La domotique pour la sécurité

WAJNBLUM,ADMON

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Jeudi 24 mai 2007

Elle peut favoriser à la fois le confort domestique, les économies d'énergie et la sécurité du domicile. La domotique n'est plus un gadget. Elle fait partie intégrante de la construction. Pages 2 à 6

Confort, sécurité, économies : la domotique

Elle n'est plus un gadget. La domotique participe à la gestion de la consommation énergétique, à la sécurité domestique et à l'aide aux personnes à mobilité réduite...

La domotique est une discipline relativement jeune dont l'évolution est tellement rapide et le champ d'action tellement mouvant qu'il est toujours malaisé de lui trouver une définition claire. Née au carrefour de l'électricité, de l'électronique et de l'automatisation, la domotique a hérité de son nom (contraction du mot latin « domus » - maison - et d'un suffixe comme dans électronique) une fois intégrée à l'univers domestique.

Place à la maison « intelligente »

L'un dans l'autre, on regroupe aujourd'hui sous l'appellation domotique l'ensemble des technologies de l'électronique, de l'informatique et des télécommunications qui sont utilisées dans les domiciles pour rendre ceux-ci plus « intelligents ». Si autrefois, la domotique pouvait s'assimiler à un gadget pour nantis en proposant des appareillages aussi utiles que la gestion des ambiances sonores ou lumineuses, son champ d'action s'est considérablement élargi depuis quelques années et, en assurant également des fonctions de sécurité et de gestion d'énergie, elle offre véritablement une plus-value en termes de confort.

Au rayon éminemment porteur des économies d'énergie, par exemple, la domotique peut jouer un rôle non négligeable. Éteindre automatiquement les lumières, adapter la température des pièces en fonction des heures de la journée, faire marcher la machine à laver, le lave-vaisselle ou l'essoreuse aux heures les plus économiques, descendre ou monter volets ou stores au gré de l'ensoleillement, etc. Tout cela constitue désormais des applications basiques de la domotique.

Certains systèmes offrent également un aperçu général de la consommation d'énergie et peuvent même indiquer le moment où l'installation de chauffage, le système de ventilation ou le chauffe-eau a besoin d'un entretien... Chaque système a, bien sûr, ses propres spécifications, lesquelles répondent aux besoins particuliers de chacun.

Des alarmes élargies

Il en va de même dans le domaine de la sécurité. Ainsi, les potentialités des systèmes d'alarme actuels peuvent être sensiblement élargies s'ils sont couplés à une installation domotique. Exemples parmi d'autres : lorsque le système d'alarme dans ses diverses applications (détecteur de mouvement, détecteur de porte ouverte, etc.) est relié à d'autres fonctionnalités de l'installation domotique (l'éclairage, l'installation audio, les stores...), il est possible de programmer le système pour que, lorsque quelque chose de suspect est détecté, les lumières s'allument ou s'éteignent, l'installation hi-fi se met en marche ou les volets descendent ou remontent.

Plus direct : la centrale de contrôle peut également envoyer un signal par téléphone ou par modem vers le télécopieur, le GSM ou l'ordinateur de l'occupant, où qu'il se trouve, lui signalant qu'une présence suspecte a été détectée à son domicile. Idem pour la détection d'une fuite de gaz, d'eau ou d'un début d'incendie...

Autre application « utile » et qui fait pour l'instant l'objet de nombreuses recherches : la domotique mise à disposition des personnes à mobilité réduite (PMR). Le BCDI (Belgian Centre for Domotics and Immotics), en partenariat avec la Confédération Construction et le CSTC (Centre Scientifique et Technique de la Construction) s'est ainsi associé avec l'Institut Dominiek Savio, spécialisé dans l'aide aux personnes handicapées, avec lequel ils ont créé, en octobre 2000, ASBL In-Ham (Innovation Center in Housing for Adapted Movement) dont la vocation est de jouer le rôle d'intermédiaire entre le secteur industriel et celui des services aux personnes moins valides.

L'une des premières initiatives de cette plateforme a été de faire construire, avec l'aide de ses partenaires, dans ses installations de Gits, près de Roeselare, quatre appartements témoins équipés d'un système domotique spécifiquement destinés aux personnes à mobilité réduite. Une manière de sensibiliser les PMR aux possibilités offertes par une télématique adaptée à leurs besoins.

Et demain ? À en croire certains spécialistes exaltés, les murs eux-mêmes, faits de matériaux intelligents et reliés à des capteurs, à des systèmes électroniques et à des robots domestiques, seront capables de fonctions et de propriétés qui vont révolutionner l'habitat. Et d'imaginer des bâtiments dotés d'un squelette, de muscles, d'un système nerveux, d'un cerveau à l'instar des organismes vivants...

Et après tout, pourquoi pas ? Il y a 20 ans la domotique n'existait pas.

des systèmes modulaires pour construction et rénovation

Longtemps, dans l'imaginaire collectif, la domotique était apparentée à de la science-fiction avec pour corollaire que toutes les applications domotiques actuelles n'étaient donc pas de la domotique... « Pourtant, les volets et portes de garage commandés à distance, les tourniquets d'arrosage qui s'actionnent automatiquement à des intervalles prédéfinis sont des fonctionnalités courantes devant lesquelles plus personne ne s'extasie. Or, il s'agit bel et bien de domotique », souligne Georges Klepfisch, administrateur délégué du Belgian Centre for Domotics and Immotics (BCDI).

Mais les choses changent, notamment depuis que les fabricants et installateurs ont changé leur fusil publicitaire d'épaule. De fait, les systèmes domotiques étaient toujours montrés dans leurs applications les plus sophistiquées, ce qui contribuait à alimenter l'opinion selon laquelle il s'agissait bien de science-fiction, ou bien que ce n'était financièrement pas abordable. « Or, il est tout à fait possible d'installer un système domotique de base pour un prix compris entre 2.000 et 2.500 euros. Tout dépend des fonctionnalités demandées », nuance Georges Klepfisch. À noter que les systèmes domotiques sont le plus souvent modulaires et peuvent intégrer petit à petit les différentes fonctionnalités. En clair, moyennant un précâblage, on peut toujours choisir de se doter de telle ou telle option plus tard, en fonction de l'évolution de son budget et de ses besoins.

Anticiper les besoins

Pour cela, le mieux est d'anticiper ses besoins. « Dans le cas d'une construction neuve c'est impératif, car, dans ce domaine, les changements coûtent cher. Une première étape de définition fonctionnelle est donc fondamentale », confirme Georges Klepfisch. Même si les systèmes sans fil commandés par radiofréquences ou infrarouge sont tout doucement en train de changer la donne.

« Ces produits ont effectivement le grand avantage de ne pas nécessiter de câblage et peuvent donc facilement trouver place dans des habitations existantes. Malheureusement, les systèmes sans fil ne couvrent pas encore toutes les fonctionnalités. » À charge pour les architectes de prévenir leurs clients de l'utilité d'un précâblage.

« Heureusement, depuis quelques années, les prescripteurs sont de plus en plus au fait des potentialités domotiques et l'intègre dans leur réflexion », se réjouit Georges Klepfisch. Et quand le moment sera venu, « il suffira alors d'intégrer le nouvel élément au système central auquel sont déjà reliés tous les autres », souligne Georges Klepfisch. « Cela n'exige pas énormément de chipotages ni un investissement démesuré. On conseille généralement de réserver un espace de 1 à 2 m2 à proximité du tableau électrique et pour le précâblage, la solution la plus simple consiste à insérer les câbles sous les plinthes de manière à ce qu'ils soient tout à la fois camouflés et facilement accessibles. »

Et pour se mettre à l'abri de toutes mauvaises surprises, le domaine étant relativement jeune et les électriciens spécialisés ne courant pas les rues, il vaut mieux opter pour des installateurs-électriciens qui ont opté pour le « Label de Qualité Domotique », lequel atteste que le système a été bien installé.

la sécurité ? Pas de produit miracle mais un ensemble de solutions

Les portes blindées et les systèmes d'alarme partent comme des petits pains. Mais sécuriser efficacement son habitation passe moins par un produit que par un système global.

Si l'on en croit certaines statistiques, on recenserait annuellement environ 85.000 cambriolages en Belgique, soit plus de 200 par jour ! Ces chiffres répétés à l'envi par les journaux et conjugués à certains faits divers récents accroissent toujours plus le sentiment d'insécurité au sein de la population... En même temps que le chiffre d'affaires des entreprises du secteur de la sécurité. « Les ventes sont en plein boom, particulièrement chez les particuliers. Pas besoin de prospection, le bouche à oreille suffit », confirme Narima Zorkani, responsable commerciale chez Technical Security. On aurait toutefois tort d'imaginer une cohorte de citoyens paranos prêts à transformer leur habitation en bunker inexpugnable. « Dans 80 % des cas, il s'agit de personnes ayant déjà fait l'objet d'un cambriolage et qui vivent dans la hantise que l'expérience se renouvelle », nuance Narima Zorkani.

Si le matériel destiné à la protection domestique a vu ses prix baisser ces dernières années, il apparaît toutefois que le pire y côtoie le meilleur et que si le marché de la sécurité est prodigue en produits de toutes sortes, certains relèvent essentiellement du placebo.

« De toute façon, dans ce domaine, une hirondelle ne fait pas le printemps », explique en substance Stephane Bocqué, porte-parole de Group 4 Securicor, leader du marché de la sécurité en Belgique, « et la sécurisation d'une habitation passe moins par un produit - aussi fiable soit-il - que par un système global ».

Un marché où le pire côtoie

le meilleur

Aujourd'hui, l'installation d'un système d'alarme constitue l'une des premières réponses préventives appliquées par les propriétaires et locataires. Près d'un Belge sur deux y a recours. Mais, comme le rappelle le Secrétariat permanent à la politique de prévention - un organisme dépendant du ministère de l'Intérieur - avant d'investir dans l'électronique, il convient d'abord de peaufiner la protection mécanique des points faibles de son habitation (portes et fenêtres essentiellement).

« Et puis, par les temps qui courent, un système d'alarme, même de très bonne qualité, n'est pas la panacée. Encore faut-il que quelqu'un vienne y voir de plus près quand l'alarme se met à sonner, sans quoi... », poursuit Stephane Bocqué. Or, la majorité des vols se produisent en journée quand tout le monde travaille. Et depuis 2003, les services de police n'interviennent plus systématiquement.

Dès lors, à en croire les professionnels, un système d'alarme n'est réellement efficace que s'il est relié à un service de télésurveillance. « Ce service est simple et très efficace pour surveiller une habitation 24 h/24. Lorsque le système d'alarme détecte quelque chose de suspect, il envoie immédiatement un signal à la centrale de télésurveillance par téléphone ou, depuis peu, par internet. Les opérateurs de la centrale reçoivent toutes les informations sur l'habitation émettant le signal, le type d'alarme et les procédures à suivre, décidées au cas par cas avec le particulier. »

Il s'agit par exemple d'un appel téléphonique pour prévenir le propriétaire, ses personnes de confiance ou éventuellement les services de secours voire l'envoi d'un agent de sécurité mobile pour s'assurer de la situation sur place dans le cas où le client a souscrit à un service « Assistance après alarme ». Un service global qui, il est vrai ne coûte pas très cher. Chez Group 4 Securicor, par exemple, le package télésurveillance (19 euros/mois) et assistance après alarme (11 euros) revient à 30 euros/mois.

Le prix de la tranquillité.

Un petit coup de pouce fiscal

Si depuis 2003, les entreprises et les indépendants ont droit à une déduction fiscale pour les investissements auxquels ils consentent pour assurer leur sécurité et/ou celle de leurs biens, les particuliers, eux, pourtant victimes privilégiées des cambrioleurs, n'avaient droit à rien hormis une prime à l'installation d'un système d'alarme, octroyée par certaines communes. Le gouvernement a heureusement décidé de rectifier le tir.

Indépendants et PME

Depuis le 1er janvier 2007, deux choses ont changé : tout d'abord, la procédure à suivre pour qu'indépendants et PME puissent bénéficier de la réduction fiscale a été simplifiée. Ainsi, il n'est plus obligatoire d'introduire un dossier électronique ou de demander préalablement l'avis d'un conseiller en techno prévention.

Ensuite, et c'est le plus important, les particuliers ont désormais également droit à leur petit coup de pouce fiscal.

Réduction d'impôts pour tous

Tout contribuable, propriétaire ou locataire, qui effectuera certaines dépenses pour une meilleure sécurisation de son habitation pourra bénéficier d'une réduction d'impôt égale à 50 % des dépenses réellement payées, avec un maximum indexé de 170 euros. Cette nouvelle mesure entrera en vigueur dès l'exercice d'imposition 2008 - et concernera donc toutes les dépenses effectuées à partir du 1er janvier 2007 (les investissements exécutés en 2007 mais qui ne sont payés qu'en 2008 seront déductibles à l'exercice d'imposition 2009).

Les investissements pris en compte dans le cade de cette mesure concernent les vitrages retardateurs d'intrusion (tel que verre feuilleté ou trempé) ; les systèmes de sécurité pour portes, fenêtres, volets, portes de garage, coupoles, lucarnes, soupiraux et barrières ; les portes blindées ; les systèmes d'alarmes et leurs composants ; les systèmes de vidéosurveillance équipés d'un système d'enregistrement. Certains investissements en matière de protection incendie (achat d'extincteurs, portes résistant au feu « une demi-heure ») sont également visés.

Pour pouvoir bénéficier de cette réduction d'impôt, les prestations doivent impérativement être effectuées par un entrepreneur enregistré et le matériel répondre aux prescriptions légales arrêtées spécifiquement dans le cadre de cette mesure (une attestation doit être fournie par l'entrepreneur). Les particuliers doivent tenir à la disposition du contrôle des contributions les factures reprenant l'attestation de l'entrepreneur ainsi que la preuve du paiement des montants mentionnés sur ces factures.