) et ne prend aucune place inutile, celui de la compatibilité avec un éventuel standard mondial, sur lequel tous les initiateurs de projets en domotique n'arrivent pas à se mettre d'accord. La maison de demain passe aussi par bien des négociations!

CHRISTOPHE SOKAL